Messimy (69) – Le Chazeau 1

Messimy (69) – Le Chazeau 1

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

27 avril 2015 au 05 juin 2015

Fouille préventive

Protohistoire, La Tène finale, Antiquité gallo-romaine, Époque contemporaine.

DATE : 27 avril 2015 au 05 juin 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, La Tène finale, Antiquité gallo-romaine, Époque contemporaine.

L’opération de fouille archéologique préventive conduite par la société Éveha sur la commune de Messimy (lieu-dit « Le Chazeau ») fait suite à une vaste campagne de sondages réalisée par Cécile Ramponi (INRAP), préalablement au dévoiement vers l’est de la Route Départementale 30E. La prescription du service régional de l’Archéologie (SRA) a ciblé un tronçon de la future voirie sur lequel apparaissaient les vestiges les plus prometteurs. L’opération a concerné une superficie totale d’environ 5000 m 2 , découpée en trois zones distinctes (1 à 3), la dernière ne devant faire l’objet que d’un simple suivi de travaux. La fouille s’est déroulée entre le 27 avril et le 5 juin 2015 avec un effectif moyen d’une dizaine de personnes. Signalons dès à présent que la présente intervention a été suivie de deux autres, réalisées par le même opérateur au sud et à l’ouest (Messimy 2) et par l’Inrap au nord et à l’est (Messimy 3). La réunion des trois opérations a permis de restituer un vaste site couvrant une dizaine d’hectares, depuis les bordures du ruisseau de la Chalandraise au nord, jusqu’à l’extrême sud de la fouille de Messimy 2, distante d’environ 300 m.

Le village de Messimy (Rhône) est localisé aux confins orientaux du territoire ségusiave, mais idéalement implanté sur les coteaux du Lyonnais, à proximité du Rhône, en limite du territoire colonial de Lugdunum et de la Province de Narbonnaise. Le site occupe le rebord septentrional d’une butte structurale appartenant aux contreforts nord-est des Monts du Lyonnais qui dominent la vallée de la Brévenne et la plaine du Forez à l’ouest, la vallée du Gier et la vallée du Rhône à l’est. Elle est encadrée au nord et à l’est par deux talwegs au sein desquels s’écoulent des petits cours d’eau affluents du Rhône (la Chalandraise et le Garon). Les vestiges sont implantés sur un terrain de nature granitique, dans un secteur de bas de pente, délimité à l’est par un paléo-vallon, et au nord par le ravin surplombant la Chalandraise. La pente principale possède une orientation du sud vers le nord et s’établit en moyenne à 4,5 %, avec des zones de replat alternant avec de fortes pentes au niveau des talwegs.

L’essentiel des vestiges archéologiques mis au jour se rapporte à un vaste établissement rural d’époque gauloise structuré par des enclos, communément dénommé « ferme indigène », dont la chronologie couvre toute la fin du second âge du Fer. Les observations réalisées lors de cette première tranche de travaux (Messimy 1) ont concerné le tiers sud-ouest de leur emprise totale. Le restant a été fouillé pour partie (angle sud-ouest de l’enclos 3 et tronçon de la branche sud de l’enclos 2) lors de la seconde opération de fouille par le même opérateur (Messimy 2), et surtout à l’occasion de la dernière (Messimy 3) réalisée par l’Inrap (extension nord et est des trois enclos). Les trois opérations ont permis la documentation de plans complets et de s’assurer de leur géométrie comme de leur structuration. Sur la base d’un mobilier archéologique relativement abondant, plus particulièrement pour les enclos 1 et 3, leur datation peut être circonscrite entre le milieu du II e siècle avant notre ère au plus tard (La Tène C2b/D1a) et la conquête de la Gaule par César au milieu du siècle suivant (La Tène D2b).

