Neulise (42) − Les Jacquins Ouest

Neulise (42) − Les Jacquins Ouest

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

16 février - 13 mars 2015

Fouille préventive

Gallo-romain, contemporain.

DATE : 16 février - 13 mars 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Gallo-romain, contemporain.

Les fouilles menées sur le site des « Jacquins Ouest » à Neulise ont été réalisées par le bureau d’études Éveha dans le cadre du projet d’aménagement de la Communauté de communes du Pays entre Loire et Rhône suite à un diagnostic réalisé par l’Inrap sous la direction d’Eric Thévenin (Thévenin 2015a). L’opération s’est déroulée du 16 février au 13 mars 2015 sur une superficie de 6300 m 2 . Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour plusieurs occupations successives circonscrites à la période gallo-romaine (Haut et Bas-Empire). Situé à proximité du passage supposé de la voie antique reliant les deux principales agglomérations antiques de ce secteur du territoire Ségusiave que sont Forum Segusiavorum (Feurs) et Rodumna (Roanne), le site des Jacquins est implanté à 475 m d’altitude sur le plateau séparant les bassins Forézien et Roannais. En tout, cinq phases d’occupation ont été distinguées.

Datée entre la période augustéenne et la première moitié du I er s. ap. J-.C., la première est caractérisée par un bâtiment de forme oblongue construit sur poteaux relativement étroits, doté d’une sorte de cour enclose palissadée contre sa façade septentrionale. Ce premier établissement est délimité à l’est par une seconde palissade, tandis qu’à l’ouest un affleurement rocheux bordant un important dévers fixe la limite de l’occupation.

Un bâtiment de stabulation

De forme oblongue et relativement étroite (23,2 x 4,2 m), ce premier édifice dont l’installation date de l’époque augustéenne est constitué d’une trentaine de trous de poteaux. Son plan suppose une architecture comparable à celle des maisons à une nef et implique un toit à deux pans et croupe, dont la solidité est ici assurée par un maillage régulier de poteaux porteurs reliés par des entraits. L’accès à l’édifice, situé au centre de la façade nord, est marqué par le négatif de deux imposants montants de plan circulaire, distants de 3,7 m l’un de l’autre. La présence d’un cloisonnement interne permet d’identifier l’existence d’une petite annexe avoisinant 23 m 2 , cantonnée à l’extrémité occidentale de l’édifice. Ce plan de bâtiment allongé et étroit n’est pas sans rappeler, dans des proportions tout à fait moindres, celui des immenses bergeries de La Crau. Sans les comparer aux vastes ensembles fouillés de Négreiron-Négrès (Badan, Congés, Brun 1995, p. 266), on rappellera toutefois que plusieurs aménagements similaires militent en faveur de l’interprétation d’un bâtiment de stabulation. Citons notamment le différentiel métrique en ses façades est et ouest, la longueur de la construction dont les annexes sont accolées à proximité des angles extérieurs, la largeur de l’accès à l’édifice, l’organisation interne du bâtiment, mais aussi le système de palissade qui pourrait être l’un des témoins d’une gestion organisée du bétail.

Au cours du premier siècle, une fosse artisanale ayant vraisemblablement accueilli une petite activité métallurgique est implantée sous un probable appentis accolé à la partie septentrionale de l’édifice. Au nord de cet ensemble, un nouveau complexe palissadé, dont l’interruption centrale pourrait être interprétée comme un accès, ouvre sur un espace situé immédiatement au nord de l’emprise. Avec l’implantation à l’est de nouvelles structures en creux aux fonctions mal définies, cette seconde phase de l’occupation marque, jusqu’au début du II e s. ap. J.-C. semble-il, l’évolution de la périphérie d’un premier établissement agricole qui pourrait également être associé à un groupe de fosses de plantation de forme quadrangulaire en plan, disposées de façon linéaire contre la bordure orientale de l’emprise, formant ainsi une limite végétale à l’occupation.

Un bâtiment vinicole ?

La troisième phase de l’occupation marque l’abandon du premier édifice au cours de la première moitié du II e s. ap. J.- C., avec l’installation d’une vaste bâtisse qui tronque en partie l’emprise orientale du précédent. De forme quadrangulaire (22,5 x 19 m), ce second édifice aux fondations maçonnées, bien que largement arasé et spolié, est doté d’une entrée au nord, d’au moins une base de pilier, d’un mur de refend et d’un aménagement de forme rectangulaire (5 x 7 m) construit sur quatre puissants porteurs. Deux de ces porteurs possèdent des calages en pierres permettant de délimiter des poteaux de 0,5 à 0,6 m de côté inégalement conservés entre 0,6 et 0,8 m de profondeur. Les deux trous de poteau restant adoptent une forme carrée, d’un mètre de côté pour 0,2 m d’épaisseur conservée. Cet ensemble encadre une fosse oblongue (10,5 x 2,5 m), dotée de deux creusements en vasque s’apparentant à des fonds de bassin. L’étanchéité de cet ensemble est assurée par une couche d’argile fine, d’origine anthropique, déposée sur les parois et le fond de ces structures. Profondes de 0,4 m maximum, ces fosses, bordées par de probables bases de poteaux interprétés comme les négatifs des supports d’un coffrage en bois, ont conservé la démolition de la toiture de l’édifice datée du III e s. Ce type de plan de bâtiment n’est pas sans rappeler celui, contemporain, de « Champ Chalatras » aux Martres- d’Artière en Auvergne (Vallat, Cabanis 2009) pour lequel une interprétation de pressoir est avancé. À Neulise, l’ensemble aménagé en bois au centre du bâtiment pourrait également être lu comme le négatif d’un pressoir de type C20 (Brun 1986) entièrement construit en bois. Ce second ensemble périclite clairement au cours du III e s.

Une limite parcellaire ?

Après le III e s. ap. J.-C., l’occupation n’est plus marquée que par la présence de deux fossés drainants d’orientation nord- est – sud-ouest dont les tracés se confondent sur la quasi totalité de l’emprise. De datation incertaine, ces fossés successifs qui contiennent majoritairement du mobilier antique roulé et lessivé matérialisent peut-être une limite parcellaire.

Enfin, un ensemble de plantation de vignes, de drains et de fosses de rejets contemporaines a été mis en évidence, principalement dans la partie sud du site.

Les vestiges observés sur le site des Jacquins ouest permettent de combler un vide persistant sur la commune de Neulise et autorisent, à l’évidence, d’envisager une étendue du site vers le nord plus importante que celle délimitée par l’emprise de fouille. Si l’apport des données de terrain amène, à bien des égards, un nouvel éclairage sur les occupations entraperçues, l’identification de ces différents ensembles demeure cependant délicate.


Yannick Teyssonneyre, juillet 2016.