Gesté (49) − Église Saint-Pierre-aux-Liens

Gesté (49) − Église Saint-Pierre-aux-Liens

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

11 mai - 3 août 2016

Fouille préventive

Moyen Âge, Époque moderne, Époque contemporaine.

DATE : 11 mai - 3 août 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, Époque moderne, Époque contemporaine.

La fouille archéologique de l’église Saint-Pierre-aux-Liens s’est déroulée sur presque trois mois, entre le 11 mai et le 3 août 2016, sans complication notable hormis le nombre de sépultures mis au jour. L’emprise de fouille calquée sur celle de la future église n’a pas permis une fouille extensive des différents états bâtis ou d’inhumations.

 

L’importance des résultats de l’opération est à souligner dans un contexte régional méconnu et pauvre en sources historiques antérieures au XVII e s. Ils répondent à l’objectif du cahier des charges soit la détermination des différentes phases de construction de l’édifice et de celles des inhumations associées, ainsi que la nature de ces différentes occupations. Une longue occupation a pu ainsi être identifiée à Gesté du haut Moyen Âge jusqu’à la période contemporaine. Cette occupation funéraire se développe et se déplace accompagnée d’un édifice de culte et de ses annexes.

 

Quatre grandes phases d’occupation ont été distinguées, divisées en treize sous-phases, dont sept comprenaient des inhumations.

 

Les premières sépultures en sarcophage identifiées (état 1a, VI e – VII e s.), datant du milieu du VI e s., marquent les débuts de l’occupation du promontoire rocheux. En effet hormis un fragment de dérivée de sigillée paléochrétienne découvert en remblais, rien n’atteste une occupation antérieure. L’implantation de cet ensemble funéraire est donc bien plus ancienne que la première mention textuelle de l’église, et la question se pose alors de l’existence d’un éventuel édifice préalable à la construction du XI e s. Plusieurs indices concordent pour supposer qu’un lieu de culte existait avant l’an Mil. En plus des sépultures et d’un vocable ancien, un espace vide a été identifié, autour duquel semblent s’organiser les tombes
mérovingiennes. Le tracé d’une de ses limites est matérialisé par deux puissants trous de poteau situés en limite d’emprise à l’est. Il est cependant impossible de préciser de quel type de bâtiment il s’agit (véritable église, simple oratoire, chapelle etc).

 

Les inhumations se poursuivent durant les VIII e et IX e s. (état 1b), avec quelques individus inhumés au sein de cet espace auparavant laissé vide. Deux d’entre-eux recouvrent les trous de poteau, ce qui implique donc une modification du bâtiment. Les défunts sont inhumés en sarcophage, ou en contenant non pérenne.

 

L’état 2a est marqué par la construction d’une église aux alentours du XI e s., dont le statut paroissial est acquis au moins à la même période. Seuls subsistent quelques maçonneries, notamment le mur orienté nord-sud 1048. Le plan de l’édifice, en croix latine, a pu être partiellement reconstitué d’après les analyses de la stratigraphie, du bâti, et quelques comparaisons régionales. En l’absence de toute archive, il reste cependant hypothétique. La faible largeur des murs indique un édifice peu élevé, ou même un bâtiment en matériaux périssables sur solins maçonnés.

 

Par la suite, seules cinq sépultures ont été attribuées à une large phase allant du XI e au XIV e s (état 2b). Elles sont toutes localisées à l’extérieur de l’emprise supposée de l’édifice suite aux multiples interdictions d’inhumer dans les lieux de culte mises en place aux IX e – X e s. Leur petit nombre est probablement lié à la faible fenêtre d’ouverture autour de l’édifice restitué.

 

L’état 2c est marqué par la fonte de multiples cloches au sein de la nef (en utilisation ?), indiquant une phase de travaux postérieure à la construction. En parallèle, à la fin du XIV e s., un petit groupe d’inhumés occupe le chœur de l’édifice. En effet, on remarque à cette période une reprise des inhumations au sein même des lieux de culte. Les premiers éléments de petit mobilier apparaissent : épingles, clous de cercueil.