Les quatre enclos distingués étaient délimités par des fossés de diverses ampleurs, creusés parfois profondément dans le substrat rocheux, dessinant au sol des plans de forme trapézoïdale (enclos 1) ou rectangulaire (enclos 2 et 3). Le plan général apparaît dès l’abord complexe, avec l’imbrication de trois enclos au nord-est, témoignant de phases de restructuration importantes ayant entraîné des agrandissements de la superficie enclose. Le premier enclos (La Tène C2b/D1a) possède un plan trapézoïdal d’environ 3000 m2 (enclos 1) et montre une bipartition de l’espace sur le modèle de l’établissement de la rue du Souvenir à Lyon (Maza 2015). Le secteur résidentiel à l’ouest est occupé au centre et à égale distance des fossés par un habitat construit en terre et bois (20 m2), précédé d’une avant-cour à l’est, où devait se trouver l’entrée. Un second enclos de même orientation (enclos 4) a par ailleurs été partiellement observé à 160 m plus à l’ouest (Messimy 2, zone 6), associé à un bâtiment sur poteaux plantés et à des fosses de rejets domestiques. Son orientation, comme le mobilier archéologique recueilli, permet de le rattacher à l’occupation la plus ancienne.

L’établissement initial est par la suite refondé et agrandi en direction du sud (enclos 2) au début du I er siècle avant notre ère (La Tène D2a). Il prend désormais la forme d’un vaste parallélépipède d’environ 5000 m2 (66 m x 77 m), montrant une extension de l’emprise interne d’environ un tiers par rapport au premier. Un système d’entrée original a été reconnu au nord de la branche ouest. Il s’agit d’une construction maçonnée en grand appareil et liée à la terre, installée dans et contre les parois du fossé. Deux piédroits constitués de blocs de gros modules forment les extrémités sud et nord d’un canal destiné à l’évacuation des eaux de ruissèlement, le fossé étant orienté nord-sud, dans le sens de la pente. Un système d’entrée sur ponton en bois reposant sur des poutres et des lambourdes donnait accès à l’intérieur de l’enclos. Des aménagements comparables sont connus régionalement sur les sites proches de Lentilly (Teyssonneyre, Maza 2015) et de Saint-Laurent- d’Agny (Poux 2009). Contrairement à l’état précédent, l’intérieur de l’enclos est par ailleurs apparu vide de vestiges archéologiques. Il faut supposer que l’érosion des sols dans ce secteur de pente a fait disparaître complètement les traces de l’habitat supposé, ne faisant subsister que les dépotoirs domestiques dans les fossés plus profonds de l’enclos.

Le dernier état (enclos 3) a encore plus fortement marqué le paysage avec le creusement d’un fossé de taille monumentale (3,70 m de large pour 1,50 m de profondeur en moyenne) délimitant un espace rectangulaire de près d’un hectare (81 m x 105 m). L’identification d’une levée de terre le long de la branche sud jusqu’au niveau de l’entrée a permis de supposer sa conservation, en lien avec un étroit corridor d’accès partageant l’espace au sud. Les constructions associées à cette dernière occupation sont de très petite taille (20 m2) et peuvent difficilement être interprétées comme des unités d’habitation (annexes agricoles ou artisanales ?), au regard de l’importance des moyens humains mobilisés pour l’excavation des fossés. On mentionnera enfin que plusieurs constructions en terre et bois, ainsi que des systèmes de palissade, ont également été reconnus plus au sud, jusque sous les niveaux de la villa gallo-romaine distante d’une centaine de mètres (Messimy 2). Certains devaient posséder une couverture de tuiles (tegulae, imbrices) décorée d’antéfixes à tête humaine, ce qui laisse supposer la présence d’un habitat de qualité renvoyant au domaine aristocratique. L’abondant mobilier archéologique mis au jour en association avec cette dernière occupation gauloise plaide en faveur d’une datation centrée sur la Guerre de Gaules (La Tène D2b).

