Lezoux (63) – Rue du docteur Grimaud

Lezoux (63) – Rue du docteur Grimaud

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

12 novembre 2014 - 27 février 2015

Fouille préventive

Antiquité, Moyen Âge, époque Moderne

DATE : 12 novembre 2014 - 27 février 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité, Moyen Âge, époque Moderne

Le passé du quartier des Saint-Jean à Lezoux est surtout connu par les découvertes anciennes de vestiges archéologiques antiques liés à la production de céramiques, par la mise au jour de sépultures du haut Moyen Âge, ainsi que par la présence d’une occupation du bas Moyen Âge se développant autour d’un pôle religieux et funéraire situé hors de l’enceinte urbaine. Si le potentiel archéologique de ce secteur de Lezoux est bien connu, il demeure en revanche peu documenté.

 

Le diagnostic réalisé en 2005 sous la responsabilité de P. Vallat (Inrap), rue du docteur Grimaud (parcelles AP 235 à 244), a permis de confirmer la présence d’ateliers de potiers dans l’Antiquité et de traces d’occupations médiévales.

 

Le projet de construction d’une médiathèque intercommunale par la communauté de communes Entre Dore et Allier a entraîné une prescription de fouille archéologique préventive d’une emprise d’environ 3500 m² sur la parcelle 244. Le diagnostic archéologique n’ayant pas permis de lever toutes les incertitudes sur le potentiel archéologique de cette zone, une prospection géophysique (magnétique et électromagnétique) a été réalisée à la demande du service régional de l’Archéologie d’Auvergne, en juin 2013, sur la parcelle prescrite. Aucun vestige archéologique n’a été détecté ; les anomalies mises en évidence correspondent à des perturbations récentes du sous-sol. Les résultats de cette prospection laissent présager un terrain remanié récemment et percé pour l’installation de réseaux (assainissement, gaz). La fouille archéologique préventive a été réalisée entre le 17 novembre 2014 et le 27 février 2015 par le bureau d’études Éveha.

 

Des vestiges archéologiques datant du début de l’Antiquité à l’Époque moderne ont été mis au jour, sept phases d’occupation ont été identifiées :

 

Les aménagements les plus anciens (phase 1) correspondent à un établissement agropastoral daté du début du Haut-Empire (30-50 après J.-C.). Les fosses dépotoirs et un paléosol ont livré un lot de vaisselle important, destiné au stockage, aux préparations culinaires, à la table et au service. Des restes de plaques de foyer avec des chenets à tête de bélier, ainsi qu’un antéfixe à tête humaine y ont été également découverts. Le secteur résidentiel a été localisé à proximité de l’angle nord-est de l’emprise de fouille. Les autres structures correspondent à du parcellaire, des systèmes de drainage et des traces agraires. Les différents espaces extérieurs mis au jour étaient voués à l’agriculture et à l’élevage (présence de caprinae, de porcs et de petits chevaux). Des activités artisanales y ont été aussi identifiées (travail des textiles, exploitation des étuis cornés, fumage de la viande). Aucune infrastructure liée à la production de poterie n’a été mise au jour sur l’emprise de fouille. Toutefois, la présence de fours de potiers contemporains de cette première phase d’occupation dans la parcelle voisine lors du diagnostic et la découverte lors de la fouille de moules à sigillées laissent supposer que la production de céramique faisait partie des spécialités de la propriété.

 

Entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle (phase 2), de nouveaux aménagements apparaissent. S’agit-il du même établissement avec un développement situé hors de la parcelle étudiée durant le troisième quart du Ier siècle ? Ou alors s’agit-il d’une nouvelle implantation ? Les vestiges archéologiques retrouvés ne correspondent qu’à deux dépendances artisanales, quelques drains et fosses dépotoirs, soit probablement une infime partie de l’exploitation. L’élevage est toujours attesté sur place (caprinae, basse-cour), les peaux de chèvres sont récupérées. Deux secteurs de cuisson de la céramique ont été mis au jour. Le premier, situé au sud-ouest, est mal conservé, les maçonneries des fours ont été récupérées. Le deuxième, au sud-est, est très bien conservé. Il est constitué de deux petits fours circulaires avec une fosse de travail commune. L’abondant mobilier céramique découvert dans ces structures témoigne d’une production sur place de céramiques communes et d’amphores.

 

L’occupation antique perdure au cours de la première moitié du IIe siècle entre 110 et 150 (phase 3).

 

Seulement deux aménagements ont été attribués à cette phase. Il s’agit d’un édifice semi-excavé dont la fonction est indéterminée, ainsi que d’une structure destinée au stockage ou à la préparation de l’argile.

Entre 150 et 170 (phase 4), l’espace est restructuré avec l’apparition d’une nouvelle voie, orientée nord-sud.

