Anse (69) − Saint-Romain

Anse (69) − Saint-Romain

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

08 février - 14 avril 2017

Fouille préventive

Néolithique final, Antiquité tardive, Moyen Age

DATE : 08 février - 14 avril 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique final, Antiquité tardive, Moyen Age

Les fouilles menées sur le site d’ Anse dans le quartier de Saint-Romain au 141 et 167 route de Villefranche ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Damien Tourgon entre mars et avril 2017. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement d »un immeuble locatif de la société SCCV Colombier . Les investigations archéologiques ont permis notamment de mettre au jour un cimetière datant du Ve-VIe s. de n.è.

 

Une occupation pérenne au cours du Néolithique ?

La période du Néolithique est marquée majoritairement sur le site par la présence de mobilier découvert hors contexte. En effet, seul une structure en place datée du Néolithique moyen II a été mis au jour. Il s’agit d’un silo ayant servi dans un second temps de dépotoir. Il contenait, des rejets de foyer, plusieurs tessons de céramique, du mobilier lithique et de la faune. L’étude de cette dernière a souligné la présence exclusive de faune sauvage ce qui pourrait faire remonter l’établissement de ce silo plutôt au Néolithique moyen I, période où la faune sauvage est largement majoritaire. Des traces de découpe et d’ossements brûlés confirment quant à eux la proximité d’un habitat.

De nombreux fragments de silex ont également été mis au jour sur l’ensemble de l’emprise de fouille au sein des comblements des sépultures du début du Haut Moyen Âge. Lors de l’installation de ce cimetière, un niveau ancien recouvert de lames de silex a semble-t-il été perforé. Il s’agit pour la plupart d’éclats de taille mais l’on retrouve également quelques outillages comme des grattoirs, des lames avec retouche, un percuteur, des perçoirs ou encore une hache polie en gabbro dont une datation large au néolithique ne peut qu’être précisée. Seul un grand microburin permet une datation plus précise au Néolithique ancien. Une grande fosse oblongue, assez profonde et coupée par une sépulture du V-Ve s.

pourrait appartenir à la période du néolithique. Il pourrait s’agir d’une fosse en « V, Y,W » typique de la période et interprété comme étant des fosses-pièges pour les animaux. Enfin, signalons la découverte d’un tesson céramique appartenant à la culture Campaniforme mis au jour dans le comblement d’une fosse du Moyen Âge central. Même si sa présence au sein de cette structure n’est qu’intrusive, il témoigne toutefois de l’existence de cette culture si particulière sur le bassin ansois.

Malgré ces indices ténus, ce secteur semble occupé tout au long de la période du Néolithique complétant ainsi les découvertes faites pour la période sur Anse lors des fouilles archéologiques des deux dernières décennies.

 

Un cimetière du Ve-VIe siècle à proximité de l’ancienne église de Saint-Romain

Un cimetière a été mis en évidence dans ce quartier aux abords de l’ancienne église de Saint-Romain détruite au XVIe s. Son emplacement n’a pas pu être localisé précisément pour le moment mais les fouilles anciennes et plus récentes permettent de supposer sa présence à quelques dizaines de mètres plus au nord de notre emprise. Cette église fut érigée vraisemblablement à l’emplacement d’une ancienne basilique funéraire du IVe ou Ve s. qui elle-même fut établie à l’emplacement d’une probable nécropole antique. Les 143 sépultures mis au jour sur les 900 m² de l’emprise de fouille correspondent à une petite fenêtre du cimetière de la fin du IVe – VIe s.

Cette nécropole est relativement bien organisé. Orientés est-ouest, aucunes sépultures ne se recoupent et la plupart respectent des alignements nord-sud. Ce cimetière est dans la continuité de celui fouillé en 1864 et 1982 sur la parcelle jouxtant l’emprise au nord, sous l’actuel parc de la Roseraie.

Les fouillées ont mis en évidence des individus relativement bien conservés. Orientés systématiquement la tête à l’ouest. Ils sont enterrés la plupart du temps en pleine terre où de simples coffrages de planches (parfois conservées) sont installés au sein de la fosse calés par des pierres calcaires. Les défunts sont inhumés dans des fosses rectangulaires adaptées à la taille des individus. Ils sont placés sur le dos, les membres inférieurs en extension.

