Mont-de-Marsan (40) − rue de la Gourotte

Mont-de-Marsan (40) − rue de la Gourotte

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

20 février - 17 mars 2017

Fouille préventive

Moyen Âge, époques moderne et contemporaine.

DATE : 20 février - 17 mars 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Moyen Âge, époques moderne et contemporaine.

Un diagnostic effectué en 2013 avant la construction d’un immeuble résidentiel à l’angle de la rue de la Gourotte et de la rue des Arceaux, dans le centre-ville de Mont-de-Marsan, a conduit le service régional de l’archéologie à prescrire une fouille d’archéologie préventive sur les parcelles AB 461 à 465. L’emprise du projet se situe dans un îlot urbain qui se caractérise par un parcellaire laniéré disposé perpendiculaire à la rue des Arceaux et suggérant la fossilisation d’une trame ancienne. Cette rue présente la particularité d’avoir conservé des passages mettant en relation, au-dessus de la voie de circulation, les premiers étages de maisons situées de part et d’autre de celle-ci. Situé à proximité immédiate de la confluence du Midou et de la Douze (la Midouze) et au débouché de son franchissement, l’îlot appartient à la première extension du castelnau de Mont-de-Marsan au sud de la rivière. La chronologie de son développement est néanmoins encore mal connue, en grande partie à cause d’opérations archéologiques peu nombreuses. Le diagnostic de F. Cavalin ayant mis en évidence un mur de soutènement probablement édifié au XIVe siècle, mais ne correspondant à aucune limite parcellaire actuelle ou du XIXe siècle, l’intervention était donc l’occasion de mieux cerner la première extension urbaine de la ville au sud du Midou et peut-être mettre en évidence la structure originelle de sa trame parcellaire. La prescription a également été motivée par la présence d’une vaste fosse d’aisance contenant un abondant mobilier céramique et en verre daté du XVIe siècle. Le corpus de ces vestiges mobiliers étant encore peu documenté à Mont-de-Marsan, la fouille intégrale de cette structure, et de toute autre structure similaire, devait permettre de le compléter.

 

La fouille s’est déroulée du 13 février au 17 mars 2017, sur un terrain où les élévations avaient été préalablement démolies. En fonction du cahier des charges, la fouille a été scindée en deux parties distinctes. Les recherches ont ainsi été menées jusqu’à la cote de 38,30 m NGF dans la moitié orientale du site, tandis que les investigations ont été poussées jusqu’à la cote de 37,50 m NGF dans le quart nord ouest de l’emprise. Le quart-sud-ouest n’a fait l’objet que d’un décapage superficiel, en plus de la redécouverte de la tranchée de diagnostic. Au nord de l’emprise, une tranchée discontinue orientée est/ouest a également permis de compléter la stratigraphie de la séquence archéologique, déjà reconnue lors du diagnostic. L’emprise est en pente marquée, vers l’ouest-nord-ouest, soit vers le fond de la vallée de la Midouze. Les dépôts y suivent la pente naturelle du terrain, et montrent un net pendage vers l’ouest, avec une altitude moyenne comprise entre 37,20 et 39,80 m NGF. Si les vestiges sont apparus très rapidement à l’est du site, directement sur les niveaux de colluvionnement affleurant, la partie occidentale a livré une séquence stratigraphique d’environ 1,80 m d’épaisseur.

