Allonnes (72) − ZAC du Monné, tranche 2

Allonnes (72) − ZAC du Monné, tranche 2

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

11 avril – 22 juin 2016

Fouille préventive

Âge du Fer, Antiquité, Moyen-Âge.

DATE : 11 avril – 22 juin 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Âge du Fer, Antiquité, Moyen-Âge.

Les fouilles menées sur le site d’Allonnes « ZAC du Monné » – Tranche 2 ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité d’Antoine DAVID. Elles interviennent dans le cadre de l’extension de cette Zone d’Aménagement Concertée, menée par Cénovia.

Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des occupations diachroniques sur une surface d’un peu plus d’1,6 ha.

La première est matérialisée par un enclos d’habitat occupant la moitié ouest de l’emprise. De forme trapézoïdale, il délimite une surface interne d’environ 4600 m². Le tracé de ses quatre branches principales est relativement régulier et présente sur son ensemble un profil de creusement en V, conservé sur 1,20 m de profondeur en moyenne sous le niveau de décapage pour une largeur à l’ouverture autour de 2,50 m. L’observation de la dynamique de comblement ne met aucunement en évidence l’existence d’un talus. En revanche, deux interruptions ont été repérées dans une première phase de fonctionnement du fossé, l’une dans la branche est et l’autre dans la branche ouest, matérialisant les entrées de l’enclos. Le mobilier récolté permet d’envisager un creusement initial et une première phase de fonctionnement au cours de La Tène D, puis un second état de fonctionnement pendant le Haut-Empire – sans qu’il ne soit possible à l’heure actuelle d’assurer d’un hiatus ou d’une continuité entre ces deux phases – pour un abandon définitif au tournant des IIe-IIIe siècles.

L’aire interne de l’enclos est divisée en deux espaces distincts par un fossé de partitionnement. Deux états de fonctionnement en ont été observés. Dans une première phase, qui pourrait également se situer à La Tène D, il se compose de plusieurs tronçons irréguliers et non jointifs, qui adoptent un profil de creusement en cuvette conservé sur une profondeur moyenne de 0,80 m sous le niveau de décapage, pour une largeur à l’ouverture d’environ 2 m. Dans un second temps, ces différents tronçons sont joints entre eux et à l’enclos, sur une profondeur nettement moindre. Une quantité plus importante de mobilier a été recueillie dans ce fossé de partitionnement, en large majorité attribuable à la période gallo-romaine. Plusieurs bâtiments ont été identifiés à l’intérieur de l’enclos. Il s’agit pour l’essentiel de modules quadrangulaires sur quatre poteaux. Trois d’entre eux, de surface inférieure à 10m², pourraient être interprétés comme des greniers. Leur morphologie et leur orientation invitent à proposer une interprétation et une datation communes pour deux autres bâtiments reconnus à l’extérieur de l’enclos. Toujours à l’intérieur de l’enclos, trois autres bâtiments adoptent un plan rectangulaire d’une superficie entre les poteaux comprise entre 12 et 18 m² ; ils pourraient avoir abrité diverses activités qui restent pour le moment à définir. Un dernier bâtiment présente un plan carré sur quatre poteaux espacés d’environ 5,50 m ; deux petites fosses allongées situées juste à l’est ainsi qu’un autre couple de trous de poteaux implantés à l’ouest semblent toutefois marquer deux entrées d’un bâtiment à parois déportées, dont la surface pourrait alors atteindre environ 100 m², permettant d’en proposer l’interprétation d’habitat principal. Quelques petits tronçons de fossés implantés immédiatement au nord pourraient avoir participé d’une délimitation d’un espace extérieur propre à ce bâtiment.

Enfin, un petit fossé de 20 à 60 cm de large dessinant un enclos sub-quadrangulaire a été mis au jour. Dans son aire interne, d’à peine plus de 100 m², ont été repérés plusieurs vestiges assimilables à des trous de poteaux, mais de morphologies relativement différentes. La nature de cet ensemble n’est pas clairement définie : l’interprétation d’une sablière basse soutenant un bâtiment ne semble pas satisfaisante au vu de l’irrégularité de la largeur et du tracé du fossé, et de la prise en compte de l’arasement. Il pourrait toutefois s’agir d’une rigole destinée à l’écoulement des eaux de pluies ruisselant depuis le toit d’un éventuel bâtiment. L’observation de quelques trous de piquets, uniquement par la présence de calages dans le comblement du fossé, laisse penser à une toute autre fonction de délimitation d’un espace clos, dans un but à déterminer. Immédiatement à l’est de l’enclos apparaît une zone relativement dense en vestiges archéologiques, et notamment en trous de poteaux. Deux groupes de quatre de ces trous de poteaux rapprochés et parfaitement alignés pourraient être identifiés comme des gerbiers, structures destinées à y entreposer des meules de céréales, foin, chaume, etc. pour leur séchage, et fréquemment reconnues comme telles sur des établissements ruraux alto-médiévaux. Ils s’étendent tous les deux sur une longueur de 2,30 m.

