L’Isle-Jourdain (32) − Fontaine

L’Isle-Jourdain (32) − Fontaine

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

30 octobre - 15 décembre 2017

Fouille préventive

Antiquité

DATE : 30 octobre - 15 décembre 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité

Les fouilles menées sur le site de Fontaine (parcelle BL 212) à l’Isle-Jourdain ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Simon Girond. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement par le département du Gers d’un rond point sur la RD 246, au niveau de l’accès au 22e Collège gersois. Les investigations archéologiques, menées sur une surface d’environ 2000 m² ont mis au jour plusieurs structures de natures différentes — viaire, funéraire, religieuse, artisanale —, témoignant de l’occupation et de l’organisation de ce secteur au cours du Haut-Empire et de l’Antiquité tardive. La zone étudiée se situait alors en marge d’une agglomération implantée sur le tracé de la voie Toulouse-Bordeaux, et qui correspondait probablement à la mutatio Bucconis mentionnée par l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem.

 

Ainsi, la fenêtre de fouille est séparée en deux par une petite voie secondaire d’axe sud-ouest/nord-est. Il s’agit d’un chemin en creux, empierré et bordé par des fossés latéraux peu profonds. Il a été sans doute aménagé dès le début de l’époque romaine et il a été fréquenté et entretenu au moins jusqu’au IVe siècle de notre ère.

 

Sur le flanc oriental de cet axe se développait, durant le Haut-Empire, un espace funéraire dont ne demeuraient que des vestiges très arasés. Au sud-ouest, les reliquats de fondations d’un probable monument funéraire étaient associés à un dépôt des résidus d’une crémation très mal conservée. Directement au nord-est, deux enclos funéraires fossoyés, de plan quadrangulaire, étaient alignés sur l’axe de la voie. Les fossés ont servi de réceptacle à un abondant mobilier (céramiques, verres, amphores, faune), relatif probablement à l’occupation de ces enclos à l’occasion des funérailles et de leur commémoration. Approximativement au centre du premier enclos, un reliquat d’un dépôt des résidus d’une crémation a été mis au jour. Dans un second temps de l’occupation de cette zone, l’installation d’un bûcher en fosse est venu recouper l’angle ouest de ce même enclos. Au sein du second, un autre bûcher en fosse a été découvert. Ces deux structures funéraires pourraient s’apparenter à des tombes-bûchers. En effet,la majeure partie des ossements conservés avait été rassemblée au sein d’un surcreusement au fond du bûcher et recouvert d’un dépôt constitué de récipients en verre et en céramique. L’étude anthropologique permettra de déterminer la nature exacte de la structure.

 

Au même niveau que le second enclos, de l’autre côté de la voie, les sorties de fondations en briques d’un édicule rectangulaire (environ 4 x 2 m) étaient également orientées selon l’axe directeur du secteur. Aucune élévation n’était conservée mais, directement au nord du bâtiment, une vaste fosse contenait une grande partie des décombres issus, sans doute, de sa destruction. Parmi un amoncellement de briques, ont été retrouvés plusieurs fragments d’éléments sculptés en calcaire, issus du décor de l’édicule (pilastre, chapiteau, moellons…), mais aussi de pièces statuaires (bas-reliefs et ronde-bosse). Le fragment principal, issue d’une statuette, correspond à la représentation d’un probable dieu, debout, nu, tenant contre son flanc, de la main gauche, un attribut, et dont le bras droit, brisé au niveau de l’épaule, était sans doute tendu vers le haut. L’ensemble de ces découvertes nous conduit à identifier l’édicule comme un lieu de culte du Haut-Empire. Un niveau d’occupation présentant une densité remarquable de fragments de récipients en céramique et en verre a été étudié à l’extérieur du bâtiment, au pied de sa façade méridionale.

 

Toujours à l’ouest de la voie, une petite zone située à une vingtaine de mètres au sud-ouest de l’édicule semble avoir été occupée par des artisans des métaux (alliages cuivreux, fer, plomb ?). Un foyer en fosse et plusieurs zones de rejets ont été mis au jour. Dans l’attente de l’étude du mobilier, il est encore délicat de dater cette activité (au cours de l’Antiquité tardive ?). D’une manière générale, le quart sud-ouest de l’emprise de fouille semble avoir fait l’objet d’un investissement et, peut-être de réaménagements au cours de l’Antiquité tardive. En dehors de l’axe viaire, cette période est principalement caractérisée par l’installation de niveaux de circulation sommaires, comprenant un abondant mobilier.

 

Les études du mobilier ainsi que l’analyse des données récoltées se poursuivent actuellement et permettront d’affiner nos connaissances et nos interprétations sur l’évolution chronologique et spatiale de l’occupation, sur la caractérisation des différentes structures et aussi sur les rituels qui se sont déroulés au sein de l’espace funéraire et autour de l’édicule cultuel.


Simon Girond, décembre 2017.