Châtellerault (86) − 18 rue Gaudeau-Lerpinière et 15 rue du Château

Châtellerault (86) − 18 rue Gaudeau-Lerpinière et 15 rue du Château

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

10 octobre - 15 novembre 2016

Archéologie du bâti

Moyen Âge, Époque moderne.

DATE : 10 octobre - 15 novembre 2016

TYPE D'OPÉRATION : Archéologie du bâti

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, Époque moderne.

Située dans le nord du Poitou, la ville de Châtellerault se développe de part et d’autre de la Vienne, rivière qui donne son nom au département. Le bourg primitif s’étend sur la rive droite, autour du noyau formé par le premier château, le « castel Airaud », mentionné pour la première fois en 1025 dans le cartulaire de Saint- Cyprien. Par la suite, la ville s’étend sur la rive gauche avec l’édification, au milieu du XII e siècle, d’un second château (le « Castrum Novum ») dont il ne reste plus rien aujourd’hui et qui donnera naissance au quartier de Châteauneuf. Au XIV e siècle, la ville s’entoure de remparts puis d’un troisième château, commandé par les vicomtes d’Harcourt, qui est installé sur une terrasse dans un versant incliné depuis l’ancienne place du marché vers la rivière. En partie conservé, ce dernier abrite actuellement la médiathèque municipale dont le projet de restructuration et d’extension requiert la destruction de certaines maçonneries anciennes. C’est dans le cadre de ce projet, porté par la Communauté d’Agglomération du Pays Châtelleraudais, qu’une étude du bâti a été entreprise entre les mois d’octobre et novembre 2016 concernant l’ancienne aile orientale du château. Les investigations se sont focalisées sur les parties les plus accessibles du bâtiment, à savoir : les caves, le rez-de-chaussée et les combles.

La construction du château débute vraisemblablement dans le courant du XIV e siècle par le logis sud : « l’aile du roi ». Diverses mentions d’achats de maisons et terrains avoisinants à partir de la fin du siècle montrent cependant le lancement d’une nouvelle campagne de travaux, sous l’impulsion de Louis I er d’Harcourt qui aurait entrepris de « dégager et […] agrandir son château de Châtellerault », puis par son petit-fils, Louis II, par la suite. C’est au terme de cette entreprise que naît l’aile est, dite « aile de la reine ». Sa construction s’achèverait aux alentours de 1423, date à laquelle Jean VII d’Harcourt obtient l’autorisation du roi de prendre quatre arpents de bois dans la forêt de Moulière, pouvant servir à sa construction. Il ne reste aujourd’hui que peu de témoignages de son apparence originelle. Seules les caves, une partie des élévations ouest et de la charpente à chevrons-formant-fermes à voûte témoignent encore de l’architecture soignée employée à la construction de cette demeure médiévale.

Dans le premier tiers du siècle suivant, le château est géré par le roi de France, François I er , qui l’occupe régulièrement, notamment pour y célébrer les noces de sa nièce, Jeanne d’Albret, en 1541. Le logis sud est complété d’une galerie, dite « galerie de François I er », qui rejoint un pavillon situé au bout de la terrasse et donne sur la rivière. Une seconde semble également se développer dans la cour, le long des élévations du château, afin de faciliter la communication entre les deux ailes. D’autres interventions visent à embellir l’ensemble, avec la création de nouvelles ouvertures et une réorganisation des espaces internes de l’édifice, dont la mise en place d’un mur de refend au sud des pièces de l’aile est.

Au tournant du XVII e siècle, trois procès-verbaux de visite (en 1563, 1583 puis 1611) témoignent de l’état de vétusté avancé de l’édifice. La galerie de François I er y est décrite comme ruinée et de nombreuses réparations sont à envisager, notamment à l’intérieur de l’édifice dont certains organes sont supportés par des étais. Malgré quelques réparations, les travaux ne semblent pas suivre ces constats. Il faut attendre 1717, puis dans les années 1750 pour que soient entreprises de grandes campagnes de transformations avec la construction d’une grande écurie et plusieurs « augmentations faites au château ». L’édifice est flanqué de plusieurs petits bâtiments qui se développent du côté de la cour intérieure, à l’emplacement de l’ancienne galerie, mais également de caves.

Saisi à la suite de la Révolution française, le château est vendu comme bien national en 1798. Il est divisé en cinq lots, dont deux se partagent les logis et trois autres les espaces de cours, de jardins, les écuries et autres dépendances. Des maçonneries sont mises en place afin de délimiter le nouveau découpage parcellaire et des circulations sont définies pour répondre à ces nouvelles contraintes. C’est d’ailleurs à ce moment qu’est retiré l’escalier en vis qui desservait autrefois le logis oriental et qu’est creusé un nouvel escalier d’accès à la cave. Ce dernier aménage un passage commun entre les 1 er et 2 nd lots pour donner accès au puits. Toutes ces transformations participant dès lors à l’abandon définitif de la fonction initiale du château.

C’est à partir de la première moitié du XIX e siècle que l’édifice subit de plus importantes modifications qui transforment profondément sa physionomie. En 1829-1830, la création de la rue du Nouveau Marché (actuelle rue Gaudeau Lerpinière) pour relier le quai de la Vienne à la place du Marché, s’accompagne du développement de bâtiments vers l’ouest et la création d’ouvertures d’accès aux caves depuis la rue à travers le massif de fondation septentrional du château. Le cadastre de 1833 montre un découpage dont est issu la partition des caves, la mise en place de dessertes individualisées ainsi que la condamnation de certains accès. L’ensemble des bâtiments paraît récupéré en 1848 par Hilaire Lerpinière, médecin, date à laquelle est portée une mention de démolition correspondant aux travaux d’alignement de la façade donnant sur la rue du Château. Cette dernière entreprise est la plus destructive de toutes.

L’intégralité des élévations ouest et nord de l’aile orientale du château est retirée puis reconstruite en blocs de grand appareil régulier respectant un ordonnancement classique à pilastres, corniches et ornements géométriques. Des piliers sont installés dans la cave afin de soutenir les nouvelles maçonneries qui se trouvent dès lors implantées à l’aplomb de la voûte. Des murs cloisonnent les espaces qui sont à nouveau subdivisés et un nouveau cheminement engendre la création d’un second escalier dans l’ancienne tour d’escalier et la suppression de la voûte d’une cave annexe. Une nouvelle charpente est installée à l’angle du bâtiment tandis qu’une partie de la charpente du XV e siècle est conservée mais amputée sur toute la longueur dans sa moitié est.

Les bâtiments passent ensuite entre les mains de divers propriétaires et sont rachetés en 1946 par la commune de Châtellerault, qui y installe en premier lieu un musée, puis l’actuelle médiathèque, au prix de la démolition et de la reconstruction d’une partie de l’aile orientale dans le courant des années 1960.


Paul Butaud, avril 2017.