Juniville (08) – Les Ponsiaux

Juniville (08) – Les Ponsiaux

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

18 juillet - 25 août 2016

Fouille préventive

âge du Bronze (final), âge du Fer (Hallstatt), époque contemporaine

DATE : 18 juillet - 25 août 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : âge du Bronze (final), âge du Fer (Hallstatt), époque contemporaine

L’opération réalisée à Juniville, au lieu-dit Les Ponsiaux a été motivée par le projet d’agrandissement d’une zone activités pour le compte de la communauté de communes du pays réthelois. Juniville se situe dans la région Champagne-Ardenne, département des Ardennes, à 15 km au sud de Rethel et 35 km au nord-est de Reims. La localité s’est développée de part et d’autre de la Retourne, affluent de l’Aisne. Ce cours d’eau traverse le paysage d’est en ouest, formant une vallée alluviale peu marquée. Le ruisseau des Pans traverse la commune du nord au sud pour rejoindre la Retourne.

Le site Les Ponsiaux se situe à 800 m à l’ouest du centre historique de Juniville, sur la rive droite de La Retourne. A la fouille, le substrat présente quelques variations, allant d’un calcaire marneux blanc-beige pour la zone nord à un calcaire blanc plus compact sur la zone sud. L’altitude moyenne du site oscille entre 100 et 94 m NGF, avec un léger pendage nord/sud (environ 3% en descendant vers la vallée).

Le décapage couvre une surface de 12 500 m², répartie en deux secteurs. Pour la zone sud, l’opération a mis au jour 314 structures sur une surface de 6687 m². Peu d’entre elles ont pu être précisément calées chronologiquement, du fait de la rareté du matériel conservé : sept sont attribuées au Hallstatt, quarante-huit à la Pré- ou Protohistoire, cinq ont livré du mobilier antique ou médiéval, et quatre sont contemporaines. L’occupation principale consiste en un établissement rural palissadé hallstattien. Sur l’ensemble des structures enregistrées, seules 168 sont anthropiques. Pour la zone nord, l’opération a mis au jour 287 structures sur une surface de 6059 m². Là encore, peu d’entre elles ont pu être précisément calées chronologiquement, du fait de la rareté du matériel conservé : une structure est attribuée au Hallstatt D2, trois sont Pré- ou Protohistorique, une médiévale ou moderne. L’occupation principale est constituée de fosses-dépotoirs contemporaines. Sur l’ensemble des structures enregistrées, seules 24 sont anthropiques.

 

La principale implantation humaine, située sur la parcelle sud, est un établissement palissadé, qui apparaît à la charnière entre la fin de l’âge du Bronze et le premier âge du Fer. L’ enclos de 2305 m² comporte une quinzaine de greniers, un grand bâtiment, et quelques rares fosses. Six bâtiments de modules semblables aux greniers enclos sont localisés au nord-est de la clôture. L’occupation des Ponsiaux, avec les autres occupations palissadées découvertes ces dernières années, comme à Warmeriville, La Fosse Pichet (Saltel 2011), à Bezannes La Bergerie (Riquier 2010), ou à Saint-Martin-sur-le-Pré (Garmond 2011), concourt à compléter les données régionales pour le Premier âge du Fer, et s’inscrit dans un processus régional singulier qui voit l’apparition et le développement d’établissements ruraux palissadés hallstattiens en Champagne.

L’enclos comprend deux entrées sensiblement identiques, situées sur une interruption (large d’environ 2,25 m) du fossé. Ces deux entrées-porches appartiennent aux systèmes dits « complexes», formant un corridor composé deux lignes de poteaux dessinant un bâtiment rectangulaire sur 6 poteaux. Elles délimitent des espaces de 14,50 m² à 17,70 m². Les entrées sont construites à cheval sur la palissade : deux poteaux à l’intérieur, deux à l’extérieur, et deux creusés aux extrémités du fossé d’enclos. Leur ancrage bien différent permet de distinguer une entrée principale d’une entrée secondaire. Complétant ces entrées monumentales, se trouve, sur la partie sud-est de l’enclos, une petite interruption du fossé, large d’une soixantaine de centimètres. Il est probable qu’elle serve d’entrée/sortie aux piétons comme au petit bétail.

