Chasseneuil-du-Poitou (86) – Les Roches de Vayres

Chasseneuil-du-Poitou (86) – Les Roches de Vayres

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

11 février - 29 mars 2019

Fouille préventive

Néolithique, âge du Bronze, second âge du Fer (La Tène finale), Moyen Âge / époque moderne.

DATE : 11 février - 29 mars 2019

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, âge du Bronze, second âge du Fer (La Tène finale), Moyen Âge / époque moderne.

Les fouilles menées en février-mars 2019 sur le site des « Roches de Vayres » à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité d’Antoine DAVID. Elles sont intervenues dans le cadre du projet d’aménagement d’une nouvelle station d’épuration.

 

Menées sur une surface décapée de 15 060 m², les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour principalement des indices d’occupation du Néolithique, de l’âge du Bronze et de la fin de l’âge du Fer.

 

Les vestiges du Néolithique semblent se cantonner au mobilier piégé dans des anomalies naturelles, aucun creusement anthropique ne pouvant être rattaché en l’état à cette période. On le retrouve ainsi en grande quantité au sein de la dépression naturelle localisée au nord-ouest de l’emprise, où près de 200 tessons de céramique, de facture homogène, ont été isolés et se répartissent grossièrement selon un axe nord-est / sud-ouest. De nombreux tessons ont également été recueillis au sein d’une autre dépression localisée au sud de l’emprise : à l’origine marquée dans le paysage, celle-ci a en effet très certainement d’abord été en partie comblée par des colluvions ayant entraîné du mobilier néolithique ; par la suite, son caractère humide a permis le développement d’une végétation importante et donc de plusieurs arbres, de dimensions conséquentes, qui se sont succédé au fil du temps, très certainement jusqu’au défrichage complet de la zone puis à son remblai préalablement au creusement des fossés qui la traversent. Les quelques éléments de forme semblent renvoyer – avec toute la prudence nécessaire à ce stade de l’étude – au Néolithique moyen (v. 4500-3500 av. n. è.).

Il n’est donc pas certain qu’une occupation du Néolithique se soit réellement développée sur l’emprise ; le mobilier recueilli, conséquent, essentiellement céramique et au sein duquel il faut noter la quasi absence d’élément lithique, provient très certainement d’installations alentours dont l’arasement a provoqué la disparition et le déplacement par colluvionnement, phénomène indubitablement imputable aux grands défrichements menés à cette période.

 

L’occupation du site à l’âge du Bronze se matérialise par un enclos circulaire localisé au centre-est de l’emprise. Légèrement ovale, de 14 x 13 m, il se compose de quatre tronçons de fossés de longueur inégale. Des interruptions ont en effet été perçues au sud, à l’est et à l’ouest ; il est difficile de savoir si celle perçue au nord-est correspond effectivement à une interruption dans l’état initial du tracé ou simplement à une reprise plus conséquente du creusement sur un court tronçon. Des trous de poteaux ont par ailleurs été identifiés au niveau des interruptions orientale et occidentale, suggérant des aménagements certainement en lien avec l’accès à l’aire interne de l’enclos. La dynamique de comblement des fossés laisse présager d’au moins trois grandes phases de fonctionnement. Le dernier état se compose notamment d’une couche noire organique riche en mobilier céramique dont la fragmentation est importante ; cela tend à suggérer des rejets secondaires peut-être plutôt en lien avec des activités domestiques, s’éloignant de l’interprétation cultuelle et/ou funéraire de ce type de structure. Il n’est néanmoins pas exclu que cet enclos ait eu une durée de vie importante, avec un changement de vocation ou une perte de sa fonction initiale au cours de son existence.

Un seul autre creusement a livré du mobilier de l’âge du Bronze : il s’agit d’un trou de poteau localisé au sud-ouest de l’emprise, qui n’a pu être rattaché à aucun ensemble. Dans son comblement a été retrouvé un fragment d’écuelle en céramique sombre, décoré de cannelures et d’incisions ; le registre des décors, composés de triangles et de demi-cercles, revoie à une attribution au Bronze final IIb-IIIa et à la culture Rhin-Suisse-France-Orientale (1150-900 av. n. è.).

 

L’emprise décapée s’avère, à l’issue de cette opération, correspondre principalement à une partie de l’aire interne d’un vaste établissement enclos attribuable à La Tène finale (150-25 av. n. è.). Les fossés localisés au sud de l’emprise en constituent une partie de sa délimitation. Il s’agit en premier lieu de deux tronçons imposants, d’une largeur moyenne à l’ouverture de 3 m pour une profondeur variant de 0,90 à 1,40 m sous le niveau de décapage. Leur dynamique de comblement montre des apports naturels successifs plus clairs dans la partie nord et des couches plus sombres et anthropisées dans la partie sud ; elle invite à restituer en outre l’existence vraisemblable d’un talus le long du bord septentrional. Le mobilier recueilli y est relativement rare mais comprend plusieurs fragments d’amphores qui en confirment l’attribution chronologique. L’interruption de ces deux tronçons de fossés intervient à peu près au centre de l’emprise ; elle est soulignée par deux importantes fosses immédiatement au nord, qui permettent de restituer un système d’entrée certainement ostentatoire.

Ces deux tronçons sont doublés au sud par un fossé plus modeste, d’une largeur à l’ouverture de 1,20 m en moyenne, pour une profondeur globalement croissante de l’est vers l’ouest allant de 0,30 à 0,70 m sous le niveau de décapage. Au moins deux reprises de son creusement sont visibles dans quelques sondages et deux courtes interruptions ont été perçues dans son tracé initial dans la partie est de l’emprise ; aucune interruption n’a cependant été mise en évidence en vis-à-vis de celle des deux tronçons précédents. Le mobilier y est encore plus rare, seul un col d’amphore permettant de dater son comblement de La Tène finale également.

