Brison-Saint-Innocent (73) – L’établissement du 7 chemin de Pompierre

Brison-Saint-Innocent (73) – L’établissement du 7 chemin de Pompierre

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

10 février - 31 mars 2017

Fouille préventive

Haut-Empire, Antiquité tardive, haut Moyen Âge.

DATE : 10 février - 31 mars 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Haut-Empire, Antiquité tardive, haut Moyen Âge.

Le site du « 7 chemin de Pompierre » à Brison Saint-Innocent est implanté entre 285,5 et 287,5 m d’altitude dans le val du Bourget, sur un replat du versant situé à 500 m de la rive droite du Bourget, à 3,5 km au nord-ouest du centre historique d’Aix-les-Bains et une centaine de mètres au
sud-est de l’église de Saint-Innocent. Il a livré plusieurs phases d’occupation.

 

Ainsi, les vestiges les plus anciens découverts sur la parcelle correspondent à une séquence de l’occupation antique dont les seuls vecteurs datant reposent sur la présence de tuiles à rebord ne présentant pas critères typo-morphologiques. Leur recoupement ou recouvrement par des vestiges
datés entre le II e et le III e s. assure leur antériorité et permet de les affilier à une occupation du Haut-Empire. L’état d’arasement global de ces structures, en partie tronquées par les aménagements ultérieurs, invite à caractériser un petit complexe hydraulique en fosse, alimenté par un modeste canal autour duquel se développe une construction en bois d’orientation sud-ouest – nord-est dont la superficie voisinerait 23 m2. Marquée par la présence de trous de poteau, cette structure légère, très probablement lacunaire à l’ouest, pourrait être interprétée comme une clôture ou un enclos destiné au parcage du bétail, lié à un abreuvoir de fortune alimenté par un captage dont la source n’a pas pu être mise en évidence.

 

L’association de ce complexe avec une probable fosse d’extraction de matériaux argileux, d’une fosse de plantation et d’une fosse de rejets vraisemblablement liée à la vidange d’un foyer renvoie l’image d’une occupation à vocation agropastorale, dont les vestiges pourraient, pour une large partie, avoir été tronqués par les aménagements ultérieurs.

 

Datés entre le II e et le III e s. de notre ère, les vestiges de la seconde phase de l’occupation caractérisent une importante phase de viabilisation de la parcelle matérialisée par l’apport d’un important remblai de terre et de pierres déposé au sein d’un vaste creusement. Cette opération d’ampleur pourrait avoir eu pour premier objectif de curer une zone humide créée par le replat naturel du site au sein du versant. Elle accompagne l’implantation d’un réseau d’assainissement matérialisé par un canevas de structures drainantes installées pour partie sur un remblai. Ce nouveau réseau vise à empêcher la stagnation de l’eau et donc la reformation d’une zone humide. Il constitue également une véritable barrière drainante permettant de dévier les eaux de ruissellement pouvant provenir de l’est. La présence d’une fosse, vraisemblablement liée à une
activité d’extraction de terre au nord-ouest, bénéficie d’ailleurs de ce rempart hydrologique. Cet agencement de structures drainantes disposées en « épi » témoigne surtout de pratiques agricoles illustrant l’implantation de cultures sur la parcelle. Elles délimitent des zones parallélépipédiques
assainies, avoisinant 150 m2. Bien que seuls un trou de poteau et un fond de fosse arasée aient été mis en évidence dans l’emprise de ce réseau, ces structures matérialisent à n’en point douter les discrets aménagements d’une zone cultivée. En effet, les moyens investis permettent d’attester la
présence d’un établissement gallo-romain dont les bâtiments restent à rechercher dans un périmètre rapproché.

 

