Ligné (44) – Croix-Douillard

Ligné (44) – Croix-Douillard

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

29 juin - 14 août 2015

Fouille préventive

Moyen Âge, Époque moderne.

DATE : 29 juin - 14 août 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, Époque moderne.

La fouille du site de La Croix-Douillard à Ligné durant l’été 2015 a fait suite à un diagnostic réalisé par J. Cornec (Inrap). Ce dernier a livré des structures témoignant d’une occupation des XIII e et XIV e siècles. Au total, ce sont 206 structures archéologiques qui ont été observées. La fouille a permis de distinguer parmi celles-ci 14 éléments non-anthropiques (dont 13 chablis et une mare) et 192 structures d’origine anthropique.

La Croix-Douillard est située à quelques centaines de mètres à l’est du cœur du bourg médiéval et de l’église reconstruite au XIX e siècle. Sa première fondation remonterait au IV e siècle (Durand 1946 : 38) tout comme la création de la paroisse de Ligné. Après destruction de l’église au IX e siècle, Ligné deviendrait cure-prieuré au XIII e siècle ; en découle la construction de la chapelle Saint-Mathurin.

Le village est cité dans les textes en 1123 (Maitre 1899 : 32) mais des locutions plus anciennes témoignent de Ligné. D’après J.-M. Cassagne (Cassagne 2002: 157), Ligné est l’héritière de l’ancienne Lemniacum ou Villa Lemnii. L. Maitre (Maitre 1899 : 32) donne une variante de ces noms : une villa aurait été fondée par Linius ou Licinius d’où est venu le nom de Liniacum ou Lingiacum. L’occupation antique est connue grâce au diagnostic mené à La Perreterie (Cornec 2008 : 49) à proximité de l’église de Ligné.

À La Croix-Douillard, la première installation reconnue lors de la fouille remonte au plus tôt au XII e siècle et semble être ex-nihilo. Cette implantation dans un secteur encore inoccupé est courante dans l’Ouest de la France à l’époque médiévale (Valais 2012c : 25).

La première occupation reconnue à La Croix-Douillard témoigne d’un secteur à la fois dédié à l’agriculture et aux productions domestiques. Des structures de stockage, silos et petits bâtiments sur poteaux, côtoient quelques structures de production domestique liées au feu (fumoir, grillage ?). Ces aménagements prennent place au sein d’un réseau de fosses et fossés, peut-être destinés à protéger l’occupation de l’eau. Dans ce cas, nous n’avons probablement qu’un témoignage partiel d’une occupation devant être bien plus vaste, composée à la fois de structures de production et de grands champs mis en culture. De cette dernière, ne subsistent que des graines contenues dans un silo. Elles ont permis d’identifier une céréale : le blé nu (Triticum aestivum/durum/turgidum), peut-être du blé froment (Triticum aestivum). La nature de l’occupation peut être précisée par la céramique même si découverte en faible quantité sur le site. Se démarque tout de même un type de plats, les « tèles à lait », utiles à la préparation des laitages. Leur présence pourrait témoigner d’une autre activité tournée vers l’élevage jusqu’au XIV e siècle. Un cheptel serait alors élevé à La Croix-Douillard mais aucun reste faunique n’en témoigne.

L’abandon ou le déplacement de cette occupation est peut-être dû tant à sa position en bas de pente, soumise aux aléas climatiques qu’à la faible durée de l’occupation généralisée à cette époque. Au XV e siècle, le secteur est réoccupé à quelques centaines de mètres, soit sans interruption, soit après un hiatus de quelques décennies.

Cette seconde occupation englobe un habitat et quelques structures de production domestique et agricole. Au vu de la faible quantité de ces dernières, il peut s’agir ici d’un habitat agricole « ordinaire ». F. Guérin (Guérin 2012 : 77) décrit les habitats « ordinaires » du nord-ouest de la France comme relativement modestes et ne comprenant que quelques bâtiments et peu d’éléments à finalité domestique et agricole. La Croix-Douillard s’inscrit dans cette définition même si un statut d’habitat agricole aux fonctions artisanales ne peut être totalement exclu. Toutefois, l’absence de mobilier ne penche pas en faveur de cette seconde hypothèse.

La zone supposée d’habitat, s’étendant sur moins de 300 m2, est composée de deux bâtiments, l’un à deux nefs et l’autre possiblement à abside. Ils sont accompagnés au-delà d’un fossé de deux petits bâtiments sur poteaux, peut-être des greniers ou des fenils. Dans cet environnement de bas de pente, le bâtiment sur poteaux est plus adapté pour la conservation des grains que les silos. Cette zone d’habitat est complétée d’un puits maçonné, situé plus au sud, en milieu de pente. Les comblements supérieurs sont datés du xve siècle mais les premiers niveaux d’utilisation n’ont pas été atteints. Des fossés protègent cette zone, à l’avant pour recueillir le ruissellement de l’eau et sur le côté est, peut-être pour lutter contre les vents.

Parallèlement, on peut noter une production domestique et peut-être des activités agro-pastorales. Une structure de combustion, typologiquement assimilée à un four de potier, connu sur d’autres sites de l’Ouest de la France (Valais 2001 : 206), prend place à quelques dizaines de mètres de l’habitat. L’absence de tessonnière ne confirme toutefois pas cette fonction. Ce four est ceint par un enclos créant une zone fossoyée de grande envergure, peut-être destinée à protéger d’autres activités de ce type. Un second enclos est similaire à ceux contenant le bétail mais les analyses des phosphores n’abondent pas dans ce sens, l’érosion des sols ne permet toutefois aucune affirmation.

Au XV e siècle, le mobilier céramique n’est plus représenté par des plats mais par des récipients de table, pichets et gobelets. Le taux de traces d’exposition au feu s’en trouve ainsi diminué. Cela pourrait être dû à un changement de fonction du site qui ne valoriserait plus la confection de laitages. La majorité des céramiques découvertes sont inconnues dans l’agglomération nantaise et sont certainement des productions locales. Quelques-unes témoignent d’un export de Laval, de Normandie et de Sarthe.

L’abandon de cette seconde occupation ne semble pas lié à un élément marquant. La présence du site en bas de pente a peut-être conduit, malgré les fossés et fosses de rétention d’eau au déplacement du site dans un endroit moins sujet aux inondations. L’abandon de ce site pourrait éventuellement être dû à un changement seigneurial ou ecclésiastique mais dont la réalité n’a été perçue ni en fouille, ni dans les textes.

L’objet de la prescription était « la fouille des vestiges médiévaux (ferme ?), représentés par des structures en creux (fossés, fosses, trous de poteau, etc.) et localement par des niveaux en place, plus ou moins remaniés, associés à des empierrements ». La fouille a permis de caractériser l’occupation de La Croix- Douillard dès le XII e et jusqu’au XV e siècle. Elle est tournée jusqu’au XIV e siècle vers les productions agricole et domestique supposant sa situation périphérique par rapport au bourg de Ligné même si à proximité d’une voie de communication importante. Puis, ce secteur devient au XV e siècle le cœur d’un habitat peut-être associé à des cultures et à l’élevage et toujours situé en-dehors du village. En revanche, les empierrements ainsi que les niveaux de sol entrevus lors du diagnostic se sont révélés être des comblements de structure ou de dépression et non une réelle stratigraphie en milieu rural. Les éléments rencontrés lors de la fouille n’ont pas permis non plus de reconnaître une ferme, mais plutôt des éléments d’une exploitation rurale dont une (grande ?) partie échappe à notre connaissance.


Érica Gaugé, mars 2017.