Lannemezan (65) − CM 10

Lannemezan (65) − CM 10

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

29 février - 20 mai 2016

Fouille préventive

Néolithique final, Bronze moyen, Acheuléen.

DATE : 29 février - 20 mai 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique final, Bronze moyen, Acheuléen.

Le site du CM 10, autrefois connu sous le nom de l’Arsenal, est localisé au sud-est de l’agglomération de Lannemezan, dans l’enceinte d’un ancien centre de mobilisation de l’armée, sur un plateau culminant à 600 m d’altitude en piémont des Pyrénées. Il a fait l’objet, de fin février à fin mai 2016, d’une fouille préventive réalisée par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Virginie Ropiot. La zone prescrite, d’une superficie circulaire d’environ 3 000 m 2 , s’intègre actuellement dans un projet d’aménagement d’une zone d’activités d’une emprise globale de 17 hectares, porté par la Communauté de communes du Plateau de Lannemezan et des Baïses, et prévoyant en particulier l’installation d’une base logistique de SNCF Réseau. Au préalable, une phase d’évaluation archéologique a été menée en mars 2014, puis durant l’été 2014, dans cette zone connue de longue date en raison de la présence de nombreux tumuli se rattachant essentiellement à la période protohistorique. Le décapage a permis de dégager une de ces structures sur toute son étendue (ST 5).

La fouille a également permis la mise au jour de 10 structures archéologiques, dont un monument mégalithique de conception singulière (ST 4), six foyers à galets chauffés, deux probables trous de poteau isolés, une fosse indéterminée du Bronze moyen, pillée ou fortement remaniée mais vraisemblablement de nature cultuelle, placée devant l’entrée de l’enclos tumulaire néolithique. Ces vestiges s’échelonnent sur une période comprise entre 3700 et 1400 av. n. è., l’occupation étant centrée sur le Néolithique final. Un double fossé de drainage, sans doute d’époque moderne, a par ailleurs été mis au jour au sud. Enfin, un lot d’une vingtaine d’objets se rapportant au début du Paléolithique moyen est apparu sous la masse tumulaire.

Dans cette notice, nous proposons de présenter les principales caractéristiques architecturales des structures 4 et 5.

Le tumulus ST 5

En ce qui concerne le tumulus, en dehors des processus taphonomiques ayant modifié son aspect, diverses perturbations plus ou moins importantes ont considérablement endommagé la structure durant l’époque moderne (double clôture militaire avec poteaux profondément ancrés, chemin de ronde, poteaux d’éclairage électrique). Mais ce monument comporte surtout une ample excavation dans sa partie centrale, résultat d’une fouille ancienne, peut-être du XIX e s., ayant totalement fait disparaître la chambre sépulcrale.

La structure 5 a été implantée sur un relief naturel léger au milieu d’une zone basse, ce qui lui confère une allure encore plus proéminente. Au préalable, il est possible que le sommet de ce relief ait été volontairement tronqué par enlèvement de sédiment, pour obtenir une surface aplanie, plus stable pour y accueillir une imposante motte de terre.

Celle-ci était encore parfaitement visible dans le paysage avant notre intervention, culminant à une altitude NGF de 620,65 m après dégagement du niveau végétal. Son aspect général est celui d’un dôme pouvant être estimé à 17,20 m de diamètre en comptant l’emprise de la couronne et d’une hauteur centrale d’environ 0,80 m. Seule sa partie basse, le socle du monument, est conservée. Il s’agit d’un apport de sédiment limoneux particulièrement compact et homogène.

Deux structures superposées, correspondant à deux états successifs, ont pu être décelées autour de la levée de terre. La couronne d’entourage, visible en surface, forme l’état 2, tandis qu’un premier état, un fossé délimitant le tertre, a vraisemblablement précédé sa mise en place, mais a rapidement été remblayé. L’enclos, ouvert au sud, comporte un double parement formé par un apport de galets et il se superpose directement au comblement du fossé.

La structure mégalithique ST 4

L’ensemble 4 désigne une structure monumentale localisée dans la moitié ouest de la fouille, à environ 3 m de la couronne du tumulus, soit en bas de pente de la petite éminence ayant servi d’assise à la structure 5. ST 4 n’a pas été marquée par les aménagements du camp militaire. Ce monument est donc plutôt bien conservé. Il comporte trois caractéristiques architecturales majeures : une dalle monolithe entourée d’une bordure de galets, recouvrant une chambre enfouie au sein d’une vaste fosse oblongue, comportant une entrée frontale comprise également dans l’excavation. Elle est orientée longitudinalement nord-sud, l’accès se situant dans la partie méridionale.

