Le Carbet (972) − rue Pory-Papy et place Jules Grévy

Le Carbet (972) − rue Pory-Papy et place Jules Grévy

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

15 octobre - 16 décembre 2017

Fouille préventive

Précolombien, moderne, contemporain

DATE : 15 octobre - 16 décembre 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Précolombien, moderne, contemporain

Le projet de construction d’un immeuble par la Société martiniquaise d’HLM à l’angle de la rue Pory-Papy et de la place Jules Grévy au Carbet a donné lieu à un diagnostic archéologique prescrit par l’État en 2016. Celui-ci a mis en évidence des vestiges amérindiens et modernes, conduisant le service régional de l’Archéologie (SRA) à prescrire une fouille préventive représentant une fenêtre de 537 m², réalisée entre le 15 octobre et le 16 décembre 2017 sous la direction de Thierry Argant.

La commune du Carbet a déjà révélé plusieurs sites précolombiens rattachés au Saladoïde Cédrosan Moyen-Récent et au Troumassoïde. La plage du Carbet est par ailleurs le lieu d’accostage des premiers colons français dirigés par Pierre Belain d’Esnambuc en 1635. Les découvertes, réalisées dans le cadre de la fouille menée par Éveha, s’avèrent importantes pour l’histoire du Carbet et plus largement de la Martinique. La grande surface ouverte permet d’observer l’organisation d’un habitat précolombien sur le temps long et l’étude de l’abondant mobilier mis au jour fournira à terme des données renouvelées sur le mode de vie des habitants du Carbet avant et après la colonisation par les européens.

De nombreux trous de poteau et des foyers attestent la présence de constructions successives au cœur du bourg du Carbet à l’époque amérindienne. L’abondant mobilier archéologique qui leur est associé est dominé par la céramique. On retrouve notamment des formes ouvertes comme les platines à manioc, des bols et des coupes, sur lesquelles apparaît une grande variété de décors : incisions, gravures et peintures (rouge/blanc/orange). Le modelage y est aussi représenté par des petites papules (sortes de boutons) et des adornos (élément décoratif anthropomorphe ou zoomorphe rajouté sur les bords des céramiques). Des éclats de galets volcaniques, peu ou pas retouchés, suggèrent l’utilisation de cette matière première locale pour fabriquer des outils tranchants. D’autres objets en pierre, de petits éclats de silex ou de jaspe rouge et jaune sont également présents. Fichés dans une planche en bois, ces derniers servaient à râper le manioc. L’exploitation des ressources de la mer par les amérindiens pour se nourrir est attestée par de nombreuses vertèbres de poissons et des coquillages, notamment des lambis. La coquille de ces derniers était également utilisée pour fabriquer des haches et d’autres objets. Les amérindiens consommaient également des iguanes et des oiseaux, quoique en moindre quantité. Quatorze inhumations viennent enfin enrichir considérablement les données sur les pratiques funéraires de ces populations.

L’occupation étudiée s’étend du Saladoïde cédrosan moyen au Troumassoïde suazan (du IVe au XVe s. ap. J.-C.). Cette large fourchette chronologique a été établie sur la base des premières observations réalisées sur l’abondant mobilier céramique et à sa localisation au-dessus des traces de l’éruption P3 (vers 60 avant J.-C.), puis au dessus de celles de P1 (vers 1300 ap. J.-C.).

Plusieurs niveaux de constructions maçonnées se succédant entre le XVIIIe et le XXe siècles, disposés sur deux terrasses au pied du relief viennent recouvrir ces premières occupations précolombiennes. Les derniers états repérés respectent le découpage cadastral déjà en place à la fin du XVIIIe siècle, et comprennent plusieurs propriétés dont une grande, qui occupe toute la terrasse supérieure avec un corps de bâtiment sur la rue et une cour pavée à l’arrière, entourée de dépendances. Plusieurs pièces d’habitations en dur remontent à un état plus ancien situé dans la première moitié de ce même XVIIIe siècle et qui semblent figer les premières divisions parcellaires. Quelques indices plus ténus se rapportent enfin au XVIIe siècle. Au niveau architectural, les premiers bâtiments, tout en pierres, ont été progressivement remplacés par des maisons-bois typiques. De même pour leur couverture, on observe l’utilisation de l’ardoise, de la tuile écaille et mécanique pour finir par la tôle ondulée.

Le mobilier associé à ces occupations récentes est abondant et comprend de la vaisselle en céramique et en verre, de nombreuses ferrures en fer, de la menue monnaie, de nombreuses pipes en terres, de la faune et quelques autres objets comme des billes ou des pièces de domino en os, qui témoignent, chacun à leur manière, de la vie quotidienne de nombreuses générations de carbétiens. Les études du mobilier ainsi que des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner à terme nos connaissances de ce site et de son occupation.


Thierry Argant, décembre 2017.