Courtonne-la-Meurdrac (14) – Les Hauts de Glos

Courtonne-la-Meurdrac (14) – Les Hauts de Glos

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

12 octobre - 25 novembre 2015

Fouille préventive

Néolithique, âge du Bronze, Antiquité.

DATE : 12 octobre - 25 novembre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, âge du Bronze, Antiquité.

Un ensemble régional inédit de « fosses-profondes » du Mésolithique et de « Schlitzgruben » du Néolithique.

 

L’opération de fouille, située au carrefour des communes de Courtonne-la-Meurdrac (au sud), Glos (à l’ouest) et Firfol (au nord), a été programmée dans le cadre d’une étude préventive des vestiges archéologiques présents dans l’emprise de l’extension du « Parc d’Activités des Hauts de Glos » (aménageur : SHEMA). La fouille impacte la section A, parcelle n° 1, au lieu-dit « Les Hauts de Glos ». La surface de fouille prescrite est de 21 150 m² (2,11 ha), déclinée en deux fenêtres. La fenêtre 1, tranche ferme, concerne une surface de 18 750 m² (1,87 ha). La fenêtre 2 porte sur une surface de 2 400 m². Le paysage se caractérise par un plateau crayeux altéré et tabulaire, profondément incisé par de multiples vallées, et d’une altitude moyenne de 160 m NGF. L’emprise fouillée se trouve en sommet de plateau, formant une bande étroite de terrains élevés (altitude maximale de 164 m NGF), cernés au nord et au sud par les vallées de la Paquine et de la Courtonne, aux versants marqués et aux cours parallèles (NO-SE), et toutes deux affluents de la Touques (IGN : carte n° 1713 E. L’assiette globale du projet présente un double pendage du sud vers le nord, et de l’est vers l’ouest.

 

Répondant aux attentes du diagnostic et de la prescription qui en découle, l’un des acquis majeur de l’opération consiste en la mise au jour de quarante-huit Schlitzgruben, répartis sur l’intégralité de l’emprise de fouille (fenêtre 1 et fenêtre 2). Les éléments de chronologie disponibles proviennent uniquement de datations radiocarbone, le mobilier étant totalement absent des comblements. Selon leur position stratigraphique, ces résultats se comportent comme des indicateurs fiables de datation de la période initiale de fonctionnement des structures (base du remplissage) ou comme des enregistreurs plus aléatoires des différentes séquences du comblement, voire de leur abandon (partie intermédiaire et/ou sommitale). Quoi qu’il en soit, on observe une bonne corrélation entre six Schlitzgruben, dont le comblement intervient a priori durant le Néolithique moyen I, entre 4 800 cal. BC et 4 400 cal. BC. Le remplissage de la fosse St 1107 semble intervenir entre 4 300 cal. BC et 4 100 cal. BC. L’ensemble de ces dates traduit ainsi un phénomène inscrit dans la durée. Les deux dates issues de la fosse St 1150 semblent aller en ce sens, en suggérant une phase de comblement très tardive, au cours de l’âge du Bronze. Divers alignements sont envisagés, sous la forme de fosses parallèles entre elles et disposées irrégulièrement sur des « lignes » allant de 30 m à 70 m de longueur. On observe éventuellement des « regroupements », sans organisation évidente. Certains Schlitzgruben paraissent isolés.

 

Le nombre conséquent de fosses permet d’envisager une analyse multi-critères, notamment une analyse spatiale développée. Celle-ci se heurte néanmoins à plusieurs écueils méthodologiques, à commencer par l’impossibilité de regrouper les fosses sur la seule base des éléments chronologiques partiels. Ainsi, rien ne permet d’affirmer la contemporanéité de l’ensemble des structures, d’autant qu’une d’entre elles au moins semble tardive. D’autres variables sont dès lors à considérer, dont la typologie des profils, les orientations en plan, la forme en plan, les dimensions en plan et la position des fosses par rapport aux caractéristiques topographiques du terrain. Dans une moindre mesure les modes de comblement (définition de tendances) sont également à considérer, même si les observations macroscopiques montrent leur limites dans ce contexte lœssique. Quatre fosses ont fait l’objet d’une étude micromorphologique déterminante, dans la mesure où l’approche concerne pour chaque fosse l’intégralité des comblements. Cette démarche permet également d’apporter des informations complémentaires sur les modes de fonctionnement et d’aménagement.

 

Sept autres fosses atypiques ont également été mises au jour. En l’absence de mobilier dans les différentes séquences de comblement, la datation de ces structures repose à nouveau sur une unique datation radiocarbone, puis sur une comparaison morphologique pour les autres fosses. Quoique peu anthropisés, les sédiments du comblement de St 1079 permettent de situer les phases initiales du remplissage à une date de 8810 ± 50 BP, soit 8 206 cal. BC – 7 722 cal. BC selon une probabilité à deux sigmas (95 %). Les fosses sont dispersées sur l’ensemble de l’emprise de la fenêtre 1. Deux « regroupements » sont observés. Cette relation spatiale reste néanmoins théorique et biaisée par la faiblesse du corpus. On notera également que ces fosses côtoient les Schlitzgruben. Ce phénomène ne semble pas anodin, dans la mesure où d’autres gisements extra-régionaux présentent une configuration analogue. v Que ce soit pour les fosses profondes ou pour les Schlitzgruben, le potentiel d’étude est envisagé sous deux angles complémentaires. Les fosses, en tant qu’objet d’étude, renseignent une activité non définie, probablement cynégétique et/ou artisanale, au cours du Mésolithique ancien puis du Néolithique moyen. L’organisation de ces activités reste à préciser. En tant que réservoir d’information, ces structures permettent aussi d’envisager le rapport homme/milieu, là où l’acquisition d’archives « classiques » fait ici défaut.

 

D’autres vestiges sont à mentionner :

La fosse 1170, localisée à l’extrémité nord de la parcelle, correspond à un dépôt secondaire de résidus de crémation vraisemblablement antique de par le mobilier qu’il a livré. Il s’agit du seul Fait indubitablement antique sur la Zone 1, même si d’autres peuvent éventuellement y être rattachés. On notera que le diagnostic a mis en évidence, plus au nord, de nombreux vestiges de cette période.

 

Plusieurs tronçons de fossés non datés, sont à noter. Différents ensembles sont distingués, dans la mesure où des équivalences sont faites entre différents tronçons d’un même fossé. Ceux-ci n’ont pas tous bénéficié du même traitement : certains ont ainsi fait l’objet d’une fouille manuelle via des sondages manuels, d’autres ont été visualisés en coupe lors de la réalisation des sondages mécaniques visant à tester les éventuels Schlitzgruben. Certains segments de fossés ont fait l’objet d’une unique reconnaissance en plan. Ces fossés sont envisagés comme un ensemble parcellaire.

 

La majorité des Faits non datés correspond finalement à des fosses. Certaines semblent correspondre à des puits et/ou à des marnières.


Rémi Collas, novembre 2017.