L’apport le plus notable de l’opération réside dans la découverte d’un petit établissement domanial installé, occupé et abandonné au cours de l’Antiquité tardive ( V e – VII e s.). Là aussi, son installation se matérialise par une indispensable étape d’assainissement. Celle-ci se traduit par une nouvelle phase de décaissement qui complète ou parachève celle effectuée à la fin du Haut-Empire. Elle s’accompagne également de l’installation d’un nouveau réseau d’assainissement articulé, mêlant un assemblage mixte de structures drainantes (canalisations et drains). L’amplitude stratigraphique (0,25 m en moyenne) qui recouvre ce soubassement drainant suppose ici aussi l’apport d’un remblai d’installation sur lequel l’établissement vient s’installer en grande partie. Orienté à 103°O, son bâtiment résidentiel qui se développe sur 11,4 m de long pour 10 m de large est conservé sur deux à trois assises de fondation et une à deux assises d’élévation au maximum. Ainsi, lors de sa phase d’installation, cet édifice était traversé d’est en ouest par une canalisation affleurante alimentée à l’est du bâtiment par un canal drainant. Il se compose de trois pièces de dimensions inégales (Pièce n o 1 : 7,2 × 6,4 m ; Pièce n o 2 : 7 m × 4,2 m : Pièce n o 4 : 9,7 m × 4,6 m). La planimétrie du bâtiment et l’organisation interne du cloisonnement renvoient au schéma générique de séparation des édifices résidentiels, avec une aire dévolue à l’habitation et une aire réservée à la partie agricole. L’installation des différentes structures marque à n’en point douter une subdivision
fonctionnelle de la pièce commune, comme un espace culinaire marqué par l’emprise d’une sole foyère clairement délimitée par un bloc de maçonnerie identifiable à une table de cuisson, une desserte, voire une paillasse. La présence d’un autre foyer et d’un lot de petit mobilier traduit
l’existence de diverses activités domestiques (filage, tissage, mouture, cuisson, etc.) qui ont pu se côtoyer au sein de cet espace doté d’un seuil d’accès ouvrant au sud. Signalons également une seconde entrée plus vaste matérialisée par un ensemble maçonné en escalier et délimitée par une
base massive sur le côté ouest de l’édifice. Elle ouvre sur une pièce étroite et allongée dans laquelle les vestiges d’un empierrement lié à une canalisation supposent un soubassement de citerne domestique. Cet espace dédié au stockage pourrait avoir une fonction relativement proche
de celle d’une grange. Une annexe en dur (6,8 × 4,36 m), ouverte au sud, en partie tronquée par des aménagements récents, a également été observée à la limite d’un sol de cour aménagé, au niveau de la partie occidentale du site. Cette construction dont les niveaux de démolition
renseignent une élévation en pierres pourrait avoir une fonction assez proche de celle d’une remise, voire d’un abri à bétail. Plusieurs aménagements périphériques sont également associables à cette occupation, notamment des structures à combustion de fonction incertaine, localisées au nord et au sud de l’établissement. D’autres structures sont présentes, éparses, à l’évidence liées à des pratiques agricoles (fosses de plantation, drains, citernes en pierres sèches). L’évolution de l’établissement est marquée par l’adjonction d’un mur de refend divisant l’espace d’une pièce en deux cellules de plan quadrangulaire (Pièce n os 2 et 3) avoisinant 6 m2 à 9,8 m2. On note aussi l’édification d’une pièce de plan trapézoïdal au nord de l’édifice. À son apogée, ce bâtiment résidentiel pouvait être composé d’une pièce commune (n o 1), de deux chambres (2 et 3), d’un grand espace de stockage type grange (pièce n o 4), ainsi que d’une cage d’escalier latéral ou d’une grande remise (pièce n o 5). On notera qu’au cours de cette phase de l’occupation, l’établissement se dote d’un mur d’enclos dans lequel un accès au nord est ménagé. Cette délimitation élevée en pierre qui encadre un espace de cour entre les deux édifices se poursuit au-delà des bermes occidentales et septentrionales de l’emprise.

 

Enfin, mentionnons que les dimensions des pans de mur observés (5,4 m à l’ouest et 3,6 m au sud) accréditent, par leur différentiel, la construction en terrasse du bâtiment résidentiel. Elles témoignent d’une élévation en pierres liée à la terre relativement importante. L’absence de tuile ou
de lauze suggère l’identification d’une toiture en matériaux périssables.

 

Ce petit domaine a vraisemblablement été installé et développé au cours de la période burgonde. Son occupation pourrait perdurer jusqu’au VII e s. Elle évoque un petit établissement foncier, doté d’une annexe agricole et d’un bâtiment résidentiel qui, par leur architecture, se distinguant des
habitats classiques en terre et bois à usage agropastoral régulièrement mis au jour pour la période. Les différentes catégories de mobilier telles que les importations de céramique (amphore et céramique africaine ou de Bétique orientale), la verrerie, la pierre ollaire et l’instrumentum,
indiquent un statut social de petits propriétaires terriens de rang modeste. En cela, comme, du reste, au niveau de sa configuration générale, ce petit établissement domanial présente des traits communs, largement comparables à ceux de Franche-Comté, notamment celui du « Camp du
Château » à Salins-les-Bains ou de Pratz « le Curtillet » (Billoin et al. 2016). Enfin, on mentionnera la découverte d’un bec tubulaire de cruche daté entre le VIII e et le XI e s. issu des horizons de démolition de l’établissement qui invite à supposer une nouvelle fréquentation du site. En ruines, l’établissement pourrait alors avoir servi de « carrière » au cours de cette période ainsi que le laisse supposer la présence de tranchées et de fosses d’épierrement.


Yannick Teyssonnière, juin 2018.