Meaux (77) – 30-32, cours Raoult – 31-35, rue du Tan

Meaux (77) – 30-32, cours Raoult – 31-35, rue du Tan

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

03 novembre - 19 décembre 2008

Fouille préventive

Époques moderne et contemporaine.

DATE : 03 novembre - 19 décembre 2008

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Époques moderne et contemporaine.

L’opération de fouilles archéologiques préventives menée du 3 novembre au 19 décembre 2008 rue du Tan/cours Raoult à Meaux a permis de mettre au jour un vestige monumental des ultimes phases d’aménagement de la ceinture fortifiée urbaine. Le site est localisé dans l’angle sud-est des fortifications de la rive droite de la Marne, bordé par un fossé drainé jusqu’au début du XXe siècle par un ruisseau (le Brasset Saint-Faron).

La fouille a été principalement centrée sur le bastion, déjà partiellement exhumé lors du diagnostic. Celui-ci est constitué d’un imposant mur-bouclier (ou pand selon les traités de fortification modernes) en grand appareil calcaire, d’un flanc ou épaule flanquée d’un orillon semi-circulaire et d’un batardeau maçonné accolé barrant vraisemblablement le fossé dans lequel la majeure partie de l’ensemble à été bâtie. La structure est dotée d’un couloir de desserte interne caractérisé par une chape d’agrément en plâtre relativement dégradée. Cette gaine de circulation permettait d’atteindre un espace de défense intégré dans l’orillon et une chambre de manœuvre incluse dans le batardeau maçonné. Ce dernier devait créer une retenue d’eau dans les fossés, régulée par un système simple incluant une conduite de trop-plein et une vanne mobile. L’ensemble architectural a été bâti sur un socle maçonné plein, sans doute posé au fond du fossé, et dont la hauteur maximum à été évaluée à 4 m depuis son interface avec la chape d’agrément en plâtre jusqu’aux fondations. Cette base monumentale a pu être mise en évidence dans le principal secteur de fouille mais aussi en arrière du front des murailles, à l’ouest. Le bastion apparaît donc comme une construction particulièrement colossale et homogène, réalisée d’une traite et sans reprise ou ajout postérieur visible. Sa mise en place coïncide en outre à celle d’un front de rempart de même facture, connecté au bastion dans sa partie nord-ouest et orienté vers le nord en direction de l’ancienne porte Saint-Nicolas (ou Sainte-Céline).

Deux structures de bois clairement appuyées contre le bastion ont été mises en évidence en profondeur. Constituées de planches horizontales associées à des poteaux verticaux, ces structures ont été mises au jour de part et d’autre du batardeau maçonné. Leur lien avec le flux des eaux du Brasset est assez évident, en revanche leur fonction réelle dans ce cadre reste plutôt floue. La datation dendrochronologique d’un élément du système le plus méridional permet de l’attribuer au milieu du XVIIe siècle, soit une période où le bastion entre en désaffection mais continue de subsister dans un état raisonnablement bon.

En revanche, aucun vestige intra muros en relation avec une quelconque occupation (habitat ou artisanat) n’a pu être découvert. Les profonds remaniements engendrés par l’installation du bastion, les démolitions modernes ou contemporaines et les aménagements du XXe siècle ont fait disparaître toute trace antérieure à 1750-1810.

Les observations réalisées lors de la fouille ont pu être mises en parallèle avec les données issues d’une étude documentaire complémentaire. Elles révèlent que cette portion de la ville semble dénuée de véritables fortifications en « dur » avant le premier quart du XVIe siècle. Le secteur du bastion est quand à lui presque systématiquement associé à la tour du Bourreau (ou tour du Guet) qui existe encore aujourd’hui en élévation. La création d’une retenue d’eau à cet endroit est mentionnée pour l’année 1523, la nécessité de réaliser un boulevard en 1569, le début des travaux en 1577 et l’achèvement effectif de la plate-forme en 1578. Ce calage chronologique absolu relativement fin est d’autant plus précieux que le bastion n’a livré aucun élément de stratigraphie ou de mobilier qui soit attribuable à sa mise en place ou à son utilisation. En effet, le monument, qui ne sert plus guère que de jardin à partir du second tiers du XVIIe siècle, est vraisemblablement en partie démantelé au sortir du XVIIIe siècle, raclé jusqu’à la chape d’agrément puis remblayé avant l’installation d’un corps de bâtiments sur cave au début du XIXe siècle.

La somme de ces constats relance certaines problématiques en lien avec la tour du Bourreau, dans le voisinage immédiat du site, traditionnellement datée de la seconde moitié du XVe siècle. Les données collectées lors de l’opération et de l’étude documentaire qui a suivi conduisent à réviser cette datation pour privilégier ou bien la décennie 1511 ou bien le dernier tiers du XVIe siècle. En effet, bien que la tour soit explicitement citée dans les sources pour l’année 1523, l’éventuelle présence du socle maçonné en sous-œuvre constituerait un terminus indiscutable pour la rendre contemporaine ou postérieure de l’édification du bastion lui-même.

L’opération de fouilles préventives a donc mis en lumière une structure militaire meldoise méconnue, a précisé la morphologie des défenses et leur évolution dans ce secteur et a permis de mener des investigations sur un type de fortification théoriquement bien connue grâce à la documentation moderne sur le sujet mais relativement peu abordée sous l’angle d’une approche de terrain.


Thomas Guérin, avril 2010.