 

Grâce aux multiples plans de reconstruction, réalisés ou non, de l’église au milieu du XIX e s., associés aux résultats de la fouille, il est possible de reconstituer de façon hypothétique le plan de l’église antérieure, reconstruite aux alentours du XV e s. (état 3a). Celle-ci était en croix latine, et comprenait l’adjonction d’un transept reprenant l’emplacement du chœur X e – XI e s. Son chevet plat était doté de contreforts biais à l’extrémité et de contreforts plats sur les côtés, avec un chœur profond. Une galerie à balet, sorte de portique ou de tribune, prenait place le long de la nef au nord.

 

Dans un remblai postérieur à cette reconstruction, de nouvelles inhumations s’implante dans les deux bras du transept durant le XV e et XVI e s. (état 3b). Une sépulture se distingue par son emplacement, seule au centre de la nef, sans qu’aucun autre élément significatif ait pu être mis au jour pour préciser le statut de l’individu inhumé. Les défunts parfois accompagnés de vases étaient inhumés pour la plupart en cercueil, avec linceul ou vêtements.

 

L’état 3c concentre la majorité des inhumations découvertes lors de la fouille, avec 205 faits funéraires datés des XVII e et XVIII e s. Elles se répartissent à la fois dans tout l’espace de la nef, mais également à l’extérieur du bâtiment, au nord, dans le portique à balet. La partie est de ce portique semble avoir été abandonnée à la faveur de l’installation de deux moules à cloche avant que de nouvelles sépultures détruisent au moins partiellement ces moules. Une plus forte densité de sépultures était observable dans la moitié est de la nef, avec de nombreux niveaux de sépultures. En effet, cette zone était à la fois la plus proche de l’autel, mais également la plus facile à mettre en œuvre pour le creusement des sépultures puisqu’elle n’impliquait pas d’entamer le schiste. Le cercueil reste le mode d’inhumation privilégié, accompagné d’un linceul, plus rarement de vêtements. De rares éléments de petit mobilier étaient déposés avec le défunt.

 

L’état 4a correspond aux inhumations les plus récentes enregistrées dans l’emprise de la fouille, début XIX e s., avant la reconstruction de l’église. Désormais interdites officiellement depuis l’ordonnance royale de Louis XVI datée du 10 mars 1776 (avec des exceptions concernant notamment les curés et fondateurs de chapelles), les individus sont inhumés à l’extérieur, en l’occurrence ici, toujours dans le portique et au-delà. Le mode d’inhumation ne change pas, et le petit mobilier montre quelques signes d’évolution.

 

Dans les années 1850, plusieurs décennies après l’incendie de l’église en 1794, l’église est reconstruite en suivant un plan basilical (état 4b), mais en s’appuyant sur certaines maçonneries antérieures, notamment au niveau du chœur. Plusieurs phases de rénovations (état 4c), d’agrandissement du chœur (état 4d) et l’ajout d’une sacristie (état 4e) viendront compléter ou modifier l’édifice au XIX e siècle, avant sa destruction en 2013.

 

On ne note pas de recrutement lié à l’âge ou au sexe des individus, ni de sectorisation biologique. L’ensemble apparaît comme cohérent avec une population de type paroissial, entre les VI e et XVIII e siècles. L’étude des pathologies osseuses sur la population de Gesté a montré des lésions très variées. Elles regroupent essentiellement des pathologies dégénératives bien corrélées à l’âge des individus. Elles sont associées, sur l’ensemble de la population, à des pathologies activités-dépendantes telles que les enthésopathies ou les micro-traumatismes des membres inférieurs ou du dos. C’est particulièrement notable pour les phases modernes. La coexistence de pathologies associées à des cadres favorable et
défavorable suppose que la population inhumée est d’origine sociale assez variée.

 

La fouille de l’ancienne église de Gesté permet d’ores et déjà d’enrichir la typo-chronologie régionale, tant au niveau de l’architecture du bâtiment que des pratiques funéraires. Ce type d’aire sépulcrale occupée de façon diachronique, jusqu’ici assez méconnu dans la région, est désormais enrichi d’un corpus important de 268 inhumations primaires. Certains éléments de petit mobilier, les graffites des céramiques et le nombre de moules à cloche découverts sont à l’heure actuelle exceptionnels pour la région.


Aurélie Mayer, novembre 2018.