Caudebec-lès-Elbeuf (76) – rue aux Saulniers et rue Lamartine

Caudebec-lès-Elbeuf (76) – rue aux Saulniers et rue Lamartine

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

18 février – 28 juin 2019

Fouilles préventives

Préhistoire, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, époque moderne

DATE : 18 février – 28 juin 2019

TYPE D'OPÉRATION : Fouilles préventives

CHRONOLOGIE : Préhistoire, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, époque moderne

Les fouilles menées sur le site de la rue aux Saulniers à Caudebec-lès-Elbeuf ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Bruno Lepeuple. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement d’un centre commercial par la Sccv Les 3 PHI.

L’opération s’est portée sur une surface de 5,3 ha, à 800 m de la Seine, sur sa rive gauche. Dans un ancien méandre, le site est implanté sur une terrasse de grave, surplombant une zone alluvionnaire de sable, recouverte de limons. Elle s’insère dans un ensemble déjà reconnu, en bordure de l’agglomération antique d’Uggade, déjà bien documentée, et à proximité d’un ensemble bâti au nord, partiellement documenté en 1993. Les modifications du projet d’aménagement ont écarté une large partie septentrionale de la prescription, suspendant une lecture continue avec ces données.

Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour une chronologie étendue dont les traces les plus anciennes remontent au Néolithique ancien, illustré par un fragment de bracelet en schiste. Suivent une ou plusieurs occupations protohistoriques (parcellaire, bâti, celliers, …) qui se sont révélées plus marquées en bordure de la terrasse de grave.

L’empreinte la plus forte est liée au site antique. Un enclos, de 140 m de longueur sur son côté sud, le seul appréhendé intégralement, se referme vers le nord, vraisemblable coeur de site. À l’angle sud-est, une interruption des fossés correspond à la présence d’un petit édifice carré, ayant connu deux phases bâties dont la dernière est liée à un mur qui parcourt tout le front sud de l’enclos.
Aux limites méridionales de la fouille, là où s’interrompt le parcellaire, a été mise au jour une petite nécropole à crémation dont deux tombes se sont avérées très riches. Les dépôts funéraires étaient disposés dans des coffres en bois augmentés d’une quincaillerie travaillée, ils comprenaient l’urne et d’autres contenant en verre et céramique. Une première approche chronologique oriente vers la charnière des premier et second siècles de notre ère. Dans le même secteur, un espace a été consacré à la production de chaux. Quatre fours, dont un n’a pas fonctionné, s’organisent autour d’une fosse qui a connu plusieurs reprises. L’ensemble occupe un espace de 60 m².

Une bande de 14 m de largeur, projet de voie rejoignant la rue Lamartine au nord, a permis de reconnaître une forte densité de vestiges. On y comptait quelques traces bâties, dont une cave, partiellement prise sous le revêtement de la rue, et dans laquelle a été fouillé un niveau d’occupation comportant du mobilier attribuable au 2nd siècle.

L’occupation perdure durant l’Antiquité tardive avec une reprise de l’enclos principal. Une zone funéraire ayant livré 17 tombes est attribuable à cette période. Dix d’entre elles ont livré un mobilier conséquent : armes accessoires vestimentaires et parures dont des colliers de perles de verre et d’ambre. Une tombe principale, occupant une position topographique privilégiée était plus riche, celle d’un homme en arme inhumé sous un tertre.

Les occupations mérovingienne et carolingienne sont perceptibles sur une grande part des terrains aménagés dans l’Antiquité. Elles s’illustrent par la présence de bâtiments sur poteaux, d’un puits ayant livré un lot céramique dont la production est attribuable au tout proche atelier de La Londe au VIIIe siècle. Fours, silos et fonds de cabane illustrent également cette phase qui reste modeste.

Au sud de la prescription, l’extrémité d’un parc de château actif aux périodes moderne et contemporaine a fortement marqué le paysage. Trois états ont pu être mis en évidence, deux fossoyés et un maçonné qui intégrait deux édifices latéraux dont une chapelle funéraire qui abritait deux sépultures du début du XIXe siècle.

Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.


Bruno Lepeuple, juillet 2019.