Lieusaint (77) – ZAC de la Pyramide, lot E2, zone B

Lieusaint (77) – ZAC de la Pyramide, lot E2, zone B

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

8 juin - 26 août 2015

Fouille préventive

Hallstatt, Hallstatt D, La Tène D, moderne, contemporain

DATE : 8 juin - 26 août 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Hallstatt, Hallstatt D, La Tène D, moderne, contemporain

L’opération a débuté le 8 juin et s’est achevée le 26 août 2015, elle a porté sur 28 768 m2. Quatre principales phases d’occupations ont pu être caractérisées : un village de la fin du Hallstatt D3 au sud- ouest, l’angle d’un enclos de La Tène D et son parcellaire au nord, des fossés de drainage appartenant à un grand ensemble de la période moderne et un réseau de drain en terre cuite du XIX e s.

Le Hallstatt

La répartition des structures hallstattiennes, les éléments de datation et les fouilles périphériques conduisent à définir deux types d’occupation dans l’emprise de fouille : une palissade enserrant des bâtiments avec peut-être quelques vestiges périphériques liés (puits, fosses) et autour des vestiges moins nombreux (environ 50) et très dispersés, sans organisation apparente.

Un village palissadé

Les éléments de datation sont rares mais l’ensemble daterait du Hallstatt D voire D2/D3.

La palissade identifiée par des trous de poteau dessine un L ouvert vers le nord-ouest avec un angle quasiment droit (99°) au sud-est, le côté sud a été reconnu sur 60 m de long et le côté est sur 70 m de long au maximum. À l’ouest, un retour n’est pas à exclure (il a pu être détruit par un fossé moderne ou se développe hors emprise) ; aucun alignement de trous de poteau ne se manifeste de palissade au nord. Des vides apparaissent par endroit, ils peuvent être dûs à des interruptions volontaires pour ménager de simples entrées ou à la difficulté de lecture du terrain et l’arasement des structures. L’espace ainsi défini forme un quadrilatère ouvert sur deux côtés d’environ 4 400 m2 qui encadre 10 bâtiments, quelques fosses et deux silos.

D’après leurs caractéristiques et les comparaisons avec les résultats des fouilles périphériques, sur les 11 bâtiments identifiés, 7 seraient des greniers et donc 4 des bâtiments d’habitation. La présence d’une nappe phréatique peu profonde explique la rareté des silos et la prédominance des greniers, seuls à même de préserver les récoltes. La plupart des bâtiments sont proches du tronçon est et perpendiculaires ou parallèles à celui-ci. Une association habitation/grenier est visible dans certains cas, peut-être pour former des unités domestiques indépendantes. Au contraire, d’autres greniers sont isolés au sud-ouest, peut-être pour un usage collectif.

Il s’agit donc d’un petit village, d’au moins trois habitations distinctes et délimité par une palissade d’environ 4 200 m2. Même si aucun élément mobilier ne permet de le confirmer, la vocation agricole est probable.

Un village délimité par une palissade représente un mode d’occupation original dans ce secteur où seulement deux autres exemples comparables sont connus alors que les sites ouverts du Hallstatt final sont très nombreux. Leur vocation agro-pastorale est certaine. Cette forte densité peut donc s’expliquer par le déplacement des populations au fur-et-à mesure de l’épuisement des terres agricoles. Toutefois, les opérations de fouille ne nous permettent d’accéder que partiellement à certains sites et la compréhension générale en est de fait plus ardue. Le dynamisme de l’occupation est certain et dans ce contexte la présence d’un village palissadé interpelle. S’agit-il d’un mode d’habitat ostentatoire ou d’une manière de marquer sa différence par rapport aux nombreuses occupations ouvertes avoisinantes ?

Une occupation dispersée

Autour de la palissade, de nombreuses structures (trous de poteau, fosses, silos) se dispersent au sein de l’emprise. Elles ne sont pas toutes bien datées mais l’ensemble pourrait être attribué à la transition Hallstatt D1-D2. Ces vestiges peuvent correspondre à un habitat antérieur ou postérieur et indépendant du village. Il peut également s’agir des marges d’une occupation plus structurée mais non reconnue se développant hors emprise à l’est ou bien liée aux vestiges périphériques (bâtiments, grenier, puits et fosses) se présentant au nord (fouilles A. Viand).

Le rare mobilier (faune et céramique) de ces deux ensembles correspond à une occupation domestique, ne présentant pas de grande différence avec les fouilles voisines. Les prélèvements carpologiques réalisés dans les structures du village et l’étude des bois contenus dans les puits révèlent un milieu ouvert, fortement impacté par les activités humaines. Le milieu était donc ouvert mais associé à des forêts (bouleau, chêne, merisier) ainsi qu’à des espaces humides. Les céréales présentes (blé vêtu, orge et millet commun) sont traditionnellement cultivées en Île-de-France.

Une ferme de La Tène finale

Au nord de notre emprise, A. Viand en 2002 (Lot E1 de de la Pyramide) a fouillé un enclos daté de La Tène D dont seul l’angle sud-est se situe dans notre fouille. Nous avons découvert quelques fosses et trous de poteau au sein de l’enclos ainsi que des fossés parcellaires, des trous de poteau et des fosses hors de la ferme. La fouille des fossés d’enclos n’a apporté que peu d’informations par rapport à la fouille d’A. Viand. On note la rareté du mobilier malgré les nombreux sondages effectués. Un parcellaire fossoyé, dessinant une trame orthonormée reprend les axes des fossés d’enclos. Reprenant le sens naturel de la pente, ils ont sans doute une vocation drainante et liée à la ferme. Il peut ainsi définir un terroir mis en valeur et cultivé. Le milieu bien que boisé et en partie ouvert était également humide.

Un réseau fossoyé moderne

La période moderne est marquée par le creusement de fossés qui sont discordants d’avec les données du cadastre napoléonien (1808) et donc probablement antérieurs. Le réseau identifié est lié à celui fouillé par A. Viand au nord-ouest et à l’ouest ( fig. 340 ). Ainsi, deux grands fossés orientés du sud au nord et traversant chacun une mare rejoignent un large fossé au nord et orienté ouest. Au sein de notre emprise, des fossés de plus petites tailles quadrillent l’emprise en reprenant les mêmes axes avec des pentes orientées soit au nord soit vers l’est. Tous ces fossés dessinent un réseau orthonormé orienté selon la pente dans un but de drainage et de mise en valeur de ce terroir pour les cultures ou l’élevage. La présence de mares étant un indice en faveur de l’abreuvement de troupeau.

Les drains contemporains

Un drainage en épi constitué de tuyaux en terre cuite juxtaposés et enterrés à plus de 0,30 m de profondeur a été mis en place au XIX e s., d’après un plan de 1871 ( fig. 340 ). Le réseau est orienté vers le nord, dans la direction du ru des Hauldres, probablement destiné à recevoir les eaux de drainage.


Benoît Pescher, août 2017.