Marcilly-sur-Seine (51) – La Pièce des Lièvres Zone C

Marcilly-sur-Seine (51) – La Pièce des Lièvres Zone C

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

22 août - 18 octobre 2016

Fouille préventive

Mésolithique ancien, Néolithique final, âge du Bronze, âge du Fer (La Tène), Antiquité

DATE : 22 août - 18 octobre 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Mésolithique ancien, Néolithique final, âge du Bronze, âge du Fer (La Tène), Antiquité

Les résultats d’un diagnostic réalisé en 2010 par F. Langry-François (Inrap) sur un terrain de 43,7 hectares ont motivé la prescription de trois fouilles archéologiques sur la commune de Marcilly-sur-Seine (Marne), au lieu-dit « La Pièce des Lièvres », préalablement à l’extension d’une carrière de granulats. Une première intervention a été menée en 2012 sous la direction d’A. Letor (Éveha) sur une superficie de 2,4 hectares, permettant de mettre au jour des vestiges s’échelonnant entre le Ve siècle avant J.-C. et le IXe siècle de notre ère (zone B). L’emprise fouillée par nos soins entre le 22 août et 18 octobre 2016 se trouve 500 m au sud-ouest (zone C), également en fond de vallée, à 400 m à l’ouest du cours actuel de la Seine et à 2 km au sud de la confluence de ce fleuve et de l’Aube. Longue de 200 m et large de 100 m environ, elle représente une surface de 1,70 hectares. Le substrat rencontré, parfois directement sous l’horizon de labour, correspond aux alluvions anciennes.

 

Six principales phases d’occupation ont pu être discernées au terme de cette opération. Les structures les plus anciennes sont deux fosses du premier Mésolithique appréhendées dans la partie nord-est du terrain, distantes de 5 m. L’une présente une ouverture ovalaire à son niveau d’apparition (0,80 x 0,64 m), l’autre une ouverture quasi-circulaire (0,82 x 0,79 m). Leurs parois sont sensiblement verticales et leur fond globalement plat. L’une des excavations est conservée sur 0,77 m de profondeur, l’autre sur 0,65 m. Chacune d’elles est pourvue à sa base d’un petit surcreusement circulaire en plan (0,15-0,35 m de diamètre), profond d’une quinzaine de centimètres, qui évoque un trou de poteau ou de piquet. Aucun élément de mobilier n’a été recueilli dans ces structures, bien que l’ensemble des sédiments de remplissage ait été prélevé puis tamisé en post-fouille. L’analyse au radiocarbone effectuée sur des charbons de bois renvoi pour chaque fosse au Mésolithique ancien (9470 ± 50 BP pour la datation non calibrée de l’une des excavations, à partir de charbons issus de la partie inférieure du comblement, 9230 ± 50 BP pour l’autre, à partir d’éléments extraits d’un niveau intermédiaire). Ces deux structures constituent l’un des rares témoignages de cette période dans ce secteur de la vallée de la Seine. Leur position topographique interpelle, car les vestiges de ce type – interprétés généralement comme des espaces de stockage de fruits à coque ou des pièges pour la chasse – sont ordinairement creusés en terrain sec, sur les terrasses ou le bas des versants des grandes vallées alluviales.

 

Ces deux fosses ont été mises en évidence près de trois enclos circulaires fossoyés assez mal conservés, dont le diamètre externe est compris entre 10 et 13 m. L’un d’entre eux ne subsiste que sous la forme d’un mince liseré de calcite induré. L’enclos situé une quarantaine de mètres plus à l’est, doté d’une étroite ouverture sur le côté sud-est, est mieux préservé, bien que son extrémité nord ait disparu. La largeur de ce fossé ne dépasse pas 0,75 m, sa profondeur 0,55 m. Le troisième exemplaire, localisé 39 m plus au sud, revêtait peut-être dès l’origine une forme de fer à cheval. La largeur de son fossé atteint au maximum 1,05 m à son niveau d’apparition, sa profondeur 0,50 m. Aucune sépulture n’a été découverte dans ces enclos ou dans leur périphérie immédiate. La fouille des fossés n’a en outre révélé aucun élément de mobilier. Chacune de ces structures a fait l’objet d’une analyse au radiocarbone à partir de charbons de bois. Dans le cas des deux exemplaires présents dans la partie nord du terrain, les éléments prélevés dans la partie basse de leur comblement invitent à placer cette séquence au Néolithique final (4155 ± 35 BP pour la datation non calibrée de l’un, 3825 ± 35 BP pour l’autre). En revanche, les charbons collectés dans le niveau de remplissage sommital de l’enclos sud-est seraient datables du Haut-Empire romain (1925 ± 30 BP).

 

Une construction circulaire formée de 10 trous de poteau a par ailleurs été mise au jour près de l’enclos fossoyé sud-est. Son diamètre atteint 6,50 m (surface au sol minimum : 31 m²). La plupart des trous de poteau possèdent un plan circulaire, dont le diamètre oscille entre 30 et 40 cm, tandis que leur profondeur varie entre 15 et 30 cm environ. Leur profil en coupe est plutôt homogène, puisqu’il comprend des parois quasi-verticales et un fond plat ou – plus rarement – en légère cuvette. Cette construction, qui n’a fourni aucun élément de mobilier, n’abritait pas de structure dans son aire interne. Une analyse au radiocarbone effectuée sur des charbons provenant du négatif d’un poteau permet de dater cet ensemble entre la fin du Bronze ancien et le Bronze moyen II (datation non calibrée : 3290 ± 40 BP). Il paraît difficile de déterminer si cette construction, qui ne peut être associée à aucune autre structure identifiée sur ce terrain, relève du domaine funéraire ou si elle renvoie à la sphère domestique ou cultuelle.

