Châlons-en-Champagne (51) − 2rue Lochet, 7 rue Herbillon

Châlons-en-Champagne (51) − 2rue Lochet, 7 rue Herbillon

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

10 décembre 2012 - 01 février 2013

Fouille préventive

Haut-Empire, Moyen Âge, Époque moderne.

DATE : 10 décembre 2012 - 01 février 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Haut-Empire, Moyen Âge, Époque moderne.

Durant les mois de décembre 2012 et janvier 2013, une opération d’archéologie préventive s’est déroulée dans le cadre d’un projet immobilier au cœur de la ville de Châlons-en-Champagne, entre le n° 2 de la rue Lochet et le n° 7 de la rue Herbillon. À cet emplacement se situait le cinéma « Bernard Blier » qui, hormis la façade, a été entièrement démoli juste avant notre intervention.

Le site prend place sur le relief principal et central de la vieille ville, entre le canal latéral de la Marne (lui-même ancien chenal) et le Nau, un chenal secondaire passant sous la rue Lochet. Les vestiges apparaissent entre 83,4 m NGF et 79,0 m NGF. Le niveau de la nappe phréatique souterraine fluctue autour de 80,0 m NGF suivant les conditions météorologiques.

L’opération a pris avant tout la forme d’une tranchée traversant toute la longueur de la parcelle. L’objectif était de mieux appréhender la chronologie des occupations antiques et médiévales et de préciser le phasage de la berge ouest du Nau, son environnement et ses aménagements. Deux sondages par forage ont été réalisés sur le site afin de compléter les observations de surface limitées par la remontée rapide de l’eau et des conditions de terrain défavorables à une exploration de sous-sol.

La fouille n’a pas permis de répondre entièrement au premier objectif car aucun vestige antérieur à la fin du Moyen Âge n’a été identifié. En revanche, l’étude fine des coupes stratigraphiques et des forages a permis de préciser l’évolution des berges du Nau .

Le premier forage (BH1A), situé à près de 7 m à l’ouest du Nau, a atteint un substrat alluvial sablo-graveleux à 6 m de profondeur (74 m NGF). Le deuxième forage BH2, implanté à environ 27 m a atteint un substrat crayeux grossier à 4 m de profondeur (77 m NGF). Ces forages indiquent tout d’abord que le toit de ce substrat présente un pendage vers l’est correspondant à l’amorce de la rive gauche du chenal du Nau. Il est recouvert d’une succession d’alluvions essentiellement gravelo-sableuses sur une épaisseur variant entre 2 m et 4 m en se rapprochant de la rivière. Ces niveaux sont recouverts de dépôts et de rejets anthropiques dans lesquels sont interstratifiés des niveaux de crue. Dans ces apports, qui réduisent progressivement le lit de la rivière, quelques fragments de céramique du Bas-Empire ont été collectés. Ils témoignent d’une occupation à proximité (plus à l’ouest ?). Les niveaux médiévaux n’ont pas été détectés.

Malgré la fouille rapide et les contraintes hydrologiques, il a été possible de mettre en évidence des vestiges de la fin du Moyen Âge et de l’Époque moderne le long du Nau. Les plus anciens prennent la forme d’au moins quatre alignements de pieux, parallèles à la rivière. Parmi ces pieux, deux ont été datés du xive siècle par dendrochronologie. Ces alignements, qui se succèdent probablement, sont les vestiges d’aménagements de la berge ouest du Nau. Leur implantation témoigne du rétrécissement continuel du lit du Nau au cours du temps. Encore plus à l’est et toujours plus près du Nau, un mur longeant la rivière a été découvert (MR18). Ses fondations sont constituées d’un système de pieux et de sablières. Trois éléments, qui ont pu être datés par dendrochronologie, montrent qu’il a probablement été construit lors du dernier quart du xviie siècle.

Afin de mieux comprendre les vestiges de l’Époque moderne, nous avons fait des recherches aux archives municipales. Un plan de la ville, daté de 1755, a révélé que la parcelle était bordée, au nord et au sud, par deux ruelles débouchant sur le Nau. Le cadastre napoléonien de 1826 a confirmé que le mur MR18 est bien situé en bord de rivière et qu’il correspond à un aménagement de berge, voire à un petit quai. Enfin, une aquarelle de la première moitié du xixe représentant le Nau au niveau de la rue Lochet, nous montre à quoi ont pu ressembler les berges à l’Époque moderne.


Antoine Mamie, juin 2015.