Mesnil-Panneville (76) – A150, Site 5

Mesnil-Panneville (76) – A150, Site 5

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

02 avril - 17 mai 2013

Fouille préventive

Protohistoire, second âge du Fer, La Tène, époque médiévale, second Moyen Âge, Moyen Âge classique, époque moderne.

DATE : 02 avril - 17 mai 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, second âge du Fer, La Tène, époque médiévale, second Moyen Âge, Moyen Âge classique, époque moderne.

La fouille d’archéologie préventive du site 5 sur la commune de Mesnil-Panneville, menée sur l’emprise du futur tracé autoroutier de l’A150 reliant Barentin à Yvetot, fait suite à un diagnostic mené sous la responsabilité de F. Kliesch en 2012. Sa prescription concernait une surface de 9 600 m², avec la possibilité d’ouvrir 1 000 m² complémentaires, soit environ 250 m linéaires du tracé. Ce site, implanté sur le versant d’un vallon sec orienté nord-ouest – sud-est, a permis de suivre l’évolution d’une portion de terroir sur une longue durée.

La première occupation est laténienne, bien que le mobilier de cette phase reste fort rare. Elle se caractérise par une enceinte fossoyée de plan quadrangulaire, hors prescription sur sa partie nord-est. Le fossé est discontinu sur son côté sud-ouest et le tracé est interrompu au niveau d’une entrée sur le côté sud-est. Le fossé délimitant cet espace, estimé à 1 725 m² environ, a des dimensions relativement modestes, qui ne dépassent pas 1 m de profondeur au niveau du décapage.

Le profil du fossé bordant le côté nord-ouest de l’enclos se démarque des autres profils en V du fossé d’enclos par des bords sub-verticaux avec un fond plat large. Le fond affecte un léger pendage orienté sud-ouest – nord-est facilitant l’écoulement des eaux résiduelles et alimentant la mare située dans l’angle nord de cet enclos.

Un fossé de partition interne marque une différenciation spatiale des activités. L’espace le plus vaste accueille des constructions sur poteaux plantés destinées à des usages domestiques ou agricoles. Deux bâtiments ont été implantés le long du côté sud-est de l’enclos. Ils se matérialisent par quatre trous d’ancrage de poteau signalant la présence de petites constructions rectangulaires de 8 m² environ. Ce type de construction est habituellement interprété comme des greniers. Quasiment au centre de l’enclos, six trous d’ancrage de poteau dessinent un troisième bâtiment qui se distingue des deux autres non seulement par son emplacement mais aussi par son plan et ses dimensions. Il s’agit d’un bâtiment de plan quadrangulaire augmenté d’une abside triangulaire matérialisée par un trou de poteau installé en pointe sur l’un des pignons. Le tout est organisé autour d’un poteau central. Il couvre une surface de 34 m² environ. Au sein de ce bâtiment, les restes d’une structure de combustion ont été mis au jour. Le second espace matérialisé par le fossé interne de partition semble vide de trace d’occupation, excepté la mare située dans l’angle nord. Cette zone semble vouée au pacage.

Hormis la position stratigraphique, très peu d’éléments permettent d’affiner la chronologie de cet enclos. En effet, recoupé par les fossés de la phase postérieure ayant livré du mobilier de La Tène finale, ce fossé n’a fourni que quelques tessons de facture protohistorique. L’éventuelle contemporanéité entre le fossé et les rares vestiges attestés à l’intérieur de l’espace circonscrit demeure hypothétique.

La seconde occupation est principalement révélée sous la forme d’un ensemble fossoyé cohérent et orthonormal. Les six parcelles identifiées sont délimitées par des fossés de faible profondeur qui n’excèdent pas les 50 cm. Le côté sud-ouest de ces parcelles est matérialisé par un fossé continu qui se double parfois d’un second fossé espacé d’environ 3 m. La jonction entre ces deux fossés est faite par des petits fossés perpendiculaires. L’une de ces unités parcellaires reprend le tracé de l’enclos de l’occupation précédente. Cette reprise du tracé du fossé d’enclos attribué à la phase précédente lors de l’implantation de cette nouvelle occupation démontre que les deux phases se sont succédé presque immédiatement dans le temps.

L’occupation domestique se déplace au sud-ouest, en dehors des parcelles délimitées par ces fossés. Un petit bâtiment sur quatre poteaux plantés de plan quadrangulaire de 6,5 m² environ est implanté à proximité de l’ancien enclos. Un bâtiment orienté ouest-est, d’une superficie de 58 m² environ, était supporté par au moins neuf poteaux disposés selon un plan rectangulaire à abside côté ouest. Une fosse a été mise au jour au sein de ce bâtiment. Elle contenait de l’outillage de mouture et une céramique complète qui avait été remplie de nodules de silex chauffés. Un édifice particulier se détache des bâtiments sur poteaux plantés par son mode de construction sur tranchée. De plan quadrangulaire, il suit la même orientation que le fossé doublé du système parcellaire, c’est-à-dire nord-ouest – sud-est. Il délimite une surface interne de 40 m² environ. Sur les dix trous de poteau qu’il englobe, cinq sont implantés parallèlement à son côté sud-est. Cette seconde phase a livré une petite quantité de céramiques protohistoriques. Bien que peu nombreuses, les formes prédominantes sont celles de la production dite « veauvillaise ». Ce mobilier évoque un abandon de l’occupation à la fin de La Tène moyenne-La Tène finale.

Excepté quelques tessons de céramique et tegulae roulés, aucun vestige n’atteste une fréquentation des lieux durant l’Antiquité et ce jusqu’au second Moyen Âge.

Localisée essentiellement dans la partie sud-ouest du site, l’occupation médiévale se caractérise par un ensemble de deux fossés parallèles formant un angle, et d’une structure de combustion. Ces fossés, de 0,80 m de largeur en moyenne à l’ouverture au niveau de décapage pour une profondeur ne dépassant pas les 0,50 m, pourraient signaler la présence d’un ancien talus planté de clos-masure. Le mobilier attribué à cet établissement est particulièrement rare et la seule forme céramique découverte lors du diagnostic archéologique date du XIIIe siècle.

À une vingtaine de mètres au nord de cet ensemble, une structure en creux de 3 m sur 2,5 m pour une profondeur de 1 m a été mise au jour. Elle n’est pas à proprement parler une structure de combustion car elle ne présente pas de parois rubéfiées. Elle se caractérise davantage par le rejet ou l’installation de fragments de four ou de foyer au sein de son comblement. Une couronne sous forme d’un petit fossé de 0,25 m de profondeur, dont les interruptions sont aménagées avec des trous de poteau, borde la partie septentrionale. Cette construction a pu servir de parement protecteur contre les vents dominants. Il demeure possible que cette concentration ait servi de base à un foyer.

Cette structure de combustion est installée à proximité d’un chemin qui traverse le site du nord au sud. Cet ancien chemin en creux reliant le hameau de Saint-Antoine à l’ancienne commune de Panneville perdure jusqu’à l’époque contemporaine.

Bien que toujours en cours d’étude, ce premier schéma montre que le site aurait connu deux phases d’occupation du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C. La première se caractérise par l’implantation d’un enclos quadrangulaire qui reste conforme au corpus d’établissements ruraux laténiens de le Gaule. Son tracé est ensuite repris lors de l’installation d’un système parcellaire orthonormal. La zone d’habitat est alors déplacée en dehors des zones encloses. Le site est abandonné au cours de l’Antiquité et ne sera occupé à nouveau qu’au cours du XIIIe siècle.


Audrey Delalande, novembre 2015.