Cléry-Saint-André (45) – Les Hauts Bergerets

Cléry-Saint-André (45) – Les Hauts Bergerets

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

15 juillet – 8 aout 2014

Fouille préventive

Premier Moyen Âge (IXe – Xe s.).

DATE : 15 juillet – 8 aout 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Premier Moyen Âge (IXe – Xe s.).

Cette opération de fouille archéologique préventive, réalisée durant l’été 2014 en amont d’un projet de lotissement, porte sur un habitat rural du haut Moyen Âge situé à moins de 500 m au nord de la basilique de Cléry-Saint-André, le long du chemin rural dit des Bergerets.

La fouille, dont l’emprise a couvert une surface de 2650 m², a permis d’aborder la totalité des 148 Faits archéologiques, et ceci in extenso dans 80 % des cas.

Évolution(s) du site

La fouille a fait apparaître des indices d’occupations antérieures à l’établissement médiéval, mais très indirects. Les colluvions détectés dans l’angle nord de l’emprise, provenant de l’est/sud-est et piégés au sommet d’un paléo-vallon, contiennent en effet une trentaine de tessons, majoritaires dans ce dépôt, d’âge protohistorique lato sensu. On sait, grâce au diagnostic et à la prescription d’une fouille à environ 200 m au nord-est, que des occupations de l’âge du Bronze et de l’âge du Fer tiennent place dans ce terroir.

L’établissement médiéval s’installe ensuite dans l’angle ouest d’une parcelle de dimensions inconnues, possiblement desservie par une voie orientée nord-ouest/sud-est. L’évolution des éléments structurants du site constitue la première question du rapport. Trois aires d’ensilage gravitent et évoluent autour de deux bâtiments centraux successifs : la plus grande aire englobe 33 silos entre le IXe s. et le début du Xe s., la deuxième aire comprend quatre silos daté de la fin du IXe ou du début du Xe s. et la troisième aire d’ensilage regroupe onze silos datés du début du Xe s. Cet habitat est protégé et, de fait, enserré par deux fossés courbes dans l’angle d’un enclos.

Enfin, cette unité cohérente géographiquement s’étend au sud-ouest et s’équipe d’un probable four domestique puis d’autres silos, avant l’abandon définitif de la totalité de l’habitat dans la première moitié du Xe s.

Caractérisation socio-fonctionnelle de l’habitat médiéval

Les bâtiments construits au centre du pôle d’occupation jouent un rôle certes essentiel dans la distribution des silos mais leur fonction précise pose question. La présence de latrines et la quantité de rejets domestiques plaident en faveur d’un bâtiment résidentiel, du moins pour le plus grand des deux, d’une surface de 62 m².

Parmi les rejets, le petit mobilier reflète la diversité des activités, surtout domestiques et agro-pastorales, d’ores-et-déjà mises en évidence par les restes animaux, par le nombre important de silos et par la configuration même du site, reléguant l’ensilage aux limites de la parcelle et suggérant l’exploitation des terres disponibles vers l’est.

De plus, la fonction économique du site paraît évidente compte tenu du seul bâtiment résidentiel vraisemblable et du volume de denrées stockées qui s’y rapporte, dépassant largement les besoins autarciques d’une famille élargie sur un court laps de temps. On suppose sinon que ce pôle est une aire spécialisée communautaire, sur le modèle de la majorité des habitats ruraux du second haut Moyen Âge.

Cependant, le site des « Hauts Bergerets » présente quelques particularités. Sa forme, d’abord, définie par la concentration de 48 silos à proximité des bâtiments, la distingue des exemples régionaux, dont les aires d’ensilage sont moins denses et surtout isolées du reste de l’habitat.

Ensuite, deux activités singulières sont à considérer. D’abord, les 12765 restes carpologiques de vigne, découverts dans l’abandon d’un silo, attestent d’une activité de production vinicole, ce qu’aucun autre vestige du site ne permet de percevoir. Ensuite, une fosse destinée au « pourrissage » des marnes, disponibles à l’affleurement sur le site, et des objets en marnes modelés documentent la chaîne opératoire d’une activité de travail de la terre.

Enfin, les habitants disposent de céramiques engobées, considérées comme du matériel de qualité, provenant de Blois et de Saran, dans des proportions que l’on rencontre en principe sur les sites aux caractères aristocratiques marqués.

On s’interroge donc sur la réalité du statut social confortable dont bénéficierait la population des « Hauts Bergerets », en lien avec l’activité vinicole ou avec la fonction économique de l’ensilage, à défaut de pouvoir confronter ces résultats à l’échelle globale du site dont l’assiette est manifestement plus vaste que l’emprise de fouille.


Étienne Jaffrot, mars 2016.