Paray-Vieille-Poste (91) – Les Avernaises

Paray-Vieille-Poste (91) – Les Avernaises

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

01 - 26 juin 2015

Fouille préventive

La Tène moyenne - finale.

DATE : 01 - 26 juin 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : La Tène moyenne - finale.

Un établissement rural de La Tène au sud du plateau de Longboyau

Située à moins de 20 km au sud de Paris, en limite nord du département de l’Essonne (91), la commune de Paray-Vieille-Poste occupe la partie méridionale du plateau de Longboyau. La fouille réalisée au lieu-dit « Les Avernaises » a permis de mettre au jour un établissement rural de la fin de la période gauloise (fig. 1). Il se présente sous la forme d’un enclos globalement quadrangulaire, son côté nord adoptant toutefois un tracé curviligne. Il entre ainsi dans la catégorie des enclos de type mixte. L’ensemble, relativement bien conservé, est néanmoins détruit par un aménagement contemporain dans sa partie nord-ouest. De petites dimensions, il mesure 79,40 m dans sa longueur maximale et 66,50 m de large au maximum. Au sud, une interruption des fossés matérialise l’entrée. Aucun aménagement de type porte ou porche n’a été repéré. À l’intérieur, cinq fossés divisent l’espace en trois secteurs de 800 m², 1500 m² et 1900 m². Des interruptions dans les fossés permettent le passage entre les différents espaces. Les côtés nord et est se distinguent également par la présence de deux fossés dont la relation précise n’a pu être déterminée avec certitude ( sont-ils contemporains ? Correspondent-ils à des réaménagements?) (fig. 2).

Les fossés de l’enclos présentent des profils majoritairement en V à fond plat. Leurs dimensions sont relativement modestes, les profondeurs variant de 0,43 m à 1,12 m et les largeurs de 0,54 m à 2,40 m. Les comblements sont caractérisés par des stratigraphies simples constituées d’une à trois couches de comblements d’origine naturelle. Les fossés internes présentent des profils plus variés, en V, à fond plat, à fond en pointe ou en Y. Leurs dimensions sont similaires à celles des fossés périphériques constituant l’enclos. Dans l’ensemble, les stratigraphies sont simples et suggèrent des dynamiques de comblements naturels. Certaines coupes présentent des traces de curages ou de recreusements témoignant de l’entretien des fossés. L’un des fossés internes se distingue par la présence d’un creusement plus large et plus profond sur une partie de sa longueur. L’absence de rupture dans sa stratigraphie laisse à penser que les deux parties du fossé (plus large et moins large) ont fonctionné simultanément. Le comblement présent dans le fond du creusement le plus large se distingue par son aspect lité probablement dû à une stagnation d’eau ou de boue. Le pendage général du fossé, convergeant vers ce point, permet de supposer que les eaux et les boues se sont écoulées vers ce creusement. Si la position du fossé (en face de l’entrée) et ses petites dimensions ne permettent pas de parler de drain ou de collecteur, il a pu ponctuellement remplir ces fonctions.

La plupart des structures mises au jour se situent à l’intérieur de l’enclos, principalement dans la partie sud. Elles correspondent en grande partie à des fosses et à des trous de poteau. Dans l’angle sud-est, un bâtiment sur quatre poteaux et un ensemble de poteaux formant peut-être une palissade ont été identifiés. Dans l’angle sud-ouest, plusieurs constructions semblent avoir existé. La relative densité de structures et leur proximité dénotent l’existence de plusieurs phases de constructions. Il n’est cependant pas certain que ces structures soient toutes contemporaines de l’enclos. Les quelques structures identifiées à l’extérieur de l’enclos correspondent également à des fosses et trous de poteau. Seuls quatre poteaux, présents au niveau de l’angle sud-ouest, forment un alignement correspondant peut-être à une petite palissade. Les fosses ne présentent pour leur part aucune caractéristique particulière permettant d’identifier leurs fonctions.

