Bruère-Allichamps (18) – Abbaye de Noirlac – TC 5

Bruère-Allichamps (18) – Abbaye de Noirlac – TC 5

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

12 - 23 janvier 2015

Fouille préventive

Époque médiévale, Temps Modernes, Époque contemporaine.

DATE : 12 - 23 janvier 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Époque médiévale, Temps Modernes, Époque contemporaine.

Les fouilles réalisées à l’abbaye de Noirlac du 12 au 23 janvier 2015 par le bureau d’études Éveha interviennent dans le cadre de l’ouverture anticipée de tranchées techniques, en vu de l’installation de la fibre optique. La zone d’intervention se concentre en contrebas du chemin d’accès à l’abbaye et le long du parking, jusqu’au bâtiment d’accueil actuel. La fouille est ainsi contrainte à un espace restreint dans l’emprise de tranchées d’1,50 m de large et de 1 m de profondeur. Six tranchées sont réalisées, tandis qu’une septième ne fait l’objet que d’une surveillance de travaux. L’emprise est de 176 m².

Cette intervention a permis la découverte d’une occupation dense à proximité du bâtiment des communs, et qui tend à s’amenuiser vers l’ouest du site. Au contact de ce bâtiment, les fondations d’une possible tour sont mises au jour : elles sont liées aux fondations du mur gouttereau ouest du bâtiment des communs, et relèvent ainsi du XIIe siècle. Cette structure était totalement inconnue et n’apparaît pas sur les plans anciens étudiés à cette occasion. Plus à l’ouest, une série de quatre murs orientés est-ouest est repérée. Un seul semble appartenir à la période médiévale. Il est isolé et n’a pu être interprété : il peut s’agir d’un mur de clôture ou de terrasse. Deux de ces murs semblent définir un espace intérieur, un possible bâtiment situé contre un puits relevant de l’époque moderne. Ce puits circulaire est maçonné de pierres calcaires de moyen appareil, remployant des piédroits médiévaux. Les traces de boucharde attestent une datation qui ne saurait être antérieure au XVIIIe siècle. Plus au nord, un quatrième mur, très mal conservé, est découvert, dont il ne reste qu’une assise de fondation. Il semble également de facture moderne et n’a pu être rattaché à une autre structure. Sa fonction reste donc nébuleuse.

Cette zone dense en vestiges n’est pas non plus avare d’aménagements hydrauliques puisqu’un caniveau médiéval est découvert, doté de parements en pierres calcaires recouverts de belles dalles de couverture. Il est perturbé au nord par l’installation d’un système d’adduction d’eau, constitué de tuyaux de terre cuite emboîtés, et relevant vraisemblablement des XIIIe-XIVe siècles. À quelques centimètres plus au sud, une autre structure constituée de pierres calcaires posées de chant pourrait également être en lien avec un ancien aménagement hydraulique lié au drainage.

C’est cependant la zone la plus à l’ouest qui est la plus riche en réseaux hydrauliques : en effet, la tranchée située en contrebas de la voie d’accès actuelle à l’abbaye a livré trois drains orientés est-ouest permettant d’assainir une zone connue pour être marécageuse, et ce dès l’époque médiévale. Le terme « les Eaux Mortes » est alors souvent employé pour ce bocage situé à proximité d’un bras du Cher. Ces trois drains sont probablement médiévaux.

Ils peuvent également être associés à la zone de forge située à l’extrémité ouest de la zone envisagée, en contrebas du parking actuel. Cette forge a par ailleurs livré dès le diagnostic des couches riches en scories, des zones rubéfiées, charbonneuses, associées à un mobilier céramique datable du XIIe siècle. Nos propres analyses révèlent des scories de réduction directe du minerai de fer, activité relevant des XIIe-XIIIe siècles. Des textes datés entre 1214 et 1256 attestent d’ailleurs l’implication de l’abbaye de Noirlac dans la métallurgie du fer, notamment dans le bois de Meillant, cité en 1256 comme lieu d’extraction : un conflit oppose alors les moines au seigneur local Henri de Sully à propos de l’exploitation de mines de fer sur leurs terres. Il pourrait donc s’agir de l’origine des déchets découverts. Des scories de post-réduction en position secondaire semblent provenir d’activités de forge en lien avec la construction, l’entretien ou les activités courantes de l’abbaye, à proximité immédiate de celle-ci, et relevant des XIIIe-XIVe siècles. En effet, les loges et ateliers des artisans devaient être placés dans l’enclos monastique, et cette zone devait être idéale pour l’activité de forge, pour son potentiel hydraulique notamment. Néanmoins, nous n’avons pu identifier, dans l’emprise restreinte des tranchées, de structures en lien avec cette activité : ni maçonneries, ni supports de billot ou d’enclume.

Les investigations de 2015 se sont ainsi révélées riches en vestiges archéologiques, qu’ils soient médiévaux, modernes, ou contemporains comme en témoignent les multiples remblais, zones de rejets ou fosses en lien avec la manufacture de porcelaine installée à Noirlac entre 1822 et 1896. Les niveaux les plus anciens nous renseignent sur les premiers temps de l’abbaye, qu’il s’agisse du chantier de construction en tant que tel et de son activité de forge, ou bien de maçonneries inédites comme cette tour devant le bâtiment des communs. Les aménagements hydrauliques sont de même bien documentés pour les périodes médiévales et le drainage apparaît ici comme une nécessité pour la communauté monastique face à un environnement marécageux et humide.


Isabelle Pignot, octobre 2015.