La Chapelle-Saint-Mesmin (45) – Les Chesnats et La Patrie, tranche 3

La Chapelle-Saint-Mesmin (45) – Les Chesnats et La Patrie, tranche 3

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

28 février - 12 août 2011, 19 septembre - 04 novembre 2011, 27 février - 24 avril 2012

Fouille préventive

Néolithique, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, Époque contemporaine.

DATE : 28 février - 12 août 2011, 19 septembre - 04 novembre 2011, 27 février - 24 avril 2012

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, Protohistoire, Antiquité, haut Moyen Âge, Époque contemporaine.

Près de neuf mois de fouilles archéologiques préventives en 2011 et 2012 aux lieux-dits Les Chesnats et La Patrie sur la commune de La Chapelle Saint-Mesmin dans le Loiret ont constitué la troisième et dernière tranche d’investigation sur le site des Chesnats. Celui-ci est situé à moins de six kilomètres à l’ouest du centre d’Orléans.

Reliant les deux emprises de fouilles précédentes, cette nouvelle opération menée sur près de 27 000 m² vient compléter une fenêtre d’observation sur ce secteur communal de près de 5 ha.

Sur cette zone des Chesnats et La Patrie, ce sont plus de 6 000 faits archéologiques et plusieurs dizaines de milliers d’unités stratigraphiques qui ont été enregistrés. Ces derniers concernent en très grande proportion des vestiges en creux (trous de poteau, silos, fossés, fosses, etc.). Le plan réalisé sur ce secteur du site s’est donc révélé extrêmement dense et a compliqué sa lecture lors de la fouille. Cependant, l’analyse minutieuse des témoins mobiliers et immobiliers a permis d’extraire et d’apprécier une quantité et une qualité de données importantes aboutissant à une restitution de l’évolution et des dynamiques d’occupation de ce site.

Ainsi, l’emprise fouillée atteste de premiers indices d’occupations remontant à la Protohistoire, vraisemblablement dès l’âge du Bronze, ce que les résultats de la fouille en tranche 1 suggéraient. En effet, on voit l’existence probable de fosses de piégeage d’animaux, assimilables à des schlitzgruben connues ailleurs sur le territoire national et pouvant être attribuées à la fin de l’âge du Bronze ou au Néolithique ce que confirme la datation du mobilier lithique. De même, certains fossés témoignent de leur abandon vers la fin de la Protohistoire. D’autres fosses indéterminées, livrant des comblements particuliers, souvent stériles en artefacts, se rattacheraient à cette occupation. Il apparaît, dès lors, que le terroir, au moins sur ce secteur de La Chapelle Saint-Mesmin, est mis en valeur et exploité de manière précoce.

Principalement matérialisée par la reprise partielle du parcellaire protohistorique et par la création de nouvelles limites parcellaires, l’occupation antique correspond à la phase d’occupation suivante du site et pourrait constituer l’extrémité orientale de la villa mise en évidence en tranche 2. Celle-ci se composait d’un grand bâtiment maçonné pourvu de caves correspondant sans doute à une grange « standardisée » de la pars rustica.

De même qu’en tranche 2, on constate une très faible quantité de vestiges entre le IIIIe s. et le milieu du VIe s. Bien que l’étude céramique met en exergue la présence de quelques tessons datés de l’Antiquité tardive, l’occupation sur le site n’est pas clairement marquée. Ainsi, à partir de la période mérovingienne, plusieurs pôles d’occupation se développent. On note en particulier la création d’un grand enclos fossoyé à l’extrémité sud-ouest du site, au sein duquel se matérialisent un bâtiment, un four et quelques silos. En outre, une concentration de bâtiments interprétés comme des greniers fait son apparition à l’est de l’emprise. Cette période voit ainsi naître le stockage de denrées, principalement céréalières. À partir du VIIe siècle, on assiste à la création de nouvelles parcelles, plus réduites. Celles-ci s’organisent clairement de part et d’autre de fossés palissadés qui traversent le site du sud-ouest au nord-est et qui ont été découverts sous le tracé de l’actuelle rue des Chesnats. Cet axe ne cessera d’être remanié tout au long du haut Moyen Âge. Les palissades sont d’ailleurs retirées à partir de la fin du VIIe siècle pour aboutir à des fossés ouverts, délimitant véritablement une voie. La structuration du site prend ensuite forme au tournant des VIIIe et IXe siècles.

