Marcilly-sur-Seine (51) – La Pièce des Lièvres Phase D-1

Marcilly-sur-Seine (51) – La Pièce des Lièvres Phase D-1

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

16 juillet - 17 septembre 2018

Fouille préventive

Protohistoire ; Âge du Fer ; Antiquité romaine

DATE : 16 juillet - 17 septembre 2018

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire ; Âge du Fer ; Antiquité romaine

La fouille archéologique menée sur le site de La Pièce des Lièvres – phase D1 à Marcilly-sur-Seine (51) a été réalisée par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Florence Demarly Cresp. Elle intervient dans le cadre du projet de l’extension d’une carrière de granulats de la Société des Carrières de l’Est, Établissement Morgagni.

La totalité des terrassements concerne 24 060 m² de la parcelle cadastrale AE 23. Ce décapage a permis la mise au jour de 924 faits anthropiques et naturels (Fig. 01).

 

Ces investigations font suite au diagnostic archéologique La Pièce des Lièvres tranche 2 réalisé par G. Deborde (Inrap) en 2008, la surface étudiée était de 10 ha.

La tranche 1 de ce diagnostic avait été réalisée sur les parcelles contiguës à l’est par N. Pouget (Éveha) en 2006. Les parcelles se situant en limite septentrionale ont été diagnostiquées en 2010 par F. Langry-François (Inrap) sur un terrain de 43,7 hectares.

Plusieurs fouilles archéologiques ont été conduites sur ces parcelles. Ainsi, A. Letor (Éveha) a dirigé en 2012 la fouille La Pièce des Lièvres Zone B révélant la présence de plusieurs occupations anthropiques entre le Ve siècle avant notre ère et le IXe siècle de notre ère. En 2016, G. Cartron (Éveha) a conduit la fouille de La Pièce des Lièvres Zone C. Plusieurs installations ont été mises en évidence sur cette opération, couvrant des horizons chronologiques compris entre le Mésolithique ancien et l’époque romaine.

 

Une faible quantité de mobilier datant, notamment pour les périodes protohistoriques, a été récolté lors de la fouille. Toutefois, le traitement des prélèvements des séquences de remplissage des vestiges pourraient pallier ce manque, via des datations par le radiocarbone. De plus, en confrontant les données du diagnostic et de la fouille, plusieurs phases d’occupation anthropique du site sont d’ores et déjà mises en évidence.

Ainsi,des fragments de céramique attribuables à la transition Hallstatt final/La Tène ancienne ont été recueillis dans le comblement d’une noue.

La période de La Tène est illustrée par un fossé parcellaire alors que l’intervalle chronologique de l’âge du Fer lato sensu concerne un petit ensemble de trous de poteaux, fosses et fossé.

Il apparaît plus aisé de circonscrire l’occupation principale antique du Ier siècle. En effet, le mobilier céramique, métallique et faunique retrouvé dans les vestiges concernés est sensiblement plus abondant et mieux conservé. Cette installation principale du site suggère la pratique de diverses activités sur ce terroir : habitat, activités domestiques, activités agro-pastorales, occupation funéraire ou cultuelle.

Ainsi, plusieurs bâtiments sur poteaux ont été identifiés et associés à des fosses de stockage mises au jour à étroite proximité (Fig. 02 à Fig. 04).

Un enclos à plan en agrafe a également été dégagé (Fig. 05). Celui-ci couvre une aire de 125 m² dont 100 m² pour l’espace interne au sein duquel un bâtiment ovalaire sur poteaux en bois d’une surface de 30 m² (11 trous de poteaux ont été identifiés) a été mis en évidence. Au centre de cet espace une fosse quasi rectangulaire (2,5 m de long et 1,2 m de large) a été mise au jour. Présumant une sépulture (hypothèse basée essentiellement sur sa localisation et sa morphologie), une fouille fine de cette fosse a été engagée, malheureusement celle-ci semble avoir été curée au préalable et n’a livré aucun élément permettant de confirmer l’hypothèse.

Notons que trois fosses de rejet charbonneux ont été repérés à proximité. Celles-ci ont été fouillées avec précaution en fonction de leur potentiel funéraire. À l’issue de leur fouille manuelle à 100 %, deux d’entre elles évoquent des dépôts de rejet de crémation illustrés par la présence d’esquilles osseuses. La troisième fosse présente certes un comblement très charbonneux mais aucune esquille n’a été appréhendée lors de l’observation macroscopique du comblement. L’intégralité du remplissage de ces trois fosses a fait l’objet de prélèvements.

La fouille manuelle des segments du fossé d’enclos a révélé deux grandes séquences de remplissage, l’une évoquant la phase d’utilisation de la structure, l’autre évoquant la phase d’abandon, illustré par un comblement charbonneux présent sur une partie du fossé. Une quantité moyenne de mobilier céramique a été mise en évidence dans ce fossé avec une prédominance au sein du tronçon nord comportant la séquence de remplissage charbonneuse. Il est intéressant de noter la présence de poteaux accolés au fossé d’enclos sur sa paroi externe (Fig. 06).

L’interprétation de cette structure fait l’objet de deux hypothèses principales : vocation funéraire et/ou cultuelle ? En effet, des travaux ont présenté des exemples de sites où les espaces funéraires et cultuels coexistent ou se substituent (Castella, Meylan-Krause, 2008). L’étude du corpus céramologique pourra peut-être confirmer un rattachement à ces contextes.

Cet enclos est traversé par un fossé arasé installé postérieurement à cette occupation.

L’intégralité des vestiges a fait l’objet d’une fouille à 100 %, les noues mises en évidence sur le site ainsi que le paléochenal ont également été curés dans leur intégralité. Logs et prélèvements ont été réalisés au sein de ces différents témoignages de l’évolution de l’environnement de ce secteur.

La fouille du paléochenal a mis en évidence un niveau de tourbe préservant différents éléments organiques et permis la mise au jour d’une soixantaine de pieux et piquets en bois gorgés d’eau (Fig. 07 à Fig. 09) attribuables à plusieurs essences (notamment chêne).

Les prélèvements réalisés ont été ciblés en vue des études spécialisées ultérieures à la fouille. Un échantillonnage des dépôts organiques compris dans le niveau de tourbe (branchages, feuilles, graines, malacofaune) a été effectué (visée : malacofaune, carpologie, palynologie…). De même, des prélèvements et levé topographique des bois en place, verticaux et horizontaux, ont été réalisés.

L’aménagement repéré semble localisé sur une surface d’environ 15 m x 5 m et être orienté nord-nord-est/sud-sud-ouest, c’est à dire perpendiculairement au chenal (Fig. 10). Les différents études paléoenvironnementales et archéologiques devraient fournir des informations sur l’évolution morphologique de ce chenal et les activités humaines liées. En outre, la datation de cette installation sur pieux en bois est encore à affiner (même si une attribution à la Protohistoire est pressentie) ainsi que sa fonction, aménagement de bord de berge, activité de pêcherie ?

La chronologie d’autres vestiges, fossés, fosses et trous de poteaux, reste également à déterminer.

Castella D.(dir.), Meylan-Krause M.-F. (dir.), 2008, Topographie sacrée et rituels : le cas d’Aventicum, capitale des Helvètes, Actes du colloque international d’Avenches, 2-4 nov. 2006, Bâle, Archéologie Suisse, 349 p. (Antiqua, 43).


Florence Demarly-Cresp