 

Elle pourrait desservir le centre supposé de l’agglomération antique, dont la proximité se fait ressentir, notamment avec le rapprochement d’activités spécialisées comme la boucherie. Les vestiges archéologiques découverts semblent correspondre à un établissement agropastoral et artisanal situé en marge de l’agglomération, probablement délimité à l’est par la voie. L’élevage est attesté sur place (porc, caprinae). La partie de l’exploitation mise au jour s’organise autour d’un vaste espace constitué de terre végétale (cour ? jardins ? prés ?).

 

Il est bordé au nord par un vaste édifice dont la vocation est probablement résidentielle et à l’est et à l’ouest par des ateliers de potiers.

 

Seule la façade sud du probable ensemble résidentiel se trouvait dans l’emprise de fouille. Le plan semble correspondre à une galerie de façade encadrée de deux pavillons d’angle. Le pavillon est comporte une cave dans laquelle ont été mis au rebut de nombreux fragments d’enduits peints. Devant la façade de cet édifice, différents aménagements (fosses de plantation, sépultures de périnataux isolées) ont été découverts. Un espace funéraire regroupant des sépultures de périnataux et recouvert par la suite d’un tertre a été aménagé plus au sud dans la cour. L’atelier est occupe une surface d’environ 465 m² et comporte un ensemble de bâtiments organisés autour d’un grand four à sigillées. Différents espaces ont été identifiés comme le stockage de l’argile, le tournage et très probablement l’engobage. L’atelier ouest occupe une surface d’environ 220 m². Il est constitué d’au moins trois ailes se développant autour d’un petit patio. Les ailes est et sud abritaient des tours de potiers alors que l’aile ouest était consacrée à la cuisson avec la présence de deux fours. Les productions réalisées sur place et identifiées comprennent essentiellement des assiettes (L054/056, Drag.36), des coupelles (Drag.27, Drag.33, Drag. 35) et des coupes (Drag.30, Drag.37).

 

Il faut ensuite attendre la fin du IVe siècle pour voir apparaître un nouvel établissement dans la zone fouillée.

 

Ce dernier se développe entre la fin du IVe et le Ve siècle (phase 5). Les vestiges découverts correspondent à un parcellaire qui a été organisé et axé selon la voie construite au cours de la seconde moitié du IIe siècle et qui est toujours en fonction dans l’Antiquité tardive. Les traces de plusieurs bâtiments en matériaux périssables ainsi que des structures hydrauliques et des niveaux de circulation ont été mis au jour. Quelques activités comme la métallurgie (fer et alliages cuivreux) et l’élevage ont été identifiées. Les dépotoirs domestiques ont livré des ensembles de céramiques présentant une grande variété de productions essentiellement locales. Aucun indice de production de céramique au sein de l’établissement n’a été mis au jour.

 

L’occupation des lieux perdure jusqu’au VIIe siècle (phase 6). Toutefois, les niveaux archéologiques du début du haut Moyen Âge sont difficilement perceptibles en raison de la nature du sédiment. Seules une fosse et une sépulture peuvent être rattachées avec certitude à cette phase. L’important lot de tessons de poteries datés du VIe et du VIIe siècle laisse cependant supposer que l’importance de l’occupation des lieux à cette époque n’a pas été complètement perçue.

 

Une exploitation ago-pastorale et artisanale s’installe sur le site aux XIIIe et XIVe siècles. Elle est constituée d’un vaste enclos dont une des extrémités est accolée à un édifice maçonné semi-excavé en eau. Un dispositif hydraulique était peut-être destiné à des activités artisanales non identifiées (rouissage, tannerie… ?). Le mobilier céramique, assez riche et varié (cuviers, bassins, poêlon, jattes, pots, marmites, cruches, pichets, jarres, bouteille à eau bénite) évoque un site d’habitat. Les activités artisanales semblent essentiellement tournées vers l’exploitation de la matière animale (stockage de peaux de chèvres et de moutons en vue d’un traitement du cuir, production de textiles…). La structuration de l’espace (enclos) et la présence d’auge alimentées en eau évoquent des espaces de pâtures. L’élevage des caprins est probable, celui des bovins est attesté.

 

Quelques rares structures apparaissent également au XVe siècle et XVIe siècle, ce qui laisse supposer que l’occupation des lieux perdure au cours de l’Époque moderne mais peut-être avec un développement essentiellement situé en dehors de l’emprise de fouille. L’édifice maçonné médiéval est récupéré entre le XVIIe et le XVIIIe siècle.

 

La fouille archéologique a donc permis de mettre en évidence l’évolution, depuis le début de l’Antiquité, d’un secteur de la commune de Lezoux essentiellement voué aux pratiques agropastorales. Elle a apporté de nombreuses informations relatives à l’organisation des ateliers de potiers antiques du groupe des Saint-Jean, ainsi qu’à la chaîne opératoire de la céramique et à la diversité des productions.


Cyril Driard, novembre 2017.