Juste au sud, un autre groupe de trous poteaux plus espacés, s’étendant sur une longueur totale de 11 m, pourrait matérialiser l’emplacement d’une palissade. Cette interprétation est renforcée par le fait que cet ensemble adopte une orientation similaire à plusieurs tronçons de fossés immédiatement voisins, qui amènent à lui conférer également une fonction de marquage et/ou de délimitation d’un espace.

Deux bâtiments ont également été reconnus au sud de ce secteur. Là encore, il s’agit de modules quadrangulaires sur quatre poteaux de superficie inférieure à 10 m², mais la taille conséquente des creusements et des négatifs de poteaux invite à une identification autre que celle de grenier pour ce type de construction. En outre, ces deux bâtiments viennent marquer la limite méridionale de cette occupation, puisqu’une vaste zone vierge de tout vestige archéologique s’étend au-delà vers le sud. À l’inverse, les limites nord et ouest semblent clairement définies par plusieurs tronçons de fossés, dont l’un recelait un niveau de rejet d’incendie. Il semble donc impropre de parler d’aire ouverte pour cette occupation, qui semble s’inscrire dans un espace partiellement enclos et que les quelques indices de mobilier permettent d’attribuer à l’époque gallo-romaine.

Près de l’angle nord-est de l’emprise, une sépulture à incinération avait été partiellement fouillée au diagnostic, lors duquel une assiette en alliage cuivreux et une couche de végétaux ou de vannerie avaient été prélevés. Une tegula posée sur le fond de la fosse et la disposition de plusieurs éléments en fer (clous, ferrures) indiquent l’existence d’un coffrage. Le caractère isolé de cette structure, ainsi que son aménagement soigné et la nature du mobilier d’accompagnement laissent envisager un statut particulier de l’individu incinéré (immature?).

Plusieurs puits ont été repérés lors de cette opération, répartis en divers points de l’emprise. Les mauvaises conditions climatiques conjuguées à la nature meuble du substrat et la hauteur des nappes phréatiques en ont malheureusement limité les investigations. Leur morphologie est assez variable. Deux d’entre eux étaient cuvelés par des blocs de grès peu ou pas dégrossis. Un autre a livré dans l’ensemble de son comblement une quantité particulièrement importante de mobilier, dont plusieurs fragments d’un gros vase de stockage et une cruche complète. Il recelait dans son comblement sommital plusieurs gros blocs de grès qui devaient participer de son cuvelage ou de son aménagement en surface ; à environ 3 m de profondeur y ont été découverts les restes d’un cuvelage en bois, doublé d’un aménagement de blocs de grès. Ce sont au total 9 puits qui ont été formellement identifiés ; il faut cependant ajouter à cela plusieurs structures masquées par une vaste nappe de sédiment gris-bleuté localisée à l’intérieur de l’enclos, au sud du bâtiment à parois déportées. Les sondages mécaniques pratiqués y ont révélé l’existence d’au moins 3 puits surmontés et recoupés par une large dépression comblée de ce sédiment hydromorphe, qui pourrait avoir servi dans un état terminal de mare. Les puits n’ont pas tous livré du mobilier, mais lorsque cela est le cas il permet sans conteste de les attribuer à la période gallo-romaine.

Dans la partie sud-est de l’emprise ont été mises au jour plusieurs structures de combustion. Elles adoptent une forme circulaire et présentent un impact thermique sur le fond, parfois tapissé de fragments de terre cuite. Quelques grandes fosses y sont accolées ou implantées à proximité, mais n’ont pas livré de rejets permettant d’identifier l’activité pratiquée au sein de ces structures ni même d’établir un lien entre ces vestiges. Seule une activité de métallurgie est clairement identifiée par une fosse charbonneuse ayant livré plus de 200 kg de culots de forge, preuve de l’activité intense d’un forgeron dans le voisinage immédiat de son emplacement. Ce secteur semble bien circonscrit géographiquement par deux fossés perpendiculaires qui en marquent les limites occidentale et méridionale. La question de la chronologie reste cependant en suspend : aucun élément ne garantie en effet la contemporanéité des structures au sein de cet ensemble et le mobilier est très erratique. Signalons toutefois qu’une des fosses accolées à une structure de combustion a livré plusieurs tessons potentiellement attribuables au Haut Moyen-Âge (Ve-VIIe s.).

Enfin, en bordure orientale de l’emprise, a été mise en évidence une concentration de vestiges présentant des creusements multiples comblés de rejets détritiques témoignant d’activités diverses, domestiques et artisanales, s’étant déroulées vraisemblablement à proximité. Quelques fosses quadrangulaires contenaient par ailleurs des squelettes de poulains. Le mobilier céramique permet d’attribuer cet ensemble de façon très homogène au XIIIe siècle, avec de rares éléments plus récents (XVe siècle). Du mobilier identique a également été exhumé de quelques structures localisées en bordure de la mare comblée lors de la création de la ZAC, ce qui tendrait à confirmer un lien entre ces structures et l’ancienne ferme du Monné implantée à cet endroit. Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances sur la chronologie de ce site et ses modalités d’occupation.


Antoine David, juillet 2016.