Bonneuil-en-France (95) − Aéroport du Bourget, zone nord-ouest

Bonneuil-en-France (95) − Aéroport du Bourget, zone nord-ouest

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

8 août - 29 novembre 2016 et 13 février-1er décembre 2017

Fouille préventive

âge du Bronze, âge du Fer (La Tène), Antiquité, haut Moyen Âge.

DATE : 8 août - 29 novembre 2016 et 13 février-1er décembre 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : âge du Bronze, âge du Fer (La Tène), Antiquité, haut Moyen Âge.

Les fouilles menées sur le site de l’« Aéroport du Bourget, zone Nord-Ouest », à Bonneuil-en-France (95) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Cyrille Ben Kaddour, avec une équipe de 15 à 25 personnes pendant 13 mois. Elles interviennent dans le cadre du projet de viabilisation d’espaces jouxtant les pistes de l’aéroport.

Les investigations archéologiques devaient essentiellement porter sur les structures d’habitat et d’exploitation de l’antiquité et surtout du haut Moyen Âge. En effet, le diagnostic réalisé en 2007 et la première fouille réalisée en 2010 (tous deux par l’Inrap) avaient permis de cerner le fort potentiel archéologique pour ces périodes. Les deux tranches de fouille de 2016 et 2017 (portant sur une superficie de 9 hectares) ont livré également des vestiges protohistoriques (age du Bronze et 2e age du Fer). Les nombreuses structures du haut Moyen Âge (entre le VIe et la fin du XIe s.) témoignent d’un habitat dense (que l’on peut qualifier de village) et de sa proche périphérie. Plus de 7600 structures ont été observées.

 

Une occupation humaine dense et étendue couvrant tout le haut Moyen Âge

L’organisation et l’évolution de l’espace loti et exploité au haut Moyen Âge peuvent être appréhendées à partir d’un système parcellaire fossoyé complexe (avec de nombreux fossés d’enclos ou de fossés bordiers de chemins qui se succèdent en gardant généralement la même orientation). De nombreux fonds de cabanes (plus de 200) et trous de poteaux (près de 3400) attestent de bâtiments d’habitat ou abritant des activités agricoles ou artisanales. Un certain nombre de cabane ont, par exemple, livré des objets liés au tissage ou des empreintes, sur leurs sols, de métiers à tisser. Des fours domestiques en sape, destinés principalement à cuire le pain, sont disséminés sur une grande partie de l’emprise de fouille (plus de 150). Certains, installés en batteries, sont ménagés à partir de profondes fosses d’extraction de sables. Les chambres de cuisson sont de taille variable (entre 0,80 et 2,20 m de diamètre). Les silos (plus de 650) sont plutôt concentrés le long des chemins. Certains conservaient encore des graines (conservées sous forme carbonisées. Des silos ou de profondes fosses cylindriques ont servi de latrines. Leurs comblements sont particulièrement intéressants dans la mesure où leur constitution chimique a permis la conservation de matières organiques disparues dans les autres structures (graines non carbonisées, cuir, bois, micro-faune, etc.). Quelques sépultures isolées ou en petits groupes sont intégrées à l’habitat (une soixantaine au total). Deux silos ont servi de structures funéraires, dont l’un, daté de l’époque carolingienne, comporte un dépôt très atypique. En effet, un premier individu immature a été brûlé in situ (comme l’atteste les connexions anatomiques). Dans un second temps, un autre individu immature (mais non brûlé et sans crâne) a été a priori jeté sans ménagement, puis deux crânes d’adultes y ont été déposés. Le cimetière du village, appréhendé lors du diagnostic n’a pas été intégré à l’emprise de fouille.

Certaines structures du haut Moyen Âge (en particulier des silos et des fonds de cabanes) ont livré des lots importants de mobilier. De nombreux outils et objets en fer (faucilles, socs d’araire ou de charrue, pinces de forgerons, forces, fers de pelles, fourches, ciseaux de taille, clés, couteaux…) ont été découverts. D’autres objets ont été réalisés en matières dures animales (ossements, cornes, bois, voire coquilles d’animaux marins) : des broches de tisserand, des épingles, des peignes et une superbe flûte à 5 trous (datée du VIe ou du VIIe siècle). Quelques objets en verre (dont des lissoirs ou des perles), ou des objets de parure en alliage cuivreux et quelques monnaies complètent le corpus.

 

Des structures funéraires protohistoriques

La surprise de la fouille de 2016 est la découverte d’une nécropole de la Tène (Ancienne/Moyenne) au nord du secteur 3. Celle-ci est constituée de 40 à 44 fosses sépulcrales, difficilement détectables pour la plupart. Les comblements sont constitués de remblais limoneux oranges, morphologiquement très similaires au substrat local. Les ossements sont relativement mal conservés mais le mobilier déposé dans les tombes est riche et dans un état de conservation acceptable. De nombreux éléments d’armement (épées dans leurs fourreaux avec éléments de suspension, fers de lance, orles et umbo de bouclier), coexistent avec des éléments de parures (nombreuses fibules en fer, dont certaines de grand gabarit, bracelets en lignite, etc.) et des objets pour l’instant indéterminés en raison de leur corrosion. Les sépultures occupent un espace grossièrement ovoïde de plus de 300 m², avec des zones vides. Les tombes sont majoritairement orientées sud-ouest/nord-est. Elles présentent des dimensions et des profondeurs variées (certaines très affleurantes et arasées par les travaux agricoles, d’autres, au contraire, très profondément enterrées : jusqu’à plus de 50 cm). Un redécapage général de la nécropole et de ses abords permet d’affirmer que celle-ci a été entièrement circonscrite. Bien que certaines sépultures aient pâti d’aménagements ultérieurs (antiques ou alto-médiévaux), dans l’ensemble, les perturbations restent modestes. La seconde surprise, en 2017, a été la découverte d’un fossé annulaire de 25 m de diamètre. Profond de 1,30 m à 1,40 m, il présente un profil en « V » très marqué. Son comblement, extrêmement stérile est essentiellement constitué de l’effritement des parois. Cette structure s’apparente à un fossé lié à un tumulus. Les structures funéraires qu’il devait initialement comporter ont probablement pâti de l’érosion agricole, voir de l’installation d’un grand nombre de structures alto-médiévales.

 

La suite…

Après 13 mois de fouille, il faudra maintenant un long travail de normalisation des données, de dessins, d’études du mobilier (objets en métal, os, silex, céramique, verre, etc.) et des écofacts (les ossements animaux, les graines, etc.), et de datations pour appréhender en détail les différentes occupations humaines et notamment comprendre l’évolution du village tout au long du haut Moyen Âge.


Cyrille Ben Kaddour, décembre 2017.