Bram (11) – Salle polyvalente, Espace Idéal

Bram (11) – Salle polyvalente, Espace Idéal

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

23 juillet - 28 août 2018

Fouille préventive

Néolithique, Antiquité, Moyen Âge

DATE : 23 juillet - 28 août 2018

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, Antiquité, Moyen Âge

Les fouilles menées sur le site de la Salle polyvalente-Espace Idéal, à Bram, ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Simon Girond. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement de la salle polyvalente par la mairie de Bram. Elles ont concerné une parcelle d’environ 250 m². Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des strates (niveaux de circulation, effondrement de toiture, remblais…) et des structures (murs, fosses, fossés, silo…) liées à l’occupation de la zone durant le Néolithique moyen, la période républicaine romaine, le Haut-Empire et, probablement, le Moyen Âge.

 

Les structures les plus anciennes correspondent à deux fosses mises au jour au niveau du terrain naturel, en limite sud-ouest de la fouille (fig. 1). L’une, recoupant l’autre, comprenait des fragments d’une céramique qui semble caractéristique du Chasséen méridional ancien (4500-4100 avant notre ère). Une troisième fosse a été mise au jour, plus au nord, dans la même position stratigraphique, mais elle ne contenait aucun mobilier céramique.

 

L’essentiel des vestiges étudiés sur la parcelle correspond à l’occupation antique du secteur. Dès le IIe siècle avant notre ère, le site de Bram est occupé par une agglomération installée au carrefour de la voie d’Aquitaine, reliant Narbonne à Toulouse, et d’une voie d’axe sud-ouest—nord-est, reliant la vallée de l’Aude au sud du Massif central. Le toponyme antique, Eburomagus, est mentionné par une inscription découverte localement, mais aussi par la table de Peutinger et l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. À la période républicaine, l’occupation s’étirait sur une aire de 15 à 20 ha. Notre zone d’étude se situe en marge de celle-ci. Vers le centre de la fouille, deux segments de fossés parallèles (fig. 2) ont livré des nombreux fragments d’ossements animaux et de céramiques dont des amphores italiques. Il s’agit vraisemblablement de vestiges d’époque républicaine. L’orientation de ces deux structures en creux (environ 80° est) diverge nettement de celle des occupations postérieures (autour de 40° est). Les observations réalisées sont trop partielles, en raison de l’étroitesse de la fenêtre de fouille, pour pouvoir en proposer une identification (vestiges agraires, d’habitat ?).

 

Entre la période augustéenne et la fin du IIe siècle de notre ère, l’agglomération connaît une forte expansion qui porte la surface occupée à 50 ha. Notre zone de fouille est incluse dans cette extension. Dans sa partie méridionale, des traces d’un bâtiment caractérisé par deux solins sommairement aménagés (fig. 3), un niveau de circulation et deux fosses de fonction indéterminée, pourraient être liés à l’installation d’un habitat sans soute dès la fin de la période républicaine ou au début du Haut-Empire. Puis, dans le courant du Haut-Empire, la zone semble plus largement investie par l’aménagement d’un bâti plus important. Ces travaux ont probablement détruit et arasé une partie des structures des périodes antérieures. Les constructions sont marquées par des maçonneries de factures différentes (solins en fragments de terre cuite architecturale, murs de pierres liées à la terre, base de maçonneries en pierres et tuiles liées à la chaux ; fig. 4 et 5). Elles se développaient majoritairement hors des limites de fouilles : il s’agit donc d’une portion limitée d’un ou deux bâtiments qui a été mise au jour. La majorité de l’espace étudié était occupé par un niveau de circulation constitué par des matériaux divers et qui correspondait sans doute au sol d’un espace extérieur de type cour. Celle-ci était drainée par au moins une canalisation en bois dont le négatif a été observé le long d’un des murs d’axe nord-sud (fig. 6). En limite sud-ouest de la zone de fouille, un puits comblé par des niveaux détritiques du Haut-Empire était sans doute lié aux bâtiments.

 

Les structures du Haut-Empire ont été partiellement détruites par des aménagements postérieurs dont il est difficile de préciser la datation en raison de la faible quantité de mobilier qui y a été recueillie. Dans l’angle sud-est de la fouille, deux tranchées de récupération et une maçonnerie sommaire se croisant à angle droit recouvraient le niveau de circulation du Haut-Empire. Il pourrait s’agir des vestiges d’un bâtiment. Un probable silo (d’époque médiévale ?) pourrait lui être lié (fig. 7). Dans la partie septentrionale de la fouille, une structure en creux linéaire recoupait l’ensemble des structures et niveaux du Haut-Empire. Elle marque un aménagement profondément ancré dans le terrain naturel, interprété, à titre hypothétique, comme une palissade (fig. 8). Cette construction rompt avec les logiques d’occupation du Haut-Empire, mais il n’est pas possible en l’état des recherches de préciser sa chronologie (Antiquité tardive, Moyen Âge ?). Enfin, une dernière structure retient l’attention. Il s’agit d’une tranchée recoupant le niveau de circulation du Haut-Empire, Le fond de son comblement est constitué par un grand nombre de gros os (mâchoires, fémurs…) ou fragments d’os de grands animaux (équidé, porcin, bovin), mais aussi d’un fémur humain incomplet. Ces divers éléments ont été soigneusement disposés et assemblés afin de tenir dans le creusement dont les limites sont à peu près rectilignes (fig. 9). Dans l’état actuel des recherches, l’interprétation de cette structure demeure problématique.

 

Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.


Simon Girond, août 2018.