Bordeaux (33) – 14 rue Sainte Colombe

Bordeaux (33) – 14 rue Sainte Colombe

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

3 juillet - 16 octobre 2017 (plusieurs phases)

Étude de bâti

Moyen Âge, Époque moderne

DATE : 3 juillet - 16 octobre 2017 (plusieurs phases)

TYPE D'OPÉRATION : Étude de bâti

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, Époque moderne

C’est au cœur du bourg médiéval de Saint-Éloi qu’une étude archéologique a été réalisée, au numéro 14 de la rue Sainte-Colombe, sur la parcelle HE 248. Cette opération, qui s’inscrit dans le cadre d’un projet de réhabilitation de l’immeuble sur rue et la création d’une maison dans la cour, a été motivée par la découverte de deux grands fours de boulanger et par la présence sur les maçonneries des murs environnants d’éléments d’architecture attribués à l’Époque médiévale et à l’Époque moderne.

 

Pour cette opération, qui s’est déroulée de manière discontinue du 3 juillet 2017 au 16 octobre 2017, une étude des élévations ainsi qu’une fouille ont donc été prescrites.

 

La parcelle étudiée mesure 38 m de profondeur par 6 à 7,60 m de large, soit 280 m², mais l’emprise de l’étude n’excède pas 120 m². Au nord, un immeuble sur rue comprend une ancienne boutique et arrière-boutique à la décoration datée de la fin du XIXe siècle, ainsi que des logements dans les étages. Vient ensuite une cour bordée à l’ouest par un escalier rampe sur rampe édifié au XVIIe siècle et au sud par un bâtiment arasé recouvert par une terrasse à laquelle on accède par une volée de marches du grand escalier depuis un palier intermédiaire.

 

Au sud, la terrasse ouvre sur une cour végétalisée sous laquelle se développent les fours à pain.

 

Cette opération a ainsi permis de compléter les connaissances concernant l’évolution de l’occupation du sol de ce quartier et de la rue Sainte-Colombe de l’Époque médiévale à nos jours, mais aussi de confirmer que les fenêtres à remplage gothique percées dans le mur du fond de l’emprise appartenaient à un bâtiment civil et non à la seconde église édifiée dès 1526.

 

C’est aux XIIe-XIIIe siècles, dans un quartier très commerçant situé à proximité du Peugue et de la Garonne, le long d’un ancien chemin antique, qu’un grand bâtiment en pierre d’au moins deux étages est édifié. Ce dernier, appartenant sans doute à une famille de l’aristocratie marchande et seigneuriale, occupait alors presque entièrement la parcelle et se développait aussi vers l’est sur la parcelle mitoyenne. Vers l’ouest, le bâtiment était bordé par un espace vide de constructions, mais peut-être déjà occupé par le cimetière de la première église Sainte-Colombe, qui s’élevait à quelques mètres de là.

 

Au nord, sa façade ouvrant sur rue se trouvait en retrait par rapport à la façade actuelle, tandis que vers le sud, le bâtiment était bordé par un andronne, de l’autre côté duquel prenait place un grand bâtiment d’au moins deux étages et dont le mur de façade clôture aujourd’hui la cour au sud. Son rez-de-chaussée ouvrait alors sur la ruelle par une série d’arcades plein cintre.

 

Aux XIVe-XVe siècles, le quartier en expansion se transforme et abandonne le style roman au profit du gothique. Ainsi, le bâtiment sud voit sa façade ouvrant sur la ruelle en partie reconstruite, notamment au premier étage, où deux grandes fenêtres à remplage sont installées.

 

En ce qui concerne le bâtiment nord, les rénovations de cette période se limitent à la présence d’une porte en arc brisé donnant sur le jardin et d’une ouverture percée dans le parement ouest au premier étage. En effet, la démolition récente des murs gouttereaux ne nous a pas permis d’aller plus avant dans l’étude de ce bâtiment pour cette période. Au XVIe siècle, les bâtiments conservent leur physionomie médiévale. Seules quelques ouvertures supplémentaires sont créées. Ainsi, une porte couverte par un linteau droit est ouverte au rez-de-chaussée dans la façade nord du bâtiment sud, qui à cette époque appartient à Pierre Carles, second président du Parlement de Bordeaux.

 

Peu après, à une date indéterminée, le bâtiment nord est endommagé par un incendie, qui touchera aussi la façade de l’hôtel de Pierre Carles.

 

Au XVIIe siècle, l’andronne est fermé. On scinde alors le bâtiment nord en deux entités séparées par une cour intérieure dans laquelle prend place l’escalier rampe sur rampe. Au sud, la construction d’un nouvel hôtel particulier à la place du vieil oustau des Carles aura pour conséquence l’obturation des fenêtres gothiques.

 

C’est dans ce contexte qu’une première boulangerie s’installe dans le fond de la parcelle. Elle était composée de trois fours circulaires, de 0,87 m à 1,37 m de circonférence, implantés au pied de la façade de l’hôtel de Carles. Cette boulangerie semble fonctionner pendant environ un siècle avant d’être abandonnée à la suite d’un nouvel incendie.

 

Au XVIIIe siècle, la partie nord du bâtiment médiéval est transformée. Sa façade sur rue est démolie et une nouvelle façade est édifiée plus en avant dans le cadre d’un réalignement des façades de la rue.

 

Enfin, au XIXe siècle, en 1812, l’ensemble bâti, comprenant un premier corps de logis dont le rez-de-chaussée est occupé par une boutique et une arrière-boutique, et un second corps de logis dans le fond de la cour abritant un magasin-chai au rez-de-chaussée et des chambres à l’étage, est racheté par Jean Burolleau, marchand boulanger. Dès lors, l’immeuble redevient boulangerie et c’est sur les vestiges des anciens fours que viendront s’installer deux grands fours modernes à chauffe directe, le fournil prenant place au rez-de-chaussée du second corps de logis.

 

D’après les recherches documentaires, la boulangerie aurait fonctionné tout au long du XIXe siècle, avant de devenir une manufacture de vêtements et d’imperméables.

 

Enfin, au cours du XXe siècle, les photographies aériennes montrent que le bâtiment sud qui abritait le fournil et le hangar situé à l’arrière semble encore en état jusqu’au milieu des années 1950. En effet, ce n’est qu’en 1967 que les toitures très abîmées des deux bâtiments sont abattues. Les élévations, quant à elles, seront conservées encore quelques années avant que l’on arase le corps de logis sud au niveau du premier étage.


Séverine Mages, mars 2018.