Cebazat (63) – Maison Blanche

Cebazat (63) – Maison Blanche

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

22 juin - 20 novembre 2015

Fouille préventive

Âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge.

DATE : 22 juin - 20 novembre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Âge du Fer, Antiquité, Moyen Âge.

Le site de « Champ Roche », d’une superficie avoisinant 4,5 hectares, est situé à 5 km du centre historique de Clermont-Ferrand (63). Il se trouve sur la bordure ouest du bassin d’effondrement tertiaire de la Limagne, à une altitude variant entre 330 et 335m NGF. Cette opération a été réalisée en préalable aux travaux d’aménagement de la ZAC des Montels III conduits par la SEAU. L’opération de fouilles a permis la découverte de vestiges se rapportant à un petit sanctuaire rural gallo-romain installé en bordure de voie, succédant à un édifice érigé sur poteaux porteurs dès La Tène D2b. Le site de « Champ Roche » a également livré un petit enclos aménagé au cours du iie s. avant notre ère puis abandonné à la transition entre le ie et le iie s. ap. J.-C. Au nord de cet espace a été mis en évidence une vaste zone d’habitat occupée au cours des deux premiers siècles avant notre ère, dans laquelle fut exhumé un buste gaulois, jusque là inédit chez les arvernes. Au Haut-Empire, un ensemble d’habitations romaines prendra place sur la partie occidentale du site, l’hypothèse est celle d’un ensemble de bâtiments se développant de part et d’autre d’un chemin de terre, à la manière d’un village routier. Tandis qu’à l’est, hors emprise, est localisé à peu de distance (100 m) l’ensemble de maçonneries associées à une hypothétique villa équipée d’un balnéaire découverte en 2007 par une équipe de l’Inrap (Pasty 2007).

 

Les principaux vestiges de la période gauloise concernent une aire d’habitat datée de La Tène D1 et D2a, circonscrite dans l’angle nord-ouest de la zone de fouille. Les nombreuses structures gauloises reconnues sur le secteur sont organisées de façon orthonormée, selon un axe sensiblement identique à celui de la période gallo-romaine. Elles appartiennent à la trame d’une première occupation gauloise, reconnue dès La Tène D, soit à partir de 150 av. notre ère. La forme d’habitat est difficile à définir mais il semble qu’une à plusieurs constructions soient rattachables à cet horizon. Il a été possible de reconnaître quatre à cinq constructions sur poteaux plantés, concentrées dans un espace relativement important de 10 000 m2 à l’intérieur d’une zone restée vierge en vestiges d’époque gallo-romaine. À partir de la conquête romaine et au cours de La Tène D2b, au moins trois larges sections de fossés seront installées à angle droit. Elles sont interprétées comme les tronçons ouest et sud d’un enclos fossoyé de la fin de la période gauloise (La Tène D2b), installé au cœur de l’emprise de l’occupation précédente. La présence attestée d’un puits gaulois de LTD2b est à signaler. Ce contexte a également été documenté suite au diagnostic réalisé immédiatement après la fouille, en bordure nord et est (Carlier 2016).

 

Plus au sud, l’enclos 1.02 est matérialisé par un fossé carré orienté nord-est sud-ouest d’environ 8 m de côté. Il est implanté dans l’environnement immédiat d’une aire funéraire de la fin du iie s. av. notre ère abritant trois sépultures dont au moins un individu avait un statut social privilégié. En effet, l’inhumé 1130 était non seulement accompagné d’une écuelle portant un graffite en écriture grec exécuté à la pointe sèche, mais il était également surmonté d’un dépôt équin. Les résultats d’analyses biochimiques montrent que les deux vases qui l’accompagnaient ont contenu une grande quantité de vin rouge associé à un corps gras d’animal ruminant, tandis que le second vase, à engobe blanc montre la présence de résine de conifère et aussi de chanvre. Il s’agit donc de fragments végétaux qui auraient pu être ajoutés au vin, tout comme la résine, pour l’aromatiser et lui donner un effet psychotrope (analyses biochimiques par N. Garnier). L’installation d’équipements en lien avec l’aménagement de la ZAC a empêché une exploration exhaustive de l’espace interne. Seuls les résultats du diagnostic archéologique attestent la non-interruption de ce fossé et l’absence de vestiges dans la zone enceinte (Pasty 2008). L’intervention de fouille préventive a mis en évidence neuf états successifs.

