Aguilcourt (02) – Rue du petit Château

Aguilcourt (02) – Rue du petit Château

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

25 juin - 03 août 2018

Fouille préventive

Haut Moyen Âge, Moyen Âge, période moderne et contemporaine

DATE : 25 juin - 03 août 2018

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Haut Moyen Âge, Moyen Âge, période moderne et contemporaine

Le projet de construction d’un lotissement par la société COOP-Logivam sur la commune d’Aguilcourt dans l’Aisne (02) a entrainé la prescription par le Service Régional de l’Archéologie d’une fouille préventive au lieu-dit « rue du Petit Château » sur une superficie d’environ 5000 m².

La fouille réalisée par le bureau d’étude et de valorisations archéologiques Eveha a mobilisé une équipe de 6 archéologues du 25 juin au 03 août 2018, sous la direction de A. Rouibi.

Les parcelles fouillées se situent sur la rive droite de la rivière Suippe, affluent de l’Aisne, à la sortie du village d’Aguilcourt, le long de la départementale D62.

La présente opération fait suite à une fouille menée par l’INRAP en 2009 sur des parcelles contiguës. Une occupation d’importance, s’étalant du VIe au IXe-Xe s., témoignait de l’implantation d’un habitat rural comprenant plusieurs unités d’habitation accompagnées de leurs annexes. Les fouilles menées en 2018 viennent donc compléter ces résultats et y apporter des éléments supplémentaires. En effet, les vestiges mis au jour se rapportent majoritairement au premier Moyen Âge, même si des éléments plus tardifs, modernes et contemporains, ont également été découverts.

Les vestiges médiévaux se composent des structures habituellement rencontrées dans ce type de contexte : fossés, fonds de cabane, fosses de stockages, bâtiments sur poteaux… Ainsi plusieurs « fonds de cabanes », ces ensembles excavés à vocation artisanale emblématiques du premier Moyen Âge, ont été mis au jour dans la partie sud-est du site. Il s’agit pour l’essentiel d’ensembles de petites dimensions à poteaux corniers ou axiaux et dont la profondeur conservée varie de 20 à 60 cm.

Parallèlement à ces ensembles, un semi de trous de poteaux, de modules et de dimensions variables, semble dessiner au moins un bâtiment à deux nefs d’une dizaine de mètres de long ainsi qu’un petit grenier, en lisière méridionale de l’occupation.

En marge de ces vestiges, des structures de stockage destinées aux céréales, réparties irrégulièrement sur l’emprise de la fouille, ont également été identifiées. Pour l’essentiel, il s’agit de silos aux profils et aux volumes variables, globalement piriformes ou en « bouteille ». La nature du sédiment encaissant, constitué de grave calcaire particulièrement pulvérulente, semble avoir au moins en partie conditionné leur mise en œuvre et certaines de leurs caractéristiques morphologiques.

Un réseau fossoyé daté du haut Moyen Âge vient compléter le panorama des vestiges rencontrés pour la période. Il se développe sur une dizaine de mettre et semble délimiter au moins en partie l’occupation alto-médiévale.

Enfin, notons la présence de deux sépultures à inhumation, dont l’une avait été repérée lors du diagnostic archéologique précédent cette fouille. Elles ont toutes deux fait l’objet d’un traitement in situ par un anthropologue. Les sépultures consistent en deux fosses sub-rectangulaires creusées dans le substrat calcaire. Les squelettes y sont déposés en décubitus dorsal avec la tête disposée à l’ouest. Les premières observations macroscopiques semblent désigner ces individus comme étant de jeunes adultes de sexe féminin. Malheureusement, aucun mobilier datant associé à ces sépultures ne permet de rattachement chronologique. Toutefois ce type d’inhumations, en marge ou au sein de l’habitat, constitue une pratique largement observée au IXe-Xe s.

L’occupation du site semble péricliter à la fin du haut Moyen Âge. Au début de l’époque moderne, un vaste fossé vient barrer le site selon un axe nord-ouest/sud-est. Il s’agit d’un imposant creusement linéaire, observable juste sous la semelle des labours. Ses dimensions peu communes à l’échelle du site, son comblement peu caractéristique ainsi que sa localisation ne nous livrent que peu d’indices concernant sa fonction. Peut-être s’agit-il d’un canal de dérivation en rapport avec la Suippe qui coule quelques dizaines de mètres au nord ou encore d’un vaste fossé d’enclos en relation avec un corps de ferme encore présent au début du XXe s. ?

La fouille menée à Aguilcourt, rue du Petit Château a donc livré des éléments dignes d’intérêt, surtout en regard des résultats de la fouille de 2009 sur les parcelles toutes proches. L’étude du mobilier et des données issues de la fouille se poursuivent actuellement. Elles ne manqueront assurément pas d’accroître nos connaissances sur la constitution et l’occupation de ce village du premier Moyen Âge.


Ali Rouibi, août 2018