Le mobilier mis au jour est rare. Il se compose essentiellement de céramique et d’un peu de faune, les deux correspondant à des rejets détritiques de type domestique, et ne livre que peu d’éléments datants. La céramique permet toutefois de proposer une datation entre La Tène moyenne et La Tène finale mais la relative méconnaissance du faciès céramique de La Tène moyenne pour ce secteur rend difficile toute tentative de datation plus précise. L’absence de céramiques d’importation et d’amphores peut cependant être notée. Si tout le mobilier de cette occupation permet de l’apparenter à un établissement rural de statut peu élevé, la découverte, lors du diagnostic, d’un assemblage particulier de pièces métalliques suscite des interrogations. Issu de l’un des fossés internes, le lot est constitué d’une petite serpette, d’un couteau, d’un talon de lance, d’une monnaie et d’un probable fragment de fourreau. La particularité de cet ensemble réside dans l’association d’éléments relevant de catégories fonctionnelles variées dont certaines n’appartiennent pas à la sphère domestique. Si le caractère original de cet assemblage ne fait aucun doute et que l’hypothèse d’un dépôt volontaire peut être avancée, les raisons de ce geste restent, pour l’heure, inexpliquées.

Au sein de l’emprise, cinq silos ont été mis au jour. La rareté du mobilier ne permet pas de définir leur chronologie mais la position de l’un d’entre eux, accolé à l’un des fossés de l’enclos, établit avec certitude l’existence de deux occupations distinctes. Par ailleurs, les quelques éléments céramiques issus de son comblement présentent des caractéristiques qui tendent à prouver son antériorité. La plupart des fosses et trous de poteau mis au jour sur le site n’étant pas datés, il est possible que certains d’entre eux lui soient associés, bien qu’aucun élément ne permette de l’affirmer. Les autres silos n’ont pas livré de mobilier datant. Seul l’un d’entre eux, daté par radiocarbone, semble appartenir à la période de La Tène moyenne – finale. Ce silo a en outre livré les squelettes en connexion de deux jeunes caprinés (fig. 3).

Le site de Paray-Vieille-Poste « Les Avernaises » se situe dans un secteur relativement bien documenté pour la période laténienne. En raison d’une urbanisation croissante, cette partie du plateau de Longboyau a bénéficié de nombreuses opérations archéologiques dont plusieurs portent sur des occupations laténiennes. Les sites mis au jour concernent essentiellement des occupations du début et de la fin de la période, soit de La Tène ancienne et de La Tène finale, les occupations de La Tène moyenne étant encore largement méconnues. Les premières correspondent essentiellement à des silos associés dans quelques cas à des fosses et bâtiments sur poteaux. La présence récurrente de dépôts particuliers dans leurs comblements constitue un caractère original des occupations de ce secteur, l’un des dépôts les plus emblématiques étant peut-être celui de Massy « ZAC de la Bonde » où huit carcasses d’animaux ont semble t-il subi une série de manipulations (Mathéry 2014). Les occupations de La Tène finale correspondent pour leur part à des établissements ruraux matérialisés par des enclos. Plusieurs d’entre elles ont été partiellement identifiées et fouillées dans un secteur géographique restreint. La présence, dans un périmètre proche, de plusieurs établissements de statut élevé constitue par ailleurs un fait intéressant. Le site mis au jour à Wissous, sur la zone sud-ouest de la plateforme aéroportuaire d’Orly, est de loin l’établissement le plus important du secteur connu pour la fin de la période laténienne (Quenez, à paraître). Ses dimensions, notamment celle des fossés, son organisation et le mobilier qu’il a livré révèlent le statut élevé des occupants appartenant sans aucun doute à une élite locale. À peu de distances, les sites de Massy « ZAC de la Bonde » et de Wissous « Voie des Morvilliers » présentent également des marques d’aisance, signe de la position élevée des propriétaires dans la hiérarchie (Mathéry 2014, Blanchard 2016). Bien que la stricte contemporanéité des établissements ne soit pas établie, l’existence de plusieurs établissements d’importance dans un périmètre restreint dénote la place particulière que devait occuper ce secteur dans l’économie et la politique locale. Bien que de moindre importance, le site de Paray-Vieille-Poste « Les Avernaises » vient compléter les données disponibles.


Laëtitia Noël, janvier 2016.