Montgermont (35) – ZAC Les Petits Prés

Montgermont (35) – ZAC Les Petits Prés

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

9 septembre - 29 novembre 2013

Fouille préventive

Antiquité : Haut-Empire, Bas-Empire.

DATE : 9 septembre - 29 novembre 2013

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Antiquité : Haut-Empire, Bas-Empire.

La fouille du site de Montgermont « ZAC des Petits Prés » a permis d’aborder une occupation rurale antique caractérisée par un établissement, situé en bordure d’un réseau viaire, dont la partie résidentielle et une partie du domaine agricole entrent dans la fenêtre d’étude. Elle vient compléter la compréhension de l’organisation rurale du paysage antique aux abords de Rennes-Condate.

Un réseau viaire semble préalablement mis en place au nord de l’emprise. Il prend la forme d’un chemin creux d’orientation ouest-est, sur lequel viennent se greffer deux chemins d’orientation nord-sud, qui se développent de part et d’autre de l’emprise de fouille. Le mobilier découvert, notamment dans les fossés bordiers de ces chemins, est révélateur d’une fréquentation continue au moins jusqu’à la fin de l’Antiquité. Un chemin permettant l’accès à la pars urbana, au sud, complète ce système, de même qu’un probable chemin desservant la partie méridionale du site. Ce réseau viaire s’insère vraisemblablement au sein d’un réseau plus ample. En effet, la proximité de la voie reliant Rennes à Corseul est un fait avéré.

Les traces d’occupation précédant la mise en place de l’établissement sont ténues et se limitent à quelques fosses, ainsi qu’un probable réseau parcellaire implanté en fonction du réseau viaire. Aucun élément ne permet cependant d’étayer la thèse d’un établissement antérieur et, en dehors du parcellaire, aucune marque d’organisation de l’espace n’a été mise en évidence. Le mobilier céramique de cette première phase est daté entre le dernier tiers du Ier siècle et le milieu du IIe siècle ap. J.-C.

Un établissement rural de type « villa » se met en place semble-t-il vers le milieu du IIe siècle ap. J.-C.(phase 2) et le démontage des bâtiments intervient au début du IVe siècle ap. J.-C. Encadrée par les axes de circulation, une zone résidentielle occupe la partie septentrionale de l’emprise, tandis que la partie méridionale de la fouille est englobée dans le secteur agricole. Cette partie résidentielle connaît plusieurs états d’évolution. Dans son état premier, le bâtiment résidentiel s’inscrit au sein d’une cour, d’environ 2400 m², délimitée sur son côté sud par un muret d’enclos de 62,80 m de long. Une interruption située au centre de ce muret marque un probable accès à la cour. Cette entrée est centrée par rapport à la façade du bâtiment résidentiel. Malgré sa simplicité, le bâtiment respecte les règles de symétrie caractéristiques de l’architecture antique et son organisation est assez classique. Il est constitué d’une grande pièce principale encadrée de deux pièces étroites (couloirs ou cages d’escalier), donnant sur deux pièces latérales situées aux extrémités du bâtiment. Ses dimensions atteignent 26,20 m sur 8 m, soit approximativement 88 pieds sur 27. Bien qu’aucune trace de galerie de façade n’ait été mise en évidence, la comparaison de ce plan avec d’autres plans de bâtiments d’habitation antiques de la région incite à envisager la présence d’une galerie de façade, en matériaux périssables, dont les vestiges ne seraient plus perceptibles.

Lors des états suivants, une modification de la disposition de la cour et de l’entrée dans l’enclos résidentiel accompagne l’agrandissement du bâtiment principal. Le muret de clôture est semble-t-il reculé de 13 m au sud. La superficie totale de la pars urbana avoisinerait alors les 3300 m². Dans son deuxième état, le bâtiment résidentiel est doté de nouvelles pièces à l’est et d’une galerie de façade encadrée de pièces d’angle. Il occupe, au sol, un espace de 37,20 m sur 12,30 m, soit environ 460 m² et compte entre onze et quatorze pièces au rez-de-chaussée.

Le dernier état de modification du bâtiment résidentiel est marqué par l’adjonction d’une nouvelle pièce contre le pignon est et par un remaniement à l’angle est de la galerie. La pièce d’angle est divisée en deux espaces, prolongés sur la façade par la création de deux petites absides accolées. La présence de ces absides évoque un probable aménagement balnéaire. L’ajout secondaire de pièces à vocation balnéaire est d’ailleurs un phénomène couramment observé sur ce type de bâtiment.

Un dernier état d’évolution du bâtiment, non avéré de façon certaine, pourrait avoir concerné la suppression de l’extension à l’est. En effet, l’étude des tranchées de récupération de mur y a montré une dynamique différente, avec un comblement qui tranche nettement de celui induit par le démontage final du bâtiment. Par ailleurs, un niveau de « démolition » la recouvrait, qui pourrait correspondre à un remblai volontaire. Cette réduction de l’espace qui touche à des aménagements de confort et de représentation pourrait être l’expression d’un déclin de l’établissement préalable à l’abandon de l’habitation.