 

À l’origine, le fossé fonctionne ouvert, puis il est comblé pour recevoir une installation de type palissade voire une construction sur sablière basse (État 1 à 3). Par la suite, vers la fin du iie s. avant notre ère, il fait l’objet de petits aménagements dans son côté est, comme un plancher ou une passerelle (État 4 à 6), certainement en lien avec la mise en place d’un possible bûcher funéraire (St. 1373/1730) dont une partie des résidus semble avoir été déposée au sein d’une structure située à environ 3 m à l’est (St. 1045). Ce dépôt a été identifié comme résultant d’une crémation en raison d’une importante quantité de tessons de céramique posés à plat associée à trois fibules dont l’une du type « schéma La Tène 2 » en circulation entre La Tène C2 et la Tène D1. Ultérieurement, dans le côté nord de l’enclos 1.02, un minimum de 23 chiens a été inhumé de manière successive à l’intérieur de fosses spécialement conçues pour les accueillir et venant entamer le fossé (État 7). Ces animaux ont été disposés avant un enfouissement rapide sur le flan gauche dans une position soignée, les membres légèrement recroquevillés le long du tronc. Enfin, le côté ouest a livré lors du diagnostic archéologique une importante concentration de céramiques romaines brûlées correspondant vraisemblablement à des restes de crémation (État 8). Les vestiges sous-jacents à un sanctuaire gallo-romain se caractérisent par des constructions légères sur poteaux plantés et par quelques structures isolées. Seul un couloir de 8 m de large, vierge de vestiges, sépare cet ensemble de l’enclos 1.02. Cinq entités archéologiques se développent sous un épais niveau de chantier installé préalablement à la construction du sanctuaire gallo-romain. Certaines structures présentent des lots de céramique réduits qui témoignent d’un ensemble occupé dès la fin du second âge du Fer, soit à partir du milieu du ier s. av. J.-C. Néanmoins, le mobilier céramique présent impose une perduration au cours de la période romaine. L’implantation de ces constructions à l’extérieur du secteur d’habitat gaulois implique une activité originale. De plus, une différence assez significative apparaît du point de vue de la forme et de l’organisation spatiale de cet ensemble d’édifices en bois. Ils présentent un plan au sol complexe, en comparaison des autres constructions appartenant à cette période. L’agencement de la totalité des bâtiments de la zone d’habitat gauloise est sommaire, avec un plan de construction simple à une nef et dans certains cas des ajouts latéraux. L’existence d’un bâtiment central prédominant et d’un espace périphérique que l’on peut interpréter comme un bâtiment annexe à l’ouest et un système d’entrée à l’est conduit à envisager une fonction éloignée de celle d’une simple structure d’habitat. Faute de mobilier déterminant, leur fonction reste indéterminée, mais ces aménagements attestent la présence de constructions organisées dès La Tène finale, agencées de manière identique à celles de l’horizon antique et peuvent, de ce fait, être rattachées à une première phase d’implantation d’un édifice cultuel.

 

Pour la période romaine, l’ensemble des informations concernant les constructions qui s’installent au même emplacement, même si elles sont ténues, permettent de proposer sans trop d’ambiguïté l’hypothèse d’un petit sanctuaire privé, en relation étroite avec la villa découverte au lieu-dit  » Pré de Guelle  » en 2007 par l’Inrap (Pasty 2008). Son plan de construction diffère largement des modèles connus sur le site et évoque l’esquisse d’un premier temple à simple cella. La construction centrale, ou cella, présente des lots de mobilier permettant de garantir son appartenance au Haut-Empire (lot de céramique, monnaies, etc). Ensuite, la présence de matériel significatif, démontre la fonction cultuelle de l’édifice (nombreux fragments de statuettes en terre blanche, de miroir, etc). L’hypothèse d’un sanctuaire privé, installé en périphérie immédiate du périmètre de la villa et au contact direct de la voie antique semble alors raisonnable. De ce fait, la localisation de nombreuses tombes d’individus au niveau social élevé dans l’environnement du temple conforte l’hypothèse d’un « jardin funéraire » lié à la villa. Une belle construction sur solin, constitué de blocs de basalte dont il ne subsiste qu’un reliquat, se développe autour du temple romain, et peut correspondre au mur péribole du sanctuaire, voir à la dernière reconstruction du temple. Les limites de l’enceinte du temple sont morcelées en plusieurs segments de murs, blocs de basalte et fosses d’encrage. Les vérifications réalisées dans la partie orientale n’ont pas permis de compléter le plan de construction de l’enceinte du téménos. Néanmoins, on peut proposer un retour dans la partie est avec les structures 1704 et 1720 qui forment les indices convaincant d’un retour à l’est. Un bâtiment d’environ 4 m de large vient se greffer sur la bordure ouest du sanctuaire. Les murs sont composés de deux parements de blocs de basalte, souvent équarris, et d’un blocage central, sans liant.