La population inhumée est constituée par toute les classes d’âge à l’exception de nourrissons. Les adultes sont majoritairement de jeunes-matures et il y a deux fois plus d’hommes que de femmes. Néanmoins, le nombre important de sujets indéterminés et indéterminables pourrait réduire cette disparité. Concernant les pathologies, les lésions les plus fréquentes appartiennent aux groupes traumatique et dégénératif dont les atteintes dentaires sont les plus importantes. Des indices de carence ont été relevés et la population a pratiqué des activités prégnantes impliquant divers degrés de mobilité dont certains sujets atypiques se distinguent par des pratiques particulières. Enfin, la répartition spatiale des sujets ne semble pas être liée à une proximité biologique particulière.

La bonne conservation des ossements permet une analyse taphonomique précise. Grâce à ces dernières, on peut observer un mode d’inhumation très homogène pour l’ensemble des tombes fouillées et on ne distingue aucunes différences dans le traitement en fonction de l’âge ou du sexe. La décomposition des cadavres s’est effectué en espace vide à l’intérieur d’un contenant rigide, parfois cloué. La nature exacte de ces contenants est particulière. Il s’agit majoritairement de coffrage de planches de bois (parfois conservées) calés par de nombreux blocs de calcaire. L’utilisation de cercueil n’a pas pu être établie mais les modes d’inhumation de nombreuses sépultures n’ont pas pu être caractérisés. Des indices pouvant être associés à la présence de vêtements sont également fréquemment observés.

Enfin, la présence de mobilier d’accompagnement est très rare. Dix tombes seulement ont livré quelques monnaies déposées à proximité du mort. Une seule sépulture (F.247) a livré un dépôt mobilier important. Elle contenait un pichet en céramique, un gobelet apode en verre, deux fibules ansées à trois digitations, une bague à chaton en argent, quatre perles en verre, une boucle de ceinture en fer, un anneau en bronze, un étui et son peigne en os. L’étude de ce mobilier a permis de dater la sépulture de la seconde moitié du Ve s.- début du VI e s. Certains auteurs proposent d’identifier la présence de fibules ansées asymétriques à trois digitations de petit format de cette période à la présence de Burgondes. Des inscriptions funéraires découvertes à Anse ont révélées la présence locale de ce peuple.

Une autre sépulture (F.213) a livré quant à elle un anneau d’oreille en argent relativement rare en Gaule. Il est le témoin d’une origine germanique orientale ou d’une mode orientalisante provenant des Alains et des Sarmates qui l’auraient eux-mêmes empruntés aux Huns.

Une dernière sépulture (F.246) a permis de mettre au jour une gemme taillée et polie, translucide, de couleur rose. Il pourrait s’agir d’un saphir utilisé comme cabochon monté en bâte sur une fibule, une plaque-boucle ou une bague indiquant un statut favorisé de l’individu.

Enfin, l’un des calages de coffrage utilisés est un fragment de marbre blanc provenant probablement de la récupération d’un bâtiment antique à proximité. Des lettres grecques et latines et un chrisme sont gravées sur ce dernier. Symbole par excellence du christianisme primitif, il nous renseigne sur les modalités religieuses de la population de la ville au début du haut Moyen Age.La faible quantité de mobilier retrouvé au sein des sépultures révèle un changement des pratiques funéraires dès le Ve s. sur Anse induit par la christianisation précoce du secteur. Le seul mobilier d’importance mis en évidence au sein de trois sépultures pourraient indiquer la présence d’une population étrangère sur Anse telle que des burgondes présents dans la région à partir du milieu du Ve s.. La tradition religieuse de ces peuples pour le christianisme arien pourrait expliquer la présence de dépôt mobilier dans ces sépultures.

 

Une nouvelle phase d’urbanisation du quartier de Saint-Romain au Xe-XIIe s.

Au cours du Moyen central, une nouvelle phase d’urbanisation se met en place dans le quartier, témoignant de la désaffection du cimetière du Haut Moyen Âge. Un axe viaire vient traverser l’emprise de fouille suivant une orientation NO/SE. Sa mis en place est à la fois liée à la proximité du castrum, de l’église de Saint-Romain et à une profonde restructuration du secteur. Plusieurs structures viennent ensuite se greffer autour de celui-ci comme deux aires d’ensilage, deux puits et une structure excavée.

