Cormontreuil (51) – 4, rue Manoël Pinto

Cormontreuil (51) – 4, rue Manoël Pinto

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

03 mai - 05 juillet 2013

Fouille préventive

Haut Moyen Âge ; bas Moyen Âge ; Époque moderne ; Époque contemporaine.

DATE : 03 mai - 05 juillet 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Haut Moyen Âge ; bas Moyen Âge ; Époque moderne ; Époque contemporaine.

Une occupation du haut Moyen Âge dans la vallée de la Vesle, en périphérie de Reims

Suite à un projet d’aménagement concernant plusieurs petites parcelles situées dans le centre-ville de Cormontreuil, au 4 rue Manoël Pinto, un diagnostic archéologique a été réalisé par une équipe dirigée par N. Garmond (Reims Métropole) en décembre 2012. Plusieurs structures attribuées au Moyen Âge et à l’Époque moderne ayant été rencontrées, une fouille archéologique préventive a été prescrite par la DRAC de Champagne-Ardenne. Cette opération a été menée à la fin du printemps 2013 par le bureau d’études Éveha et a permis d’étudier principalement les restes d’une occupation du haut Moyen Âge, ainsi que quelques vestiges s’échelonnant du bas Moyen Âge au début de l’Époque contemporaine, le tout sur une superficie d’environ 2 400 m².

Quelques traces antérieures au Moyen Âge

La fouille n’a pas mis en évidence de structures antérieures au haut Moyen Âge. Du mobilier céramique protohistorique et antique a toutefois été retrouvé en petite quantité dans différents comblements de structures. Il s’agit de mobilier résiduel, associé à du mobilier médiéval, qui témoigne d’occupations proches, voire in situ, sans qu’aucune trace plus consistante n’ait pu être identifiée.

Une occupation du haut Moyen Âge

Les vestiges attribués au haut Moyen Âge se répartissent en treize cabanes excavées et une trentaine de structures de type fosse, trou de poteau et fossé. Aucun bâtiment sur poteaux n’a été reconnu.

Parmi les cabanes excavées, le type le plus répandu est celui de la cabane à deux trous de poteau axiaux servant de soutien au dispositif de couverture, avec huit exemplaires. Une cabane avec deux poteaux axiaux et un unique poteau cornier est présente, sans que l’on sache si ce dernier constitue un élément architectural en soi ou correspond simplement à un aménagement interne. Trois cabanes présentent trois poteaux axiaux. Dans deux cas, le troisième poteau est parfaitement au centre de la structure. Enfin, une cabane possède de multiples poteaux, sans qu’il soit possible de savoir s’ils ont tous fonctionné ensemble ou pas. Toutefois, les dimensions importantes de cette structure, proches de 15 m², expliquent peut-être cette présence plus massive de poteaux.

Aucun comblement de cabane n’a restitué de mobilier pouvant attester telle ou telle fonction. Nous n’avons pas retrouvé de traces de pratiques artisanales, ou encore de tissage ou de filage, activités qui pourraient également s’inscrire dans un cadre domestique. Le mobilier céramique est le seul marqueur chronologique utilisé pour la datation de l’occupation altomédiévale. Il provient uniquement des comblements liés à l’abandon des structures en creux, aucun niveau d’occupation n’étant conservé. Parmi le corpus, la totalité du haut Moyen Âge est représenté. Ce mobilier a permis de scinder cette période en deux phases distinctes. La première concerne des structures dont les comblements ont restitué du mobilier datable entre le milieu du vie et la fin du VIIIe siècle. La seconde phase est attestée par du mobilier daté entre le milieu du VIIIe et la fin du Xe, sans exclure le XIe siècle dans certains cas. L’occupation apparaît ainsi continue durant les périodes mérovingienne et carolingienne. Au vu de l’implantation des vestiges, il apparaît évident que celle-ci se poursuivait au-delà des limites de fouille, au moins vers le nord et l’est, mais probablement aussi dans les autres directions. Les résultats des études archéozoologiques et carpologiques viennent consolider le corpus de données régionales pour cette période. Ils confirment pour les occupants des lieux, malgré des données limitées par une petite emprise de fouille, des activités de nature agro-pastorale.

Un lien avec la curtis monasterialis du polyptyque de l’abbaye de Saint-Rémi ?

Cette occupation du haut Moyen Âge est peut-être à mettre en relation avec la curtis monasterialis mentionnée dans le polyptyque de l’abbaye Saint-Rémi de Reims au Xe siècle. Dans ce texte, plusieurs manses et tenures, avec leurs occupants et les redevances dues, situés ainsi dans un domaine localisé à l’emplacement de l’actuel Cormontreuil, sont énumérés. S’il est impossible de faire un lien direct entre ces mentions et les structures fouillées, ces indices vont effectivement dans le sens d’un établissement d’une certaine importance à l’époque carolingienne dans ce secteur.

L’abandon des parcelles fouillées vers le XIe siècle signifie peut-être un resserrement de l’habitat à proximité immédiate d’un lieu de culte situé à l’emplacement de l’actuelle église Saint-André, à peu de distance en direction de l’est.

Une lente évolution jusqu’au début du XXe siècle

Le faible nombre de structures et la rareté du mobilier datable du bas Moyen Âge indiquent clairement pour cette période un changement dans le type d’occupation. Ainsi, la zone considérée a pu connaître des activités liées au maraîchage suite à l’abandon des dernières cabanes excavées. Elle se situe très vraisemblablement à l’arrière de maisons ou en périphérie immédiate du village. Cet état semble se prolonger au-delà de la fin du Moyen Âge puisque que ce n’est que vers le XVIIe voire le XVIIIe siècle que l’on peut percevoir une nouvelle implantation sur les parcelles fouillées.

Cette situation évolue lentement, avec la présence d’aménagements liés à un bassin proche, et surtout avec la construction de bâtiments, qui sont attestés au XVIIIe et au début du XIXe siècle sur les plans anciens et le cadastre. Les restes de maçonnerie observés dans les deux zones de fouilles sont vraisemblablement les témoignages matériels de ces changements, en lien avec une extension ou une densification du village à cette période. Ils ne concernent cependant qu’une part de la zone de fouille et une grande partie de l’espace étudié devait encore faire office de potager ou de verger. Les présences de puits et de fosses à plantation viennent conforter cette hypothèse. La fosse contenant les squelettes de deux chevaux, attribuable à la seconde moitié du XIXe siècle, est ici anecdotique. La construction d’une usine, au sortir de la Première guerre mondiale, marque un changement radical de destination de la parcelle.


Benjamin Tixier, août 2015.