Brie-Comte-Robert (77) – Le Midi de la Plaine

Brie-Comte-Robert (77) – Le Midi de la Plaine

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

11 février - 26 juin 2008

Fouille préventive

Âge du Fer 2, Bas-Empire, haut Moyen Âge.

DATE : 11 février - 26 juin 2008

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Âge du Fer 2, Bas-Empire, haut Moyen Âge.

La fouille archéologique de deux zones distinctes, totalisant 32 000 m², a été entreprise suite à une prescription de l’État. Celle-ci a été établie à l’issue d’un diagnostic archéologique réalisé en 2007 par l’INRAP, faisant suite à la volonté de la SEML de la Brie Française d’aménager au lieu-dit « Le Midi de la Plaine » à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) des infrastructures économiques dédiées à diverses activités artisanales et commerciales.

Une occupation rurale de La Tène révélée par des structures de stockage (zone 1)

La zone 1 de la ZAC du Midi de la Plaine aux Bois se compose d’une trentaine de structures anthropiques. Si quelques anomalies repérées au décapage ont pu être associées à des trous de poteau isolés et à une fosse de plan circulaire, les autres structures sont interprétées comme des silos.

Ces structures de stockage présentent des profils et des dimensions variables (jusqu’à près de 3 m de diamètre à la base et plus de 2 m de profondeur). Deux types sont privilégiés : les profils tronconiques et ceux en forme de cloche. Ils sont creusés dans des couches de limon brun recouvrant un horizon sablo-limoneux de couleur brun-jaune, et atteignent parfois le niveau d’altération du substrat calcaire (silo 20 et 26 par exemple). Leur partie supérieure a été totalement perturbée par des phénomènes mécaniques liés à l’exploitation agricole du plateau. Le remplissage est constitué de niveaux de limons bruns dont la texture et la couleur se rapprochent fortement de celles de l’encaissant. Des pierres, en quantité variable, peuvent compléter le remplissage. De nombreux blocs, de petit module (5 à 15 cm de diamètre), présentent des traces de rubéfaction. Deux structures fournissent des données carpologiques permettant de saisir la nature des produits stockés ainsi que l’environnement immédiat du site.

Une fois ces silos abandonnés, les structures semblent rester quelques temps à l’air libre puis sont réemployées comme dépotoirs. Le mobilier se compose principalement de tessons de poterie et de restes osseux. La céramique est très fragmentée et montre des états de conservation inégaux selon les structures. Les formes et les décors appartiennent à un contexte relativement homogène du début du second âge du Fer (La Tène A et B). Les formes tronconiques, les jattes à épaulement et les vases situliformes constituent les types récurrents. Les productions céramiques sont vraisemblablement de facture locale. Le mobilier métallique est très rare, mais deux objets complets – une hache à douille circulaire et un couteau en fer – ont été retrouvés à la base du comblement de l’un des silos.

Un établissement antique, agricole et artisanal, et son évolution jusqu’à l’époque mérovingienne (zone 2)

La fouille de la zone 2 a permis d’étudier un établissement rural situé aux abords d’une voie et son évolution depuis la fin du IIIe siècle jusqu’au début du VIe siècle. Cinq phases ont été déterminées.

De la plus ancienne (phase 1), peu de vestiges ont subsisté. Elle correspond à l’angle sud-est d’un établissement, se poursuivant au-delà de la route de Chevry-Cossigny. Un enclos quadrangulaire a été retrouvé, à l’intérieur duquel se trouve un bâtiment partiellement détruit, dont l’usage n’est pas déterminé. Il s’agit d’un édifice orienté sud-ouest – nord-est, construit sur des fondations en pierres sèches, liées à de l’argile. Un mur partitionne l’enclos, délimitant au nord-est un espace à l’intérieur duquel se trouve un petit édifice à abside. La fin de cette phase est marquée par le creusement de deux grandes dépressions qui recoupent deux bâtiments et sont liées à une activité d’extraction du limon et du calcaire. Le mobilier archéologique associé aux structures de cette phase permet de proposer une datation correspondant à la fin du IIIe s.

