Ligné (44) – La Perretterie

Ligné (44) – La Perretterie

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

24 avril – 21 juillet 2017

Fouille préventive

Antiquité, Moyen Âge, époque Moderne

DATE : 24 avril – 21 juillet 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité, Moyen Âge, époque Moderne

Les fouilles menées sur le site de La Perretterie à Ligné (Loire-Atlantique) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Florian Sarreste. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement d’un lotissement par CM-CIC Aménagement Foncier. L’emprise prescrite correspond à une parcelle d’environ 7 000 m² localisée entre le cœur du bourg historique et un lotissement des années 1980. Les parcelles concernées sont situées sur le versant nord d’un léger promontoire sur lequel sont installées l’église et la partie ancienne du village. Le terrain est marqué par une nette déclivité allant du sud-ouest vers le nord-est.

 

Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour les vestiges d’occupation continue allant du début de l’époque romaine à l’époque contemporaine. L’installation la plus ancienne appartient à une portion d’un établissement rural créé au début du Ier siècle ap. J.-C. Il est caractérisé par un vaste enclos fossoyé disposant d’au moins deux ouvertures, l’une à l’est et l’autre au nord. Des surcreusements ponctuels servent peut-être à stocker les eaux de ruissellement. Le plus important a été reconnu à l’angle nord-est de l’enclos (citerne). La partie interne de l’enclos est subdivisée par des fossés mais aucun autre aménagement antique n’y a été reconnu.

 

Le fossé septentrional est remplacé dans la seconde moitié du Ier siècle par un mur de clôture maçonné. Une simple interruption marque alors l’accès au nord, légèrement décalé de celui de l’état précédent. Cette entrée est par la suite doublée d’un porche de plan carré situé à quelques mètres à l’est (Fig. 1). Les fondations de cet édifice, larges et profondes, et la présence d’une longue pièce étroite pouvant correspondre à une cage d’escalier laissent supposer l’existence d’au moins un étage et permettent de proposer une construction imposante et ostentatoire (tour-porche).

 

À l’extérieur de l’aire enclose se trouve une vaste construction de 15 par 14 m (Fig. 2). Son plan correspond à celui d’une grange plurifonctionnelle à pavillons d’angle, modèle standardisé d’annexe agricole reconnu à des centaines d’exemplaires par photographie aérienne dans les campagnes de Gaule romaine (Fig. 3). Le spécimen de Ligné présente plusieurs particularités qui en font un cas unique. Il est notamment pourvu d’une petite salle chauffée par hypocauste. Un second foyer aménagé dans une abside adossée à la façade du bâtiment renforce l’image d’une production liée au feu (Fig. 4). Ces constructions sont particulièrement soignées (murs parementés, radiers, sols de mortier ou de béton, dallage en tuiles). L’hypothèse de structures vouées aux productions agricoles est pour l’instant retenue. La pièce chauffée pourrait ainsi correspondre à un séchoir pour les grains ou un fumoir pour les viandes. L’étude des données récoltées se poursuit actuellement et permettra à terme d’affiner l’interprétation de ces aménagements. Les vestiges repérés pour la période romaine appartiennent très probablement à une villa dont la partie résidentielle doit se trouver au sud du mur de clôture mais hors de l’emprise fouillée, sans doute au sud-ouest, sous le centre du bourg actuel de Ligné. Bien que le mobilier datant fasse défaut on peut assurer que l’occupation du site se poursuit durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge. Un nouveau parcellaire vient ainsi se superposer à celui du Haut-Empire. Son orientation est divergente mais il respecte la grange et il est relié à la fosse de travail de l’installation de chauffe. Comme pour l’état précédant, une citerne est aménagée à l’angle nord-est de la parcelle afin de stocker les eaux drainées par les fossés.

 

Durant le haut Moyen Âge un dispositif défensif vient enserrer le sommet de la butte sur laquelle est installé le bourg et avant lui la probable pars urbana antique. Ce système est composé d’un large fossé curviligne à l’est et de deux fossés doublés de talus à l’ouest. Cette enceinte semble avoir été en fonction durant plusieurs siècles. Si la section orientale est définitivement comblée au plus tard durant le XIe siècle, la partie occidentale a pu perdurer jusqu’au Moyen Âge central. Un bâtiment sur fondations de pierre et trois sépultures pourraient être contemporaines de cette fortification.

 

C’est peut-être à la fin de la période médiévale qu’est mis en place le parcellaire le plus récent. Celui-ci reprend l’orientation de l’enclos du Haut-Empire. Ses fossés ont été régulièrement curés et recreusés et ce jusqu’au milieu du XXe siècle environ. Là-aussi, une section large et profonde de plus de 1,80 m placée au point le plus bas sert de citerne et/ou d’abreuvoir. Ces limites, encore visibles sur le cadastre de 1822, pourraient être mises en relation avec les deux manoirs qui encadrent la zone fouillée : La Guitonnière, au nord, et La Perretterie, au sud. Une concentration de plusieurs fosses contenant des dépôts de carcasses complètes d’animaux (bœuf, porc, cheval et chien), le plus souvent morts jeunes, a été repérée au centre de l’aire décapée. Ces dépôts sont datés a priori de l’époque moderne et pourraient également être rapprochés de l’occupation du manoir de La Perretterie.

 

Les études de mobilier et surtout les analyses prévues dans les mois qui viennent apporteront de nouveaux éléments permettant d’affiner notre compréhension des occupations successives repérées en marge du bourg de Ligné.


Florian Sarreste, juillet 2017