Égletons (19) – Pré Naudou

Égletons (19) – Pré Naudou

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

06 - 22 mars 2013

Fouille préventive

Protohistoire (?), Antiquité, période contemporaine.

DATE : 06 - 22 mars 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire (?), Antiquité, période contemporaine.

Préalablement à la construction par la mairie d’Égletons d’un lotissement en périphérie du bourg, une opération archéologique préventive a été effectuée au mois de mars 2013 sur la commune d’Égletons (19), au lieu-dit « Pré Naudou ».

Le diagnostic, mené en 2012 par C. Roncier (Inrap), avait mis en évidence une petite occupation datée de la fin de la protohistoire ou du début de l’Antiquité, constituée d’un probable bâtiment sur poteaux associé à des structures fossoyées de différentes natures. Ce type d’occupation étant assez rarement étudié en Limousin, le SRA a prescrit une opération de fouille préventive couvrant une surface de 1 000 m² autour des vestiges mis en évidence par le diagnostic.

Une centaine de structures ont ainsi été mises au jour. Elles semblent correspondre à une occupation du site s’étalant de la fin de la protohistoire au début du Bas-Empire.

Les premières traces d’occupation mises en évidence correspondent vraisemblablement à la mise en place d’un petit réseau parcellaire en bas de versant, non loin d’une zone humide. Celui-ci est matérialisé par des alignements de petits trous de poteau pouvant correspondre à des palissades.

Un petit bâtiment sur poteaux est ensuite construit en reprenant en partie l’emplacement de ces limites parcellaires. Celui-ci couvre une surface d’environ 53 m² et présente un plan à deux nefs orienté nord-sud et complété au nord par une abside à pans coupés. L’absence de mobilier en lien avec les structures ne permet pas de le dater mais des comparaisons avec des bâtiments du même type ainsi que les éléments de chronologie relative pourraient laisser penser que cet édifice est bâti entre La Tène finale et la période augustéenne.

C’est certainement dans le courant du premier siècle après J.-C. que l’on assiste à la mise en place d’un nouveau réseau parcellaire suivant une orientation nord-ouest – sud-est. Ce réseau est associé à la création de structures drainantes visant à assainir la zone. Suite à cette phase de préparation et d’organisation du terrain, un bâtiment sur poteaux est construit au sud-ouest d’une palissade matérialisée par un alignement de trous de poteau. Ce bâtiment de plan rectangulaire suit les mêmes orientations et couvre une surface de 80 m². Il devait être couvert de végétaux et un petit appentis semble lui être adjoint du côté nord-ouest. La fonction de ce bâtiment est impossible à définir faute de niveaux d’occupation et de structures associées.

Par la suite, ce bâtiment cède la place à un édifice rectangulaire de même orientation qui devait couvrir une surface minimale de 90 m² mais certains indices laissent penser que celui-ci pouvait s’étendre sur plus de 120 m² en se développant partiellement en dehors de l’emprise de fouille au nord-ouest. Préalablement à sa construction, l’ensemble de la surface du bâtiment est décaissée jusqu’au sommet de l’arène granitique. Trois des parois sont construites à partir de ce niveau. Il s’agit de solins de pierre dont la fonction est de protéger de l’humidité les élévations qui devaient être constituées de matériaux périssables. L’espace interne est nivelé par l’apport d’un remblai constitué d’arène granitique et de limons sableux. Un aménagement du solin nord-est pourrait correspondre à un seuil matérialisant un accès au bâtiment. Sa fonction est inconnue mais il pourrait s’agir d’une dépendance d’un établissement plus vaste qui se développerait en contre-haut comme le laisse supposer la présence de nombreux fragments de tuiles mis au jour dans les remblais des nouveaux lotissements.

C’est certainement dans le courant du IIe ou au début du IIIe s. après J.-C. que le bâtiment semble être abandonné et détruit. Des effondrements de toitures indiquent que le bâtiment était initialement couvert de tuiles (tegulae et imbrices).

Il semble que les limites parcellaires perdurent puisque deux nouvelles palissades sont construites à l’emplacement de la précédente. Celles-ci ne sont pas datées mais elle sont recouvertes par un niveau de démolition dans lequel deux structures sont directement implantées. Le comblement d’une fosse a pu être daté entre le milieu du IIe et le début du IIIe s. après J.-C. La seconde structure est un petit fossé qui reprend les mêmes orientations que les palissades antérieures et pourrait indiquer la persistance d’une trame parcellaire durant une partie de l’Antiquité.

À une date inconnue, cette trame semble abandonnée et elle est remplacée par une nouvelle d’orientation ouest-nord-ouest – est-sud-est et nord-nord-est – sud-sud-ouest. Ce nouveau réseau parcellaire est constitué de trois palissades et d’un fossé. Deux des palissades sont parallèles et elles pourraient matérialiser l’emplacement d’un chemin descendant le versant.

Les dernières traces d’occupation mises en évidence sur le site sont toutes datées du dernier quart du XXe s. et du début du XXI s. Il s’agit de fossés de drainage ou d’évacuation d’eaux usées et de fosses destinées à l’enfouissement de matériaux (rochers, bois) issus du déboisement d’une partie d’un taillis lors de la construction de la nouvelle route en contre-haut du site.

La fouille du site de « Pré Naudou » à Égletons a permis de mettre en évidence l’évolution d’un site de bas de versant entre la fin de l’Antiquité et les périodes récentes. Elle a également permis de mettre en évidence des plans de bâtiments antiques en matériaux légers. Ce type d’édifice est encore très mal documenté en Limousin où les recherches se sont essentiellement concentrées sur les édifices plus importants comme les villae. Les recherches en cours actuellement permettront de définir les modes d’occupation du sol de la montagne limousine durant l’Antiquité. Cette fouille permettra d’étoffer le corpus des habitats antiques en Limousin et les données recueillies pourront, espérons le, encourager les prescriptions d’opérations plus vastes sur ce type d’occupation.


Aurélien Sartou, mars 2014.