 

L’occupation mise en évidence sur le site de la Gourotte ne remonte pas au-delà du XIVe siècle. Pour cette période, les vestiges sont peu nombreux, mais ils témoignent d’une structuration de l’espace selon un axe nord-ouest/sud-est. Dans la partie haute du site, un des deux fossés pouvant être rattachés à cette période, pourrait correspondre à une limite parcellaire qui aurait persisté en partie au moins jusqu’au début du XIXe siècle. Cette première occupation se caractérise également par la présence de deux creusements observés dans les niveaux géologiques, autour de 36 m NGF au sud et 35,70 m NGF au nord. Leur alignement suivant un axe nord-ouest/sud-est, ainsi que la céramique prélevée dans les niveaux de comblement, tendent à les associer à une seule et même structure comblée à la période médiévale qui pourrait correspondre au fossé délimitant le bourg du XIIIe siècle. Malheureusement, cette hypothèse n’a pu être vérifiée, au vu de la profondeur des aménagements et du cahier des charges. Si la datation fournie par l’étude céramique pourrait corroborer cette hypothèse, sa localisation est plus problématique. En effet, cette limite n’a pas perduré dans le parcellaire actuel, ni dans celui du XIXe siècle. Une épaisse couche de sédimentation vient sceller ce fossé et précède la construction du mur-terrasse déjà repéré lors du diagnostic. La fouille a permis de le dégager sur toute l’emprise et ainsi confirmer sa fonction de soutènement et sa période de construction. Il est associé à un niveau d’occupation à l’ouest avec une probable fosse dépotoir. Des murs sont également installés contre son parement occidental afin de délimiter des espaces de vie.

 

Comme le laissait présager la prescription de fouille, une approche fine de l’organisation interne de l’îlot à la période médiévale n’a pu être mise en évidence. Néanmoins, les structures épargnées par les aménagements modernes permettent d’avoir un aperçu de l’organisation générale de l’espace. Il semble qu’elle soit déterminée par la rivière située au nord, avec des parcelles perpendiculaires à l’axe de la Midouze. Seule une partie du fossé situé le plus à l’ouest aurait alors persisté comme limite parcellaire au XIXe siècle. Si la première extension du bourg est fortement soupçonnée dès le XIIIe siècle, le mobilier céramique récolté lors de l’intervention ne permet pas de le confirmer. La fouille exhaustive et sans doute extensive de la partie basse du site permettrait de mieux l’appréhender et de la dater précisément. En effet, ce secteur pourrait avoir été épargné par les aménagements postérieurs, au contraire de la partie haute où les niveaux modernes sont positionnés pour la plupart directement sur le sable naturel et semblent avoir arasé les niveaux médiévaux.

 

Dès le début de la période moderne, il semble que l’orientation des parcelles qui bordent la rue des Arceaux, ainsi que leur forme allongée, soient déjà définies. Elles ne tiennent pas compte des aménagements antérieurs et s’orientent à présent en fonction de l’axe de la rue du Bourg et des parcelles qui la bordent. Les bâtiments détruits avant notre intervention semblent tous appartenir à un même programme de construction daté du début du XVIe siècle. La découverte de nombreuses fosses dépotoirs et fosse d’aisance datées du début du XVIe à la fin du XVIIe siècle corrobore l’idée que ces parcelles sont aménagées comme des espaces annexes dès le début de la période moderne. L’étude documentaire montre que cette fonction est toujours d’actualité pour la plupart d’entre elles au début du XIXe siècle. La fouille des fosses dépotoirs ou latrines a également permis de récolter un mobilier abondant (verre et céramique) qui complète le référentiel typo-chronologique du mobilier domestique landais de la période moderne.

 

Première fouille archéologique menée dans le Bourg de Mont-de-Marsan, l’opération de la rue de la Gourotte a permis de mettre en évidence l’évolution d’un îlot urbain caractérisé par un découpage en lanière qui suggère une trame ancienne. Or, il apparaît que l’orientation des parcelles actuelles et leur rattachement aux parcelles situées de l’autre côté de la rue des Arceaux ne sont définis qu’au début du XVIe siècle. Avant cette date, il semble que l’îlot soit d’avantage tourné vers la rivière. Néanmoins, les vestiges de la période médiévale sont peu nombreux et seul la fouille exhaustive de la partie occidentale de l’emprise aurait probablement permis de cerner la première occupation du site.


Céline Michel Gazeau, mars 2018.