 

La partie occidentale du site correspond à la mise en place d’un ensemble de bâtiments au cours du ier s. ap. J.-C. L’hypothèse d’un ensemble de bâtiments se développant de part et d’autre d’un chemin de terre, à la manière d’un village rue. Les nombreux vestiges d’époque gallo-romaine mis au jour sur la bande ouest de la fouille permettent ainsi d’entrevoir l’organisation interne d’un groupement potentiel d’habitat gallo-romain. Au total, ce sont près de 20 habitations qui ont été reconnues en enfilade, installées à la perpendiculaire de la voie romaine d’axe est-ouest découverte au sud de la fouille. On distingue également de nombreux aménagements hydrauliques sous la forme d’une enfilade de près de 20 puits à l’ouest et d’une canalisation pour l’adduction d’eau à l’est. Les éléments d’une dernière phase d’occupation au Haut-Empire ont été découverts sur la bordure ouest du site. Ils ont été reconnus à l’emplacement de la zone d’habitats agglomérés, occupée au cours des ier et iie siècles de notre ère. Ces quelques indices témoignent de la pérennité de l’occupation du site au cours de la première moitié du iiie siècle. Ils représentent les dernières manifestations de l’occupation du bourg gallo-romain, en tout cas, dans les secteurs concernés par la fouille archéologique.

 

Pour l’heure, le plan et la fonction de l’occupation gauloise, au nord de l’enclos 1.02 sont méconnus, aucun exemple analogue n’a pu être retrouvé régionalement malgré les recherches en cours sur la période en Basse-Auvergne (Deberge, Jouannet 2007 et 2017). Cependant, les dimensions du site de Champ Roche, estimées à près de 3 hectares, permettent de matérialiser un vaste espace ouvert, densément occupé dès le milieu du iie s. avant notre ère. S’ensuit une phase d’enfermement au milieu du ier s. avant J.-C., marquée par l’implantation de puissantes palissades, puis par leur destruction par le feu. Au cours du Haut-Empire, deux pôles structurent le paysage : un groupement potentiel d’habitats, certainement une station routière, occupe l’aile ouest du site, tandis qu’une villa localisée à l’est, semble toujours être en activité au Bas-Empire.

 

L’enclos 1.02 a été occupé à partir de la fin du iie s. avant notre ère pour être abandonné à la fin du ier s. ap. J.-C. Sa nature a évolué au fil du temps passant d’un fossé ouvert à l’installation d’une palissade voire d’une véritable construction en élévation avec dépôt de 23 chiens disposés sur la bordure nord. La monumentalisation de cette structure inscrit donc dans le paysage la présence d’une aire réservée et marque une séparation avec l’extérieur. La question est de savoir à quoi servait cet espace et si les transformations réalisées pour marquer son emplacement sont associées à une évolution dans son statut. Le temple à simple cella contigu présente des lots de mobilier permettant de garantir son appartenance au Ier s. de notre ère. Les indices stratigraphiques montrent qu’il est postérieur à un édifice construit en matériaux périssables, daté de La Tène D2b, mais encore occupé au tournant de l’ère. Ces bâtiments évoquent davantage l’exemple de structures cultuelles potentiellement adjointes à un domaine privé.

 

S’il est difficile de mettre en relation par l’archéologie les sanctuaires ruraux et les unités d’occupation mitoyennes, il est tout aussi malaisé d’attester la présence d’indices gaulois à l’origine des infrastructures romaines. Le corpus des sanctuaires arvernes, bien qu’important, manque d’investigations récentes et ne permet pas de déterminer si certains d’entre eux suivent le même schéma évolutif que le sanctuaire de Cébazat. Au niveau local, seul le site de Corent (63) évoque le processus de transformation d’un sanctuaire tardo-laténien, puis gallo-romain, probablement géré par les institutions de la cité. Le site de Champ Roche permet ainsi d’illustrer la genèse d’aménagements à vocation funéraire et cultuelle du iie s. av. J.-C. en milieu rural, puis leurs mutations à la fin de l’indépendance gauloise. Il témoigne également de l’enracinement au cours du Haut-Empire d’édifices cultuels standardisés, potentiellement associés à une villa ou à une agglomération secondaire.


Hervé Delhoofs, décembre 2017.