Mably (42) ‒ ZAC de Bonvert, Chemin du Merlin

Mably (42) ‒ ZAC de Bonvert, Chemin du Merlin

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

24 février - 30 juin 2014

Fouille préventive

Protohistoire, Antiquité, Haut-Empire, Moyen Âge, Époque industrielle.

DATE : 24 février - 30 juin 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, Antiquité, Haut-Empire, Moyen Âge, Époque industrielle.

Le diagnostic archéologique réalisé par l’Inrap sur l’emplacement de la future ZAC de Bonvert à Mably (60 ha) avait permis de découvrir de nombreux sites couvrant une chronologie particulièrement étendue, allant de La Tène ancienne à L’Époque moderne (Georges 2011). Suite à ce diagnostic, une fouille archéologique s’est déroulée entre le 22 février et le 30 juin 2014, sur une surface de 10 ha. Elle a permis de mettre au jour des vestiges archéologiques attestés depuis le IIe siècle av. J.-C. jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C., révélés par l’implantation d’une ferme gauloise et son évolution à l’époque romaine sous la forme d’une officine de potier. La période médiévale est également bien représentée, puisque la présence d’un établissement rural des Xe-XIIe siècles, vraisemblablement à vocation agricole, est attestée sur le site.

Pour la période du second âge du Fer, l’établissement rural de Mably peut se targuer d’être le premier entièrement circonscrit et fouillé en territoire ségusiave. Sa localisation à proximité immédiate au nord du village ouvert de Roanne, implanté en bordure de la Loire, prend toute son importance en raison d’une chronologie commune depuis au moins le milieu du IIe siècle avant notre ère (La Tène D1a) jusqu’à la seconde moitié du IIIe siècle de notre ère. Pour ce qui concerne la protohistoire récente, les vestiges mis au jour s’intègrent parfaitement au sein du corpus des établissements ruraux gaulois structurés par un enclos, généralement interprétés comme des propriétés à vocation première agricole et généralement à caractère familial.

Pour la période augusto-tibérienne, la fouille a permis de mettre au jour des structures liées à la pratique de la crémation, à savoir un enclos funéraire quadrangulaire de 18 m de côté, un dépôt mixte de crémation et trois structures indéterminées. L’opération de diagnostic archéologique de 2011 réalisée par l’Inrap avait permis d’observer les aménagements liés à la nécropole sans toutefois réussir à identifier l’emprise de cette dernière. Une structure avait été fouillée et interprétée comme un dépôt mixte de crémation.

La mise en place d’un réseau de fossés « orthonormé » date vraisemblablement du milieu du Ier siècle de notre ère, avec l’apparition dès les premières phases d’occupation du site antique d’un parcellaire complexe. Celui-ci semble conserver le souvenir de l’enclos gaulois, tout en prenant soin de l’intégrer au nouveau paysage rural. L’implantation du réseau parcellaire, vraisemblablement réalisé sous Tibère ou Claude, perdurera jusqu’aux dernières occupations du site.

Les vestiges antiques retrouvés dans la Pars II se rapportent à des structures artisanales liées à la production de céramique, en particulier trois fours et des fosses d’implantation de tour attenantes. Il s’agit ici d’un bel exemple de production potière regroupant les activités de façonnage et de cuisson. Malheureusement, les bâtiments destinés à accueillir et à protéger n’ont pas été appréhendés dans ce secteur de la fouille, malgré la présence d’une série de trous de poteau isolés de toute organisation architecturale. Quoi qu’il en soit, ces découvertes enrichissent de manière certaine le corpus des ateliers ligériens, notamment ceux localisés dans la région roannaise.

Au moment où l’atelier de poterie du site de la ZAC de Bonvert n’est plus en activité, les fossés parcellaires sont également abandonnés. L’abandon systématique des structures d’habitation au cours du IIe siècle, voire au début du IIIe siècle après J.-C., montre une transformation globale de l’espace. Ces structures laissent place à une occupation quasiment imperceptible mais confirmée de la première moitié du IIIe siècle ou du début de l’Antiquité tardive.

Au Moyen Âge, le mode d’occupation de ce secteur évolue à nouveau. Désormais, cette partie du territoire a une vocation agricole, plus vraisemblablement depuis la fin du VIIIe siècle. Un nombre réduit d’aménagements marque l’existence d’une occupation à la fin du haut Moyen Âge. Si ces aménagements n’ont pas permis de mettre en évidence la présence de bâtiments, l’ensemble peut correspondre à un établissement à vocation agricole. L’une de ces fosses a fait l’objet d’une datation par le radiocarbone 14, indiquant une orientation sur la seconde moitié du VIIIe siècle et le IXe siècle apr. J.-C. L’identification de fragments de torchis rubéfiés à l’intérieur de cette dernière laisse supposer l’existence d’au moins une, voire plusieurs unités d’habitation construites en terre et bois dans l’environnement immédiat de ces fosses.

Vers le début du XIe siècle, une nouvelle organisation parcellaire accompagne un établissement plus important. Cette occupation comprend également dans l’angle sud-est de la fouille un enclos quadrangulaire. L’absence de vestiges mobiliers dans le comblement de cet enclos ne permet pas de proposer une fonction particulière. Il faut signaler que la première mention d’une domus à Bonvert remonte au XIIIe siècle : « Domus de BONO VARIO juxta ripparium de Ligere et iter de Matel apud Boyssietum » (Chart. Du Forez, n° 578, p.I, n.2), tandis que l’étude du mobilier céramique montre que l’établissement de la ZAC de Bonvert, occupé au Moyen Âge central, est abandonné dès la fin du XIIIe siècle.

L’opération de fouille archéologique effectuée à l’emplacement de la future ZAC de Bonvert permet de restituer la formation d’un établissement rural gaulois privilégié. L’implantation simultanée de fossés d’enclos, de clôtures, de fosses isolées et de bâtiments sur poteaux porteurs contribue à la connaissance du paysage rural dans le territoire proche de l’agglomération ouverte gauloise de Roanne. Au cours du Ier siècle de notre ère, le secteur va subir une mutation pour devenir en partie artisanal. Il témoigne des composantes rurales représentatives de la vie sociale en périphérie de l’agglomération gauloise puis antique de Roanne-Rodumna, mais également d’un groupement potentiel d’habitats reconnu au lieu-dit « Bonvert ». La démarche pluridisciplinaire conduite sur le site de Mably a permis d’envisager l’évolution des activités humaines en relation avec leur environnement. Le modèle d’occupation de l’espace a ainsi évolué rapidement vers un système plus économique de formes bocagères – évolution qui n’est pas seulement imputable au contexte climatique. La mise en place de ces parcellaires en partie orthogonaux a pu être relayée par les élites gallo-romaines et aurait ainsi permis d’intégrer des territoires nouvellement conquis dans le cadre juridique et économique de l’Empire. Ces premières formes d’organisation agraire ont pu avoir pour fondement « la volonté d’une certaine « rationalisation » qualitative et quantitative de la mise en valeur des terres, ainsi que leur estimation foncière et/ou fiscale ».


Hervé Delhoofs, juin 2015.