La phase 2 est caractérisée par une restructuration de l’établissement. On observe un changement d’axe de toutes les structures (rotation du domaine clos d’environ 16 degrés vers l’ouest), mais la raison de cette évolution nous échappe. Plusieurs bâtiments appartenant à cette phase ont été mis en évidence. Le principal d’entre eux était construit sur des fondations en pierre. Il s’agit d’un édifice rectangulaire de 183 m² comprenant une petite salle d’angle. Il est probablement lié à des activités agricoles ou artisanales et ne perdure pas au-delà de la phase 2. Il surplombe l’une des anciennes dépressions, partiellement remblayée et aménagée en secteur artisanal. Dans ce secteur, organisé autour d’un puits, on trouve un bâtiment sur poteaux abritant une série de foyers allongés. D’autres structures de combustion occupent la zone. La spécialité évidente de ce secteur est le travail des alliages cuivreux, comme en témoignent les débris d’objets et de tôles de bronze, les lingots et déchets de plomb, les scories d’alliage cuivreux et les structures de chauffe. Parmi les foyers, on trouve aussi deux grands fours circulaires à coupole (de type four à pain) qui laissent supposer des activités culinaires. La dépression située à l’est est déjà empierrée, et est occupée de façon synchrone avec l’activité métallurgique de la dépression ouest. L’établissement est ceinturé au sud par un long bâtiment en matériaux légers, de type galerie, dans lequel est aménagé un édifice servant de porche d’entrée. À l’est, la clôture se présente sous la forme d’une palissade aboutissant à un bâtiment-porche auquel on accède par des rampes empierrées, puis sous la forme d’un mur dont il subsiste les fondations. Le mobilier archéologique associé aux structures de cette phase permet de proposer une datation correspondant à la fin du IIIe et à la première moitié du IVe siècle.

La phase 3 est caractérisée par le développement des bâtiments et des activités vers l’est et le sud. La dépression ouest est totalement comblée, par des remblais et des matériaux de construction. Un système de canalisation (tuyau, canal, fossés) alimente un système de drains irriguant la partie sud de l’établissement. La construction d’un mur de terrasse drainant sur le versant exposé au sud, du fossé nord de la voie, est probablement à mettre en rapport avec cette activité, qui a conduit à la nécessité de retenir au mieux la sédimentation aux abords de la voie tout en permettant l’évacuation de l’eau, par écoulement à travers le mur. L’ensemble de bâtiments situés au nord-est de la fouille semble constituer un ensemble organisé ayant fonctionné de façon synchrone. Il surplombe la dépression est, empierrée, qui sert alors de dépotoir. Le mobilier recueilli témoigne de la vocation résidentielle et artisanale des bâtiments. L’un d’entre eux abritait au moins cinq foyers, du même type que ceux découverts dans la dépression ouest, également associés au travail des alliages cuivreux. Une fonction similaire peut être avancée pour cet ensemble qui a livré un creuset complet, mais les indices sont plus ténus. L’analyse des prélèvements sédimentaires exclut une activité de forge. Le mobilier archéologique associé aux structures de cette phase permet de proposer une datation correspondant à la seconde moitié du IVe siècle.

La phase 4 correspond au développement dans cette partie de l’établissement d’activités liées à l’agriculture et à l’élevage. Une petite exploitation se développe, comprenant un bâtiment de type « maison-étable » et un grenier. Des structures de stockage sont creusées. Un petit bâtiment hexagonal avec un sol empierré borde un chemin encadré de clôtures constituées de pieux. Très peu de céramique a été retrouvée pour cette phase, datée de la première moitié du Ve siècle.

La phase 5 correspond au développement d’une véritable unité d’exploitation (enclos, bâtiment principal, dépendance, zones satellites de stockage et de cuisson) durant la seconde moitié du Ve siècle et au début du VIe siècle. Le bâtiment principal est un long édifice de trente-quatre mètres de longueur, possédant un grand porche latéral donnant sur un couloir en forme de tonneau, partageant l’espace interne en deux parties. La partie est semble être dévolue à la résidence. La partie ouest, plus grande, pourrait être interprétée comme une zone destinée à abriter des animaux, si l’on suit les schémas traditionnellement admis pour ce type d’édifice.

Les deux sites fouillés sont des implantations rurales comparables aux établissements de l’âge du Fer, de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge découverts ces dernières années dans le Bassin parisien. Leur dégré de conservation est assez bon pour des vestiges situés sur des plateaux agricoles. Les structures archéologiques de la zone 2 constituent un exemple remarquable et très bien documenté (tant par les plans que par le mobilier) d’évolution d’un établissement rural de transition entre l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Cette fouille apporte des données nouvelles concernant l’organisation du travail des alliages cuivreux ainsi que des données complémentaires importantes sur la céramique du deuxième âge du Fer, de l’Antiquité tardive et du début du Moyen Âge. La dernière phase d’occupation constitue l’un des rares exemples de ferme mérovingienne avec un plan détaillé et un bâtiment aux dimensions assez exceptionnelles.


Cyril Driard, décembre 2009.