Compiègne (60) − École d’État major

Compiègne (60) − École d’État major

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

26 janvier - 21 juillet 2016

Suivi de travaux

Moyen Âge, Temps modernes et époque contemporaine.

DATE : 26 janvier - 21 juillet 2016

TYPE D'OPÉRATION : Suivi de travaux

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, Temps modernes et époque contemporaine.

Le suivi de travaux mené à l’École d’état-major de Compiègne a été réalisée par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Kateline Ducat. Les observations des 35 sondages échelonnés sur six mois en co- activité sur une surface de 2900 m2 ont permis de mettre au jour trois tronçons de l’enceinte médiévale et des vestiges bâtis morcelés de l’époque moderne à contemporaine.

Cette surveillance archéologique intervient dans le cadre du projet de réhabilitation de l’ensemble du site de l’École d’état-major par l’Agglomération de la Région de Compiègne. Le lieu est d’abord remarquable par sa taille (13 200 m2 ), surface rarement prescrite en centre urbain ancien (sur 4,5 hectares).

C’est aussi un emplacement de choix, traversé par la limite matérielle de la ville, le rempart médiéval, et longé par une frontière naturelle, l’Oise et ses berges mouvantes. La parcelle en pente douce couvre également le jardin du couvent des Carmélites établit en 1648 en direction du château royal, et une zone alternant voirie et bâti, à vocation militaire depuis la fin du XVIII e siècle.

Enceinte du XII e au XVIII e siècle

D’après les maçonneries conservées dans les sondages, le tracé du rempart apparaît rectiligne, suivant le cours de l’Oise, et d’une largeur variant de 2,60 m à 3,60 m. Dans son état d’origine du XII e siècle, des pierres de taille calcaires (de grand à moyen appareil) sont mises en œuvre à assises régulières en parement, tandis que des blocs bruts et moellons équarris forment le blocage central. L’ensemble est lié au mortier sableux beige.

La présence de la tour Corbier sur les plans anciens n’a pas été vérifiée, aucun sondage ne se situant à son emplacement supposé. En revanche, un jour en archère ménagé dans le parement a été remployé en latrines après bouchage de la partie arrière de la courtine. Son comblement a livré des pièces détachées possiblement liées à l’armement des XVII e -début XVIII e siècles.

Particularité d’un suivi de travaux

Contrairement à une fouille préventive classique, le suivi de travaux implique un cadrage strict des observations archéologiques, purement limitées à l’emprise étroite des tranchées. La profondeur impactée par les travaux n’a que très rarement permis d’atteindre des couches sédimentaires archéologiquement intactes, soit du fait des épais remblais modernes correspondant au rehaussement de l’esplanade longeant la rivière, soit par la présence du socle géologique calcaire affleurant. De ce fait, l’enceinte a été dégagée sur 1 m de haut maximum, laissant percevoir des reprises dans la maçonnerie, partiellement récupérée, et la présence d’un fossé défensif n’a pu être vérifiée.

Vestiges mobiliers

Concernant les artefacts recueillis, l’absence d’ensemble clos et les grands remaniements opérés lors du rehaussement progressif des berges n’a pas été propice à la collecte d’une quantité importante de mobilier : deux caisses de céramique et autant de faune, une seule de verre, autant de tuiles et de métal. Pour ce dernier, sont concernées majoritairement des pièces de l’époque contemporaine très corrodées ; notons tout de même pour la période médiévale l’identification d’un grelot vestimentaire et d’une tige de luminaire, et d’un double tournois émis en 1592. Le corpus de verre se compose de bouteilles contemporaines et de deux gobelets simples du XVIII e siècle. Les déchets métallurgiques rencontrés sur la place Chapelle attestent une forge, pouvant être associée aux proches écuries de la Reine, datant du milieu du XVIII e siècle.

Le site a également bénéficié de la première étude carpologique sur des vestiges modernes dans le département, qu’il serait judicieux de compléter lors de la suite des opérations archéologiques sur l’emprise, afin d’avoir une meilleure connaissance des cultures et/ou des pratiques alimentaires de ces populations.

Perspectives

Enfin, la confrontation des données récoltées ponctuellement dans les sondages in situ, en laboratoire, ainsi que des sources cartographiques et écrites permet d’établir les toutes premières données sur cette vaste parcelle urbaine, prémices d’une plus large étude archéologique du site. En effet, la poursuite du projet de réhabilitation de l’ARC prévoyant deux phases de fouilles archéologiques préventives cour d’Eylau et cour Jeanne d’Arc, les perspectives de compléter nos connaissances sur ce site sont encourageantes, d’autant que sur ces espaces peu remaniés sont attendues, selon le diagnostic, des occupations néolithique, gauloise et alto-médiévale.


Kateline Ducat, janvier 2017.