En effet, la troisième phase, entre la deuxième moitié du VIIIe siècle et la fin du IXe siècle, marque une densification et une évolution prégnante de l’occupation matérialisées par la multiplication des pôles d’habitats, et surtout, de l’ensilage. Le site s’organise clairement le long du réseau viaire et certains espaces vides circonscrits entre les habitations laissent envisager la présence de chemins pénétrant le site par le sud de l’emprise. Le réseau parcellaire est considérablement remanié et de grandes parcelles sont créées.

La voie se pourvoit d’un embranchement au nord-est de l’emprise, en direction du nord. Ce carrefour agrège plusieurs fours domestiques datés entre la fin du VIIIe siècle et la seconde moitié du ixe siècle et accueille un puits de 15 m de profondeur ayant fonctionné de la période carolingienne au XIe siècle.

Au sein de chaque unité de l’habitat, on dénombre des bâtiments, des silos, et souvent, des fosses spécifiques dont la fonction est discutée. En outre, la présence de latrines a été clairement identifiée sur ce site par de multiples analyses paléoenvironnementales et physico-chimiques. Celles-ci renseignent sur l’alimentation des habitants. La présence de pépins de raisin, notamment, témoignerait de la viticulture, hypothèse renforcée par les recherches documentaires qui tendent à prouver cette activité sur le territoire dès cette période d’une part et par la découverte de serpettes de vignerons d’autre part.

Certains bâtiments se distinguent par leurs plans ou par leurs fondations puissantes. La question de l’existence d’une classe sociale privilégiée résidant de façon permanente ou temporaire se pose. En effet, de nombreux indices vont en ce sens (céramique d’importation et de qualité, armement, bijoux, mobilier équestre, etc.). Les volumes importants de denrées stockées sur ce site peuvent être l’une des raisons de la présence d’une élite (protection et gestion).

Plusieurs sépultures ont été fouillées sur l’emprise de la tranche 3. Certaines d’entre elles montrent des pratiques particulières (sépultures en silos) et l’une d’entre elle semble complètement atypique. En effet, il s’agirait d’une crémation datée entre la fin du IXe siècle et le début du Xe siècle et accompagnée d’un dépôt de mobilier qui a été retrouvée au fond d’un silo désaffecté.

À partir du Xe siècle et amorcée dès la fin du siècle précédent, l’occupation périclite de façon très nette sur cette aire de recherches. Ce phénomène avait déjà été appréhendé lors de la deuxième tranche de fouille et cette dernière opération le confirme. Effectivement, seulement trois pôles d’occupation survivent au sud-ouest et au nord-est de l’emprise. Composés principalement par de l’habitat, ils restent associés à de l’ensilage. De plus, le puits est toujours en fonctionnement mais est très vite abandonné juste après son curage. Malgré tout, le terroir semble encore exploité au regard du découpage parcellaire et de la voie principale qui est toujours en activité.

Enfin, à partir de la fin du XIe siècle, aucun vestige ne permet de caractériser une occupation. Cependant, certaines sources historiques laissent envisager l’exploitation du calcaire à partir du XIIIe siècle sur le territoire communal et à proximité de notre site. Rappelons que de nombreux puits en lien avec l’exploitation de ce matériau avaient été découverts sur la tranche 2 mais leur profondeur importante et l’absence de mobilier n’avait pas permis de les dater.

Cette dernière opération de fouille préventive menée aux Chesnats et La Patrie permet de compléter le plan d’un site important où la principale occupation est celle d’un village alto-médiéval qui évolue du vie siècle à la fin du Xe siècle sur une emprise de près de 5 ha. Les quantités de données et de résultats mais également les différentes problématiques soulevées par l’analyse de ces vestiges permettent d’obtenir une formidable fenêtre d’étude qu’il conviendra de synthétiser dans le cadre d’une publication monographique.


Fabien Loubignac, mai 2015.