Fay-de-Bretagne (44) – Le Pré de la Cour

Fay-de-Bretagne (44) – Le Pré de la Cour

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

26 mai - 18 juin 2015

Fouille préventive

Antiquité, Moyen Âge.

DATE : 26 mai - 18 juin 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité, Moyen Âge.

La fouille archéologique située dans la commune de Fay-de-Bretagne, lieu-dit Le Pré de la Cour a été motivée par les travaux d’aménagement d’une déviation de l’agglomération de Bouvron par un doublement de la RN 171 (DREAL des Pays de la Loire). Elle a été précédée par un diagnostic effectué en 2013 par J. Cornec (Inrap), sur toute la longueur de la déviation. Peu dense en indices de sites, ce diagnostic avait mis en évidence une occupation identifiée comme gallo-romaine, associant fossés parcellaires, bâtiments, fosses de rejet de crémations et peut-être des bûchers funéraires. Ces résultats ont conduit à la prescription d’une fouille archéologique par le service régional de l’Archéologie, essentiellement en raison de l’indigence des vestiges funéraires de cette période dans la région.

L’opération a été menée du 26 mai au 18 juin 2015 par une équipe du bureau d’études Éveha, sous la direction d’Aurélie Mayer. Les données récoltées ont conduit à revisiter partiellement les résultats du diagnostic.

Au total, 72 structures ont été mises au jour dans l’emprise, pour la majorité arasées, avec une épaisseur moyenne conservée allant de 0,10 à 0,30 m. Cette piètre conservation, due au pendage du terrain facilitant l’érosion naturelle du site, et à la faible couverture de colluvions et de terre végétale, a fortement limité les identifications structurelles et chronologiques.

La première trace d’occupation du site pourrait être une petite voie de circulation ou une limite de parcelle, marquée par l’aménagement de deux fossés parallèles qui s’étendent hors emprise. On ne dispose d’aucun élément interprétatif permettant de préciser la nature de cette limite, tant du point de vue fonctionnel que chronologique, puisque seuls de rares fragments de céramique antique y ont été découverts. L’orientation de ces fossés a persisté dans le paysage puisque les tracés de parcelles identifiables sur les cadastres de 1836 et 1856 sont similaires.

À proximité de ce marqueur sont implantées, entre la 2 moitié du I siècle av. J.-C. et le début du II siècle ap. J.-C, des fosses contenant des résidus de crémation sans aucun os humain brûlé. La nature de leur comblement, très charbonneux, le mobilier correspondant tout à fait à celui que l’on retrouve dans ce type de contexte, et la présence de restes végétaux spécifiques confirment la fonction funéraire des ces structures. Il est cependant impossible de définir précisément d’où proviennent ces restes (bûcher ? fosse rituelle ?). Les rares sites datés de la même période et ayant livré des structures secondaires de crémation à proximité ont également mis en évidence, et en nombre, ce type de fosse à résidus sans os. Aucun bûcher ou dépôt secondaire de crémation en lien avec ces structures n’a pu être mis au jour à Fay-de-Bretagne, ni aucun vestige d’habitat.

En parallèle, une structure destinée à une production artisanale indéterminée, datée entre le I s. av. et le II siècle ap. J-C., est construite. Composée de 4 chambres de chauffe organisées sur un axe deux par deux et accompagnée de fosses annexes, elle correspond à un modèle connu exclusivement localement (hors un exemple en Dordogne), avec des attestations en Vendée, en Pays de la Loire et en Maine-et-Loire. Il ne s’agit pas de bûchers funéraires, mais malgré les analyses effectuées sur certains sites, la fonction de ces fours n’a toujours pas pu être comprise, notamment en raison de l’absence systématique de superstructure. Contrairement aux reconstitutions classiques qui attribuent une chambre de chauffe à une structure individuelle, nous proposons ici une nouvelle interprétation possible sur la base de comparaisons ethnographiques, avec les chambres de chauffe fonctionnant toutes au sein de la même structure. En Albanie, ce type d’édifice temporaire est destiné à la cuisson de briques et composé de ces mêmes briques empilées, ce qui explique donc la disparition de la superstructure, ne laissant que les couloirs rubéfiés en place après prélèvement pour construction. Cette hypothèse serait également compatible avec le comblement stérile en graines, scories, restes d’artisanat divers, décrit pour chaque site. D’autres fouilles de structures similaires seront nécessaires afin d’essayer de mieux caractériser cet artisanat local. Notons également que cet ensemble se situe dans l’angle d’un enclos ou d’une des partitions internes d’un enclos (aire d’activité) d’un éventuel établissement rural à vocation indéterminée, non daté, qui se développe en grande partie hors emprise de la fouille.

À l’ouest du fossé, dans la moitié nord de l’emprise et en bordure de celle-ci, s’implantent trois bâtiments sur trous de poteau, dont les plans n’ont été que partiellement perçus. Le rare mobilier mis au jour se compose de fragments de céramique gallo-romaine mal conservés, et une seule datation a pu être pratiquée avec comme résultat la première moitié du haut Moyen Âge. Les deux bâtiments situés les plus au sud sont de plan classique, à nef unique, et couvrent chacun une surface d’environ 35 m2. Les négatifs des pieux ne sont jamais discernables dans les remplissages des creusements qui apparaissent de manière générale de petite dimension. En revanche, la construction la plus septentrionale ne se compose que de deux trous de poteau d’un format plus imposant, avec des dimensions d’environ 0,90 m de diamètre pour 0,50 m de profondeur, et un calage composé de blocs de schiste. Il pourrait s’agir des vestiges d’un bâtiment sur deux poteaux porteurs, dont les poteaux de paroi ou la tranchée de fondation de paroi auraient disparu. L’absence de mobilier, dans les trous de poteau et dans le fossé attenant, n’a pas permis de déterminer s’il s’agissait d’un contexte d’habitat ou d’une activité agricole.

Malgré la faible quantité de vestiges mis au jour lors de cette opération, quelques données viennent s’ajouter au corpus régional peu fourni, notamment en ce qui concerne les ensembles funéraires, et viendront compléter les études futures.


Aurélie Mayer, février 2017.