Dissay (86) – Château de Dissay, Place Pierre d’Amboise

Dissay (86) – Château de Dissay, Place Pierre d’Amboise

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

23 mai - 12 juin 2018

Suivi de travaux

Moyen Âge

DATE : 23 mai - 12 juin 2018

TYPE D'OPÉRATION : Suivi de travaux

CHRONOLOGIE : Moyen Âge

Le château de Dissay se situe à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Poitiers, dans la Vienne. Construit à la toute fin du XVe siècle par Pierre d’Amboise, il a été pendant trois siècles la résidence des évêques de Poitiers, puis, après la Révolution Française, de riches particuliers.

Classé aux Monuments Historiques, cet édifice racheté en 2016 par son propriétaire actuel est en cours de réhabilitation pour accueillir prochainement un ensemble hôtelier haut de gamme (hôtel 5 étoiles, restaurant gastronomique, brasserie … et spa déjà aménagé dans l’ancien chai). Ces installations nécessitant la création de nombreux réseaux (eau potable, eaux usées, électricité…), un suivi archéologique de l’ouverture des tranchées a été prescrit dans la cour du château. Cette intervention a été menée par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Sandrine Guillimin.

 

Nous savons par les textes que la construction des années 1490-1500 a remplacé un château plus ancien. En effet, dès 1434 le roi Charles VII avait donné à Hugues de Combarel, un des prédécesseurs de Pierre d’Amboise à l’évêché de Poitiers, l’autorisation de « faire réédifier et fortifier l’église et le château de Dissay qui avaient été détruits par les guerres », attestant de l’existence avant cette date d’un premier édifice. Mais, si aujourd’hui nous savons retracer l’essentiel des nombreuses modifications subies par l’ensemble de la fin du XVe siècle (aux XVIIIe, XIXe et début du XXe s.), nous ignorons en partie sa physionomie primitive et totalement celle du château qu’il a remplacé. Aucun plan ancien ne nous est parvenu : seuls un plan foncier de 1770 et le cadastre napoléonien de 1810 nous renseignent sommairement sur des états antérieurs à celui que nous connaissons, mais déjà largement modifiés. De rares dessins ou peintures illustrent également le château de Dissay mais ceux-ci ne représentent que des vues extérieures et partielles (châtelet méridional figuré sur l’ensemble de fresques décorant l’oratoire de Pierre d’Amboise, datant au plus tard des années 1500, ou une vue du château depuis le nord sur un dessin aquarellé de 1699).

Aucune étude archéologique n’ ayant encore été réalisée, pas plus qu’une étude architecturale ou documentaire exhaustive (un travail est actuellement en cours dans le cadre d’une future publication monographique), cette opération était donc la première occasion d’en apprendre plus sur les origines de ce site castral.

 

Les résultats ont été très positifs puisque 46 structures archéologiques ont pu être enregistrées sur environ 320 m de linéaire ouvert (environ 335 m2). Ce total peut être ramené à 41 après retrait des équivalences manifestes, et comprend 23 murs, 2 voûtes, 2 « massifs maçonnés », 1 base de « pilier », 1 puits et 12 lambeaux de sols. La grande majorité des murs sont de solides maçonneries d’environ 1 m de large, montées au mortier de chaux rose et fondées profondément. Quelques rares murs s’en distinguent par une largeur moindre, un liant argileux ocre, et un arasement plus prononcé permettant de supposer plusieurs phases de construction. Malheureusement, le mobilier s’est fait très rare, seuls quelques tessons de céramique ont pu être prélevés, et il sera difficile de dater ces différents ensembles.

 

Sur toutes ces maçonneries, seules deux pouvaient être supposées grâce au plan du XVIIIe siècle figurant deux ailes disparues (anciens communs et collégiale). Mais toutes les autres sont totalement inattendues et témoignent de constructions jusqu’alors inconnues, notamment dans toute la moitié sud-ouest de la cour. Ces vestiges vont permettent de réfléchir à de potentielles restitutions qui, bien que très partielles et hypothétiques, inviteront à de nouveaux questionnements, permettront de réorienter les recherches en archives et d’aborder l’histoire et l’évolution du château sous un nouvel angle. En attendant, ces résultats inédits permettent de parfaitement illustrer l’intérêt de ce type d’intervention et l’apport nécessaire et indéniable de l’archéologie dans la connaissance du patrimoine historique.


Sandrine Guillimin, juin 2018.