D’ores et déjà, il convient de souligner que ST 4 n’a pas livré de dépôt funéraire (ni restes humains, ni mobilier). Cette absence s’explique soit par une dissolution totale des ossements du fait de l’acidité du terrain, soit par un déplacement du dépôt vers une autre structure d’accueil.

Notre intervention n’a pas permis de mettre en évidence de sub-structure de type tertre de terre. En revanche, la structure 4 présente en surface une dalle volumineuse de grès jaune. Ce monolithe quadrangulaire mesure 3,10 m de large sur 3,30 m de long, soit une superficie de près de 10 m 2 . Son épaisseur varie entre 0,30 et 0,40 m. Son poids est estimé entre 6 et 8 tonnes. Il se caractérise par une importante corrosion. De plus, il est fragmenté en plusieurs blocs, notamment à son extrémité sud, qui s’est effondrée dans la fosse d’installation du monument. Cette dalle est entourée d’une bordure de galets à l’ouest, au nord et à l’est. Une partie des galets a basculé vers l’intérieur de la structure, en particulier à l’est. Ce phénomène s’explique par une dynamique d’aspiration vers le bas, conséquence de l’effondrement de la chambre en sous-sol. Cette bordure n’a pas de fonction particulière, mais elle a pu jouer un rôle esthétique puisqu’elle masque les limites de la fosse. En effet, la dalle ne recouvre pas entièrement l’emprise au sol de l’excavation.

Avec la dalle de couverture, la fosse d’installation, du fait de ses dimensions, constitue l’élément architectural le plus singulier et le plus impressionnant de la structure 4.

En bas, le creusement entaille le substrat sur une hauteur moyenne de 0,85 m. En plan, son allure générale est oblongue et trapézoïdale. Il mesure 4,80 m de long, sur une largeur de 2,30 m au sud où sa forme est plutôt arrondie et de 2,90 m au nord, où sa forme est sub-quadrangulaire. Le fond est plat, tandis que son profil montre des parois globalement verticales, bien que légèrement évasées au nord, à l’est et à l’ouest. Au sud, à l’emplacement de l’entrée, la paroi est en revanche nettement oblique.

En haut, et uniquement dans la partie nord du monument, soit là où se situe l’emplacement présumé de la chambre, le creusement s’élargit pour former un palier et adopte une forme sub-circulaire en surface d’un diamètre approchant les 4,50 m d’est en ouest. Au total, la fosse est profonde de 1,30 m.

Telle que nous l’avons perçue, la forme irrégulière du creusement inférieur traduit la présence de deux espaces distincts. Au nord, nous avons un espace sub-quadrangulaire de près de 7 m 2 . C’est cet espace qui était coiffé par la dalle et qui correspond vraisemblablement à l’emplacement de la chambre. La partie méridionale montre un plan en fer à cheval d’environ 3,50 m 2 . Un resserrement marque leur point de jonction. S’il ne fait pas de doute que le creusement bas constitue la fosse d’accueil de la chambre et de l’accès, la fonction du palier supérieur est assez problématique. A priori, on comprend mal son utilité car d’un point de vue architectural, la dalle de couverture ne reposait pas sur cette bordure, mais sur son comblement supérieur. Dès lors, nous proposons d’interpréter ce palier comme un support ayant servi à recevoir un dispositif de type plancher en bois, formant alors le plafond de la chambre sépulcrale souterraine. Dans cette perspective, celui-ci était surmonté d’un remblai, qui a été retrouvé en position effondrée dans la chambre.

Sous ce remblai, nous avons observé une série de dispositifs architecturaux (petites tranchées, trous de poteau, galets épars pouvant évoquer des calages, deux barres de grès jaune disposées parallèlement), d’aspect remanié pour certains, relevant de deux états successifs séparés par un apport de sédiment venant napper le niveau le plus ancien. Au centre, on note la présence de deux trous de poteau, lesquels pourraient constituer des structures renforçant le maintien du supposé plafond.

Au sud, l’accès frontal a livré des aménagements qui renvoient également à deux états. Le dernier est marqué par la mise en place de deux blocs massifs se faisant face, en position orthostatique, solidement calés par des galets. L’espace entre les deux crée un passage d’environ 1 m de large. Entre ces pierres dressées, des anomalies dans la stratigraphie semblent se rapporter à une ultime réouverture ou un remaniement de l’entrée, avant son abandon définitif.


Virginie Ropiot, janvier 2017.