Quelques vestiges ponctuels sont également attribuables à cette même période grâce au mobilier recueilli dans leurs comblements, essentiellement dans la partie nord de l’emprise. Le principal d’entre eux est le puits reconnu au diagnostic, localisé dans l’angle nord-est de l’emprise. Son conduit est de forme sub-rectangulaire, de 1,40 x 0,80 m dans sa partie basse. La nappe y apparaît à 1,20 m sous le niveau de circulation actuel, le fond ayant été atteint à 2,65 m de profondeur. Aucune évidence de cuvelage n’a été détectée, bien que le substrat encaissant se soit avéré particulièrement instable. Le comblement initial est d’ailleurs constitué d’un sédiment de sable argileux très fin beige qui compose le substrat à partir du niveau d’écoulement de la nappe. Plusieurs couches de rejets détritiques lui succèdent par la suite jusqu’à son abandon. Le mobilier recueilli se compose quasi exclusivement de faune (grands mammifères), d’amphores (confirmant l’attribution chronologique à La Tène finale) et de céramiques, parmi lesquelles un fond de vase gravé.

À quelques mètres au sud a été mis au jour un silo, identifiable par la typicité de son profil de creusement en cloche. D’une profondeur de 1,40 m sous le niveau de décapage, il atteint lui aussi largement la nappe et n’a par conséquent certainement pas ou très peu été utilisé, comme le suggèrent son comblement initial naturel et la couche détritique massive qui le surmonte. Le mobilier céramique récolté renvoie là encore à La Tène finale.

Quelques fosses disséminées dans la partie nord de l’emprise ont également livré des fragments de céramiques et/ou d’amphores qui permettent une attribution à cette même période. Parmi elles, on citera simplement deux creusements circulaires imposants, de 0,75 et 0,95 m de diamètre, au sein de chacun desquels a été observé un négatif de poteau. Séparés d’environ 3 m, ils pourraient constituer là encore un système d’entrée et avoir fonctionné avec la palissade reconnue juste à l’ouest, participant au partitionnement de l’aire interne de l’établissement enclos.

La poursuite des fossés délimitant cette occupation a été observée sur des photographies aériennes et laisse envisager une étendue de cet établissement sur plusieurs hectares.

 

Plusieurs ensembles cohérents, se rapportant très certainement à la Protohistoire au sens large, ont par ailleurs été reconnus sur l’emprise mais ne peuvent être datés précisément en l’état faute de mobilier.

Ainsi, au sud-ouest de l’emprise, a été mis en évidence un enclos fossoyé en U. D’une largeur moyenne de 1 m, le fossé, arasé, n’est parfois conservé que sur quelques centimètres d’épaisseur. L’identification même de cette structure reste pour le moment en suspens et en l’absence de mobilier, seul son recoupement par le fossé de La Tène finale nous fournit une indication relative sur sa datation.

Au centre de l’emprise, à côté de l’enclos circulaire, sept imposants trous de poteaux forment un alignement selon un axe nord-ouest / sud-est. Ils ont révélé une profondeur de conservation très différente, allant d’une quarantaine de centimètres pour les plus orientaux à quelques centimètres seulement pour les plus occidentaux. Les creusements font environ 1 m de diamètre et des négatifs de poteaux, atteignant jusqu’à 70 cm de diamètre, sont clairement lisibles dans au moins trois de ces structures. Il s’agit très vraisemblablement des seuls témoins restant d’un grand bâtiment et en l’occurrence de son axe faîtier.

Au moins cinq autres bâtiments sur poteaux plantés ont été reconnus. Localisés dans la partie sud, deux d’entre eux reposent sur six poteaux et montrent des dimensions similaires, de respectivement 3,40 x 3,10 m et 4 x 3 m ; leur orientation est toutefois différente. Au centre de l’emprise, un bâtiment sur quatre poteaux présente également des dimensions très modestes, de 2,95 x 3,35 m. Dans le tiers nord, un autre bâtiment sur quatre poteaux a été reconnu ; si sa surface est également restreinte, de 3,30 x 2,70 m, ses creusements sont par contre plus conséquents, de 60 à 70 cm de diamètre contre 30 cm en moyenne pour les autres bâtiments. En outre, sa proximité avec la palissade et son orientation tendent à l’attribuer également à La Tène finale, avec toute la prudence nécessaire. Enfin, à proximité immédiate a été reconnu un probable bâtiment à parois rejetées, composé de quatre trous de poteaux formant un cadre porteur de 3,50 x 4,50 m et deux autres poteaux plus rapprochés à l’est ; ce type de plan de bâtiment est désormais courant dans le Centre-Ouest pour tout le second âge du Fer et particulièrement pour La Tène finale.

 

Enfin, plusieurs séries de fosses de plantation ont été repérées en bordure orientale de l’emprise. Facilement identifiables en plan par leur forme rectangulaire, elles montrent des dimensions globalement similaires et un état d’arasement aléatoire. Elles s’organisent en plusieurs lignes qui suivent un axe NNO / SSE, régulièrement espacées d’une douzaine de mètres. L’axe selon lequel elles sont implantées pourrait suivre une ancienne voie de circulation ; on remarque d’ailleurs qu’il s’inscrit parfaitement à la perpendiculaire des fossés laténiens du sud de l’emprise, ce qui pourrait traduire une fossilisation d’éléments de parcellaire dans le paysage depuis la fin de l’âge du Fer. Les rares mobiliers recueillis dans leur comblement invitent à les attribuer de façon large au second Moyen Âge ou à l’époque moderne.

 

Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.


Antoine David, avril 2019