Aperçue partiellement, cette structure excavée de 6m de long observée par 5 m de large et 1,12 m de profondeur reste difficilement interprétable. Un système de banquette mis en évidence sur les bords de la structure a pu servir à réceptionner un plancher. Ce bâtiment a pu être utilisé dans le cadre de différentes activités tels qu’un cellier, un atelier, un lieu de stockage pour le fourrage ou la litière ou encore d’abris pour les animaux. Ce type de bâtiments probablement plurifonctionnels est difficilement interprétable pour ce site d’autant plus qu’aucun élément structurant tels que des trous de poteaux n’ont été mis en évidence. Seuls quelques tessons de céramique, un fer à cheval et un ossement d’équidé ont été découverts dans la couche inférieure du bâtiment.

La destination détritique secondaire des fosses-silos a permis la mise au jour d’un mobilier varié tels que de nombreux tessons de céramique, d’un lissoir en verre témoignant d’une activité textile. Enfin, les ossements d’animaux permettent de déterminer les modes de consommation où l’on retrouve la fameuse triade domestique. On note la présence également de poule, d’oeuf et de chien. La présence d’écailles de perche et de gardon ou d’ablette témoigne de la consommation des produits de la pêche provenant de la Saône ou de l’Azergues situés à proximité.

Ces quelques structures et le mobilier découvert indiquent la présence d’une zone d’habitat et/ou artisanale s’installant aux abords d’un nouvel axe viaire. Après l’abandon du cimetière du Haut Moyen Âge, cette zone a été désacralisé et réinvesti entre le Xe-XIIe s. Il est possible que nous soyons en présence d’une partie de l’agglomération de type hameau mis en place en dehors du castrum et à proximité de l’église de Saint-Romain. Il est fréquent que des zones d’habitats viennent se réinstaller aux abords des églises dès le IXe s. De petits faubourgs ou hameaux pourraient ainsi se développer dans différents secteurs de la ville. Ces données complètent celles déjà récoltés sur Anse démontrant une profonde réorganisation des terres à cette période.

 

Une nouvelle réorganisation du secteur de Saint-Romain au bas Moyen Âge

Le bas Moyen Âge est représenté seulement au travers d’un angle de bâtiment partiellement observé s’installant au sommet de l’ancien chemin du Moyen Âge central et d’une fosse venant spolier une sépulture du haut Moyen Âge.

Ce bâtiment sur fondation maçonnée ne possède qu’un seul mur conservé sur trois assises dont un ressaut de fondation amorçant le début de l’élévation du bâtiment. Une tranchée de récupération a été observé au sommet de ce dernier. Orienté NO/SE, le mur est construit à l’aide de gros blocs calcaires liés à un mortier compact. Le mur de retour méridional est quant à lui entièrement récupéré. Il est longé par un fossé servant probablement à évacuer les eaux de toiture vers le nord-est. Les coupes stratigraphiques ont permis de constater que le bâtiment est en partie excavé.

Il est aujourd’hui difficile d’identifier clairement sa vocation. Il peut être mis en relation avec l’église de Saint-Romain ou bien être identifié comme bâtiment d’habitat dans le cadre d’une réorganisation du section ce qui semble le plus probable. Sa période de fonctionnement est situé entre le XIII et le XIVe s., période où Anse est souvent mentionné dans les textes. C’est au cours de cette période notamment que sont édifiés le château des Tours (avant-poste défensif de Lyon), le quartier de Saint-Romain, l’enceinte de Villefranche-sur-Saône, le château de la Fontaine et le hameau de Bel-Air sur les versants d’Anse. Ces constructions viennent ainsi fixer l’habitat pour les siècles suivants. Il est donc probable que ce bâtiment soit un vestige de la création du nouveau quartier de Saint-Romain comme le signale les textes. Sa courte période de fonctionnement peut être due à l’arrivée des « Tards-Venus » au XIVe siècle, mettant la ville en état de défense et créant des ravages en dehors du castrum. Les données textuelles de 1362 indiquent les premières démolitions de maisons au faubourg de Saint-Romain.


Damien Tourgon, juin 2018.