La construction d’un petit temple situé à 7 m au sud-est du bâtiment principal intervient probablement lors du deuxième ou troisième état d’aménagement. En effet, outre sa position, en bordure de la cour définie selon un axe de symétrie centré sur l’entrée de l’enclos résidentiel, on peut le concevoir comme participant à un programme de monumentalisation. De dimensions réduites (6,10 m sur 4,40 m), l’édifice est constitué de deux espaces : une cella de forme carrée, précédée à l’est d’une pièce étroite interprétée comme un porche s’appuyant contre la façade est du bâtiment et désignant l’entrée. La puissance des fondations semble être le signe d’une construction imposante.

Un autre bâtiment situé au niveau de l’entrée vient compléter ce dispositif. Long de 10,50 m sur 9 m de largeur, il est installé sur le mur de clôture de la cour et est centré sur la façade du bâtiment résidentiel, telle qu’elle se présente à partir de son deuxième état de construction. Constitué d’une grande pièce principale précédée d’une pièce étroite pouvant correspondre à une galerie-porche, son plan est bien connu et généralement attribué aux bâtiments à vocation de stockage de type grange. L’emplacement de ce bâtiment évoque également une fonction de porterie, comme cela a été proposé sur le site de Bais – Bourg-Saint Pair (35).

La zone fouillée, au sud-est de la partie résidentielle de l’établissement, correspond à un secteur agricole au sein duquel deux phases d’occupation principales se distinguent. La première, contemporaine de l’occupation de la partie résidentielle fouillée plus au nord (phase 2 : milieu IIe siècle – milieu IIIe siècle), est caractérisée par la présence de nombreux fossés, proches et d’orientation similaire (nord-sud). Leur proximité et l’irrégularité caractérisant leur tracé exclut une fonction de parcellaire et ils sont interprétés comme des fossés de drainage. En revanche, la justification de ces aménagements reste à éclaircir. Ils sont accompagnés de nombreuses fosses réutilisées comme dépotoirs et comprenant un mobilier archéologique abondant, parmi lesquelles certaines sont perçues comme des fosses de prélèvement de matériau de construction.

La phase suivante est contemporaine et peut-être postérieure l’activité de démontage de l’ensemble résidentiel (phase 3 : IVe siècle – début Ve siècle). Elle est caractérisée au sud par quelques fossés et fosses révélant un maintien de l’organisation spatiale. Par ailleurs, les activités agricoles sont mises en évidence par la présence de deux aménagements destinés au séchage des productions. L’ensemble 1, situé en partie méridionale de l’emprise, se rapporte à une construction rectangulaire, dotée d’un canal central et d’un foyer placé au niveau d’une ouverture sur le mur nord. Il est interprété comme un séchoir et est associé à une aire de travail empierrée se développant à l’ouest et au sud, qui pourrait avoir servi d’aire de battage.

Un deuxième séchoir, pressenti plus tardif et dont le comblement comprenait de la céramique de la deuxième moitié du IVe siècle – début du Ve siècle, est situé au sud-est de l’emprise. Sa chambre de chauffe est exceptionnellement conservée en raison d’une carbonisation du plancher en bois. Une quantité importante de graines y a été découverte et met en évidence une activité de production agricole alimentaire.

Les éléments matériels semblent indiquer une accentuation de l’occupation de la zone méridionale au cours de l’Antiquité tardive, avec une proportion inhabituelle de céramique de cette période, associée à la découverte de bracelets en alliage cuivreux produits dans le sud de la Bretagne romaine au IVe siècle. La présence d’une sépulture comportant un dépôt monétaire du IVe siècle confirme cette occupation. L’extension de l’occupation vers l’est semble également devoir être liée à cette phase. En effet, l’implantation caractérisant la zone isolée, située au sud-est du site, semble, malgré l’indigence du mobilier, devoir être rattachée à la troisième phase du site, mais sans certitude. Deux bâtiments sur poteaux y ont été reconnus, ainsi qu’un probable enclos délimité par deux murs parallèles et fermés à l’ouest par une palissade. S’y ajoute un autre type de structure à sécher le grain (four).

Des aménagements antiques non phasés ont également structuré le paysage. Un chemin d’accès pourrait avoir été implanté dans l’espace situé à l’est de l’ensemble de fossés de drainage, principalement marqué par une absence de vestiges et par la présence ponctuelle de cailloutis. Il longerait un espace voué à l’activité métallurgique et permettrait l’accès à une mare située en contrebas du terrain. Les vestiges de la forge sont principalement constitués d’une forte concentration de scories, à laquelle sont associés deux outils utilisés pour le travail du fer (un ciseau et une soie de préhension).

L’établissement des Petits Prés prend part à une ceinture d’exploitations rurales constituée aux abords de Rennes-Condate, et qui découle manifestement des besoins de consommation de la ville. La principale période de fonctionnement de l’établissement, fixée entre le milieu du IIe siècle et le milieu du IIIe siècle ap. J.-C., correspond d’ailleurs à une période de développement de Condate, tandis qu’un décalage apparaît entre la fin de l’occupation de la villa et la rétractation de la ville antique dans une enceinte fortifiée à la fin du IIIe siècle ap. J.-C.


Annaïg Le Martret, septembre 2015.