A l’intérieur de cet enclos, on dénombre huit bâtiments sur 4 poteaux. De plan carré, ils mesurent entre 1,89 m et 3,85 m de longueur et 1,87 m et 3,12 m de largeur. La surface occupée couvre de 3,50 m² et 12 m² pour une moyenne de 7,35 m². On compte aussi cinq bâtiments sur 6 poteaux. De plan rectangulaire, ils mesurent entre 2,20 et 5,57 m de longueur et 1,80 et 2,60 m de largeur. La surface occupée est donc comprise entre 3,95 m² et 11,90 m² pour une moyenne de 9,84 m². Ces bâtiments sont interprétés comme des greniers. On note enfin la présence de quatre bâtiments de dimensions plus vastes, dont l’agencement varie quelque peu de l’un à l’autre. Il peut s’agir de greniers mais aussi de resserres, de granges ou de constructions destinées à accueillir des animaux domestiques (bergeries, écuries). Voire d’habitation ou de structure dévolue à des activités artisanales pour le plus vaste d’entre eux.

 

Les constructions sont distribuées le long de la palissade, à environ 3,50 m en retrait de celle-ci. Ils dessinent une couronne autour d’un espace central vide de 890 m². L’espace est donc pensé et organisé préalablement à la construction de l’ensemble. Cette étendue peut avoir servi au traitement des céréales (séchage, battage, moulinage), d’aire de pacage, de verger ou jardin.

Si ces occupations semblent bien calées entre la fin de l’âge du Bronze et la fin du Premier âge du Fer, les rythmes d’occupation et d’exploitation des espaces agricoles restent flous. Car la faible quantité de matériaux archéologiques est une constante des enclos hallstattiens. Et si leur architecture est aujourd’hui bien connue, les informations sont maigres concernant la population qui l’habitait, comme nous reste mal connu le tissu économique et social dans lequel s’inscrivent ces établissements ruraux. L’apport du site des Ponsiaux est indéniable puisqu’il est à ce jour l’un des rares établissements mis au jour dans sa totalité.

 

L’occupation contemporaine est constituée de fosses-dépotoirs. La majorité d’entre elles sont localisées sur la zone nord, et trois autres sont sur la parcelle sud. Il s’agit de fosses rectangulaires de module relativement homogène (1 m de large pour 2 m de long en moyenne). Les 16 fosses contiennent au total le dépôt de 10 chevaux (dont 7 incomplets), de 8 bœufs (dont 6 incomplets) et de 2 veaux. Six dépôts sont des dépôts simples. Quatre structures ont livré les restes de plusieurs individus. Le mobilier, l’état de conservation, les comblements et les sites comparables géographiquement proches (Neuflize Le Clos, Le Chatelet-sur-Retourne Au-dessus du Clos) confortent l’idée qu’il s’agit de fosses de rejets contenant les ossements d’animaux abattus lors de la Première guerre mondiale. De 1914 à décembre 1918, 1 880 000 chevaux et mulets sont incorporés. Le conflit, dévastateur pour les hommes le sera aussi pour ces animaux, et au moment de l’armistice, avant la démobilisation, l’armée française ne compte plus qu’environ 740 000 bêtes. Au cours de la Grande Guerre, 35 % du million de chevaux morts auront été abattus par les militaires pour des raisons sanitaires (afin d’éviter la propagation de maladies) ; utilitaires (pour la consommation de leur viande) ; ou morales (afin d’abréger les souffrances d’un animal condamné). Ces vestiges de la Grande Guerre viennent compléter une documentation déjà riche dans cette région.


Delphine Ravry, novembre 2017.