Mably (42) ‒ ZAC de Bonvert, Avenue Barthélémy Thimonier

Mably (42) ‒ ZAC de Bonvert, Avenue Barthélémy Thimonier

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

22 avril - 28 juin 2013

Fouille préventive

Protohistoire, Antiquité, Haut-Empire, Époque industrielle.

DATE : 22 avril - 28 juin 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, Antiquité, Haut-Empire, Époque industrielle.

Suite à l’extension de la Z.I. de Bonvert, une fouille archéologique a été effectuée par le bureau d’études Éveha sur une surface de 3 600 m2, entre le 22 avril et le 28 juin 2013. Le lieu-dit Bonvert, située en périphérie reculée de l’agglomération de Roanne – Rodumna, est circonscrit dans un secteur qui a depuis longtemps montré de nombreux indices d’occupation d’époque gallo- romaine.

Les résultats de l’opération archéologique attestent de la présence d’une industrie lithique attribuable à la fin du Paléolithique supérieur dont l’origine ne peut être déterminée. Ce mobilier isolé peut présager de la présence à proximité d’un site contemporain structuré. La fréquentation du site durant la Protohistoire est perceptible au travers de petits lots de mobilier céramique découverts sous forme d’épandages de surface ou au sein de structures en creux de type fosse. Les données sont toutefois suffisantes pour proposer leur rattachement à un faciès chronologique large couvrant la fin du premier âge du Fer, soit la période du Hallstatt D3-La Tène A. Il constitue une découverte aux caractères inédit pour cette époque dans la région.

La fouille a permis la découverte d’un vaste ensemble funéraire gallo-romain utilisé durant les trois premiers siècles de notre ère. Il est reconnu sur l’ensemble de la parcelle, des fossés matérialisant les limites nord et sud de la nécropole. Le corpus analysé se compose de soixante- trois structures funéraires. Parmi celles-ci, seules quarante ont pu être identifiées de manière sûre : ce sont trente-trois dépôts secondaires de crémations et sept inhumations. Parmi les vingt-trois structures indéterminées, on peut lister quinze éventuels dépôts secondaires en pleine terre, trois possibles dépôts secondaires en ossuaire, et trois structures dont on ne sait pas s’il s’agit de dépôts secondaires ou de dépôts d’offrandes. Enfin, deux structures peuvent éventuellement correspondre à des bûchers, mais leur identification n’est pas assurée.

Différents noyaux d’implantation se développent au sud du fossé délimitant l’espace funéraire. Deux sont uniquement constitués de structures liées à la pratique de la crémation (ensembles funéraires A et C), deux autres sont composés de crémations et d’inhumations (enclos B et E). Les dépôts de crémation peuvent être placés à l’intérieur d’un vase céramique, lui-même recouvert par un couvercle tandis que d’autres font l’objet d’un dépôt directement sur le fond de fosse et sont recouverts également d’un vase en céramique. Les inhumations forment un ensemble homogène pour lequel des indices suggérant l’utilisation de cercueil ont été observés dans la plupart des cas. Les défunts peuvent être accompagnés d’offrandes comme l’indique la présence de vase en céramique, de monnaie…

De nombreux indices tels que le recreusement de quelques tombes, afin d’y placer un nouveau dépôt (ossuaire, offrandes), ou encore la quasi-absence de recoupement dans une zone très dense en structures (ensemble A) suggèrent fortement que l’emplacement précis des sépultures était connu. Plusieurs fosses ont livré des offrandes pour lesquelles aucun ossuaire associé n’a été observé. Pour l’une, recreusée dans le comblement d’une fosse accueillant déjà un dépôt de crémation en ossuaire, il est vraisemblable de penser qu’un nouveau dépôt soit lié à une cérémonie commémorative.

Deux édicules quadrangulaires aménagés sur des soubassements de silex et une petite construction maçonnée de bloc de calcaire sont installés en bordure du fossé sud (enclos B et C). Une utilisation comme marqueur de tombe peut être proposée pour ces aménagements puisque la présence de tombes à incinération est attestée dans le centre ou dans l’environnement immédiat de ces structures.

Le groupement de structures D a été mis en évidence et fouillé en partie lors de l’opération de diagnostic (Georges 2006). Il a fait l’objet d’observations et de fouilles complémentaires en 2013. L’installation D est difficile à restituer, il semblerait toutefois qu’un ensemble de cinq structures, dont une inhumation et deux hypothétiques bûchers funéraires, s’installe autour d’un édifice quadrangulaire de 3 x 4 m.

Du point de vue du petit mobilier, le faciès est quasiment uniquement funéraire et correspond majoritairement à des dépôts secondaires liés aux incinérations ainsi qu’à l’assemblage des cercueils ou des structures de combustion. L’instrumentum provenant du fossé nord, dont notamment un lot de figurines en céramique plombifère, présente des traces d’exposition au feu et semble pouvoir être attribué à un rejet intervenant après la fin de la crémation. Il convient aussi de signaler la découverte de deux objets à proximité d’une urne et n’entrant pas dans les typologies connues.

Le lot en verre, assez homogène, est majoritairement datés entre la seconde moitié du I er s. ap. J.-C. et le début du II e s. Les types représentés appartiennent à des séries standardisées et diffusées de manière fréquente dans les provinces occidentales de l’Empire romain. Une importante partie semble correspondre à des productions issues des ateliers lyonnais de la montée de la Butte et de la Manutention Militaire, ou d’Avenches en Suisse.

La céramique mise au jour en association avec les structures funéraires s’est avérée très abondante avec plus de 12 000 fragments et plus de 700 vases. La très grande majorité porte les traces d’un passage au feu et a vraisemblablement été déposée sur le bûcher avec le corps. Malgré les dégâts occasionnés par leur crémation, plusieurs vases ont pu être remontés dans leur intégralité ou peu s’en faut. La vaisselle de présentation en sigillée apparaît de loin comme la plus nombreuse, fréquemment associée à des cruches et des assiettes à pâte claire, plus rarement des pots à cuire. Ces derniers constituent en revanche fréquemment le réceptacle ou l’urne renfermant les résidus issus de l’incinération.

Ces remarquables découvertes attestent ainsi de la présence d’une nécropole aux dimensions considérables immédiatement sur la marge occidentale du méandre d’Aiguilly, au lieu-dit Bonvert. Le nombre de sépultures et la longévité de l’utilisation de celles-ci témoignent d’une occupation dense du site. Cette nécropole constitue un élément supplémentaire dans l’identification de l’occupation du secteur comme une grande aire d’habitat sur le territoire ségusiave. Un groupement potentiel d’habitats est par conséquent envisageable à 4 km au nord de Roanne-Rodumna, peut- être en lien avec un passage sur la Loire et/ou sur l’itinéraire d’Autun.


Hervé Delhoofs, juin 2015.