 

Huit fosses mises en évidence près de l’angle sud-ouest du terrain ainsi qu’un bâtiment sur quatre poteaux aménagé 25 m au nord-est constituent les seuls vestiges d’une occupation de La Tène ancienne ou moyenne. Ce groupe de fosses est creusé sur le rebord d’une grande dépression inscrite dans le substrat, dont seule la partie septentrionale a été reconnue au cours de cette opération. Le contexte géomorphologique de leur implantation, mais aussi la profondeur souvent importante atteinte par ces excavations (entre 0,90 et 1,50 m pour la plupart), ont créé un environnement favorable à la conservation de restes carpologiques dans leur comblement basal. Parmi les taxons identifiés, on notera la présence de fruits et de noix considérés comme sauvages (prunelle, mûre de ronce, noisette et sureau noir) mais aussi celle d’espèces manifestement cultivées (prune et raisin). Les trois analyses radiocarbones réalisées (deux graines et un bois) invitent à placer cette première séquence de remplissage au IVe ou au IIIe siècle avant notre ère. Le reste du mobilier se compose de quelques tessons de céramique et ossements appartenant au cheval et au bœuf. Une fourchette chronologique très proche a été obtenue sur des charbons provenant de l’un des quatre trous de poteau matérialisant une construction grossièrement rectangulaire située au nord-est, qui était peut-être utilisée – au vu de sa taille (environ 6 x 3,80 m) – comme annexe agricole.

 

La Tène finale est représentée par des éléments de parcellaire, deux petites constructions sur poteaux et, peut-être, la seule sépulture décelée au cours de cette intervention. Les deux fossés rectilignes, qui s’engagent au-delà des limites de l’emprise, adoptent une largeur à l’ouverture variant entre 0,75 et 1,30 m. Conservés sur une profondeur comprise entre 0,40 et 0,80 m, ils présentent en coupe des profils assez réguliers, majoritairement en entonnoir. D’autres éléments fossoyés appréhendés il y a quelques années de cela immédiatement au sud, dans le cadre d’un diagnostic, permettent de restituer une partie du plan de ces deux vastes parcelles. L’une d’entre elles contient notamment deux constructions sur poteaux rectangulaires espacées de 5 m, possibles vestiges de greniers surélevés. L’une des constructions, qui a fait l’objet d’une datation au radiocarbone, mesure approximativement 4,30 m de long sur 3 m de large, offrant une surface au sol minimum de 13 m² environ. Deux trous de poteaux observés quelques centimètres plus au sud pourraient être des renforts placés en position basse du terrain ou témoigner d’une reconstruction. La seconde entité, constituée de quatre poteaux, pourrait être synchrone, mais sans certitude. Elle se développe sur près de 4 m de longueur et sur 3 m de largeur, représentant une surface au sol minimum de 11,50 m². Mais l’une des découvertes principales effectuées au cours de cette intervention est sans nul doute celle d’une sépulture possiblement contemporaine, qui appartiendrait à La Tène C2 ou D si l’on se réfère à l’analyse radiocarbone réalisée sur un os de cet individu masculin inhumé en position assise. Ce type de tombe, que l’on rencontre guère que dans quelques sites du second âge du Fer de France et de Suisse, présentent des caractéristiques récurrentes (sexe et âge du défunt, absence de mobilier, décomposition en espace colmaté, sans trace de contenant rigide, etc.). De telles fosses sépulcrales sont bien souvent placées sur un même axe, à distance régulière. Apparue à 9 m de la berme de l’emprise, la structure de Marcilly-sur-Seine formait peut-être à l’origine l’extrémité orientale d’une série de sépultures aujourd’hui située près de la route départementale n° 50, à moins que celle-ci, très arasée, ne constitue ici l’unique témoin d’une pratique funéraire, rare et atypique, pour laquelle une fonction religieuse ou sacrée spécifique est généralement envisagée.

 

Enfin, le fossé serpentant dans la partie occidentale de l’emprise est la seule structure d’époque romaine attestée au cours de cette opération. Préservé sur une très faible profondeur (généralement entre 10 et 15 cm), il possède une largeur à l’ouverture comprise entre 0,65 et 1,05 m. Le mobilier céramique recueilli dans son unique strate de remplissage permet de dater son abandon au IIIe siècle de notre ère.

 

Cette opération, conjuguée à celles réalisées ces dernières années dans des parcelles contiguës, confirme notamment la forte implantation humaine à l’époque protohistorique dans cette partie sud de la commune de Marcilly-sur-Seine. Comparativement aux zones situées en aval (Pont-sur-Seine et La Villeneuve-au-Châtelot notamment), ce secteur de la vallée de la Seine reste encore relativement peu documenté, bien que les différents diagnostics réalisés au lieu-dit « La Pièce des Lièvres » forment aujourd’hui un seul et même bloc d’environ 65 hectares. On remarquera toutefois que cette fenêtre d’observation pourrait être considérablement élargie dans les années à venir, au fur et à mesure de l’extension des carrières vers les terrains adjacents.


Gaël Cartron, mars 2018.