Ces établissements ruraux sont généralement interprétés comme des propriétés à vocation agricole et généralement à caractère familial, renfermant les habitations et les diverses installations nécessaires aux activités de la résidence et de l’exploitation agricole (Malrain, Matterne, Méniel 2002). Ils représentent un élément de compréhension essentiel de l’occupation du territoire. Les modèles proposés ailleurs en Gaule voient en effet dans l’émergence de ces fermes, le témoignage d’une nouvelle forme d’organisation et d’exploitation, leur apparition intervenant en parallèle avec le développement des grands habitats groupés et fortifiés de type oppida. Plusieurs établissements de ce genre ont déjà été signalés et fouillés partiellement dans la proche région, à Saint-Laurent- d’Agny (Poux et alii 2011), Lentilly (Teyssonneyre, Maza 2014), Chessy-les-Mines (Guichon et alii 2015), Lyon (Maza 2015 ; Maza, Clément 2016), Civrieux (Argant, Maza, Teyssonneyre 2017) ou encore Fareins (Silvino, Maza 2014). Restera maintenant à discuter du statut et de la hiérarchie de ces différents établissements. Celui de Messimy se rattache aux fermes de rangs 1 et 2 de François Malrain, révélateurs d’un certain niveau de vie des occupants. Elles se caractérisent par des fossés imposants, l’imbrication et la complémentarité des enclos, un système d’entrée élaboré, une compartimentation complexe des emprises enceintes, la présence d’enclos périphériques destinés à isoler les activités, ou encore la capacité d’acquisition des propriétaires de biens de prestige en provenance d’Italie (amphore à vin et vaisselle fine campanienne). L’ensemble des indices recueillis concoure à l’interpréter comme une vaste résidence rurale, plusieurs fois reconstruite et agrandie, puissamment retranchée en dernier état, appartenant à un aristocrate local. Sa richesse reposait vraisemblablement sur l’exploitation d’un terroir plus ou moins vaste qu’il s’agissait de faire fructifier, mais également sur son implication dans les réseaux d’échanges à plus ou moins grande distance.

On mentionnera enfin l’identification de vestiges d’époque antique, peu nombreux, mais qui offrent une solution de continuité évidente à partir de la période tardo-républicaine. Les aménagements identifiés renvoient essentiellement au domaine agricole, avec notamment une volonté de mise en valeur des terrains (drains canalisés, mare, fosses de plantation) situés à l’extrême nord de la « villa » se développant à moins d’une centaine de mètres au sud de l’emprise de fouille, vraisemblablement à partir des années 40-20 avant notre ère et jusqu’au plein III e siècle de notre ère (Messimy 2).

En conclusion, ces découvertes sont d’importance à plus d’un titre, dans un secteur largement méconnu d’un point de vue archéologique, au regard notamment du dernier bilan dressé dans la carte archéologique du département du Rhône (Faure-Brac 2006). Elles devront toutefois être complétées et confrontées aux résultats des deux opérations complémentaires réalisées dans la foulée sur le même site (Messimy 2 et 3). Les premiers enseignements sont déjà d’un grand intérêt en ce qui concerne les établissements ruraux gaulois structurés par un enclos, nos connaissances sur les formes de l’habitat et l’architecture gauloise étant encore bien limitées dans cette partie orientale du territoire ségusiave. La fouille d’un enclos gaulois dans son intégralité constitue notamment une première pour le département du Rhône. L’occupation perdure sans hiatus chronologique à l’issue de la Guerre des Gaules, avec toutefois un déplacement de l’habitat à une centaine de mètres plus au sud où est construit un premier établissement maçonné de tradition italique, contemporain de la fondation coloniale de Lyon. Malgré des doutes sur l’interprétation générale de l’établissement à partir de la période augustéenne, les différentes pistes de recherche évoquées (villa, relais routier ?), comme sa durée de vie, s’accordent toutefois sur l’importance du site dans la structuration du territoire colonial de Lugdunum depuis la fin du second âge du Fer. Ses liens éventuels avec l’établissement gaulois et la villa gallo-romaine de Saint-Laurent-d’Agny, localisés à une distance relativement proche de huit kilomètres au sud, seront enfin à discuter.


Guillaume Maza, juillet 2017.