Paris (75) – Carreau du Temple

Paris (75) – Carreau du Temple

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

07 février - 07 octobre 2011

Fouille préventive

Médiéval, moderne, contemporain.

DATE : 07 février - 07 octobre 2011

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Médiéval, moderne, contemporain.

À l’occasion de travaux de réhabilitation de la halle du Carreau du Temple, une opération de fouille a été menée en 2011 mobilisant une vingtaine d’archéologues pendant plusieurs mois. La rénovation de la halle métallique impliquait la création de deux niveaux de sous-sols, entraînant de fait la destruction des niveaux archéologiques. L’intervention a débuté par une surveillance archéologique en fin d’année 2010, lors des premières reprises en sous-œuvre de la structure métallique.

Les investigations ont révélé plusieurs grandes phases d’aménagement, qui débutent au XIIe siècle et se prolongent jusqu’à nos jours, aucune trace antérieure n’ayant été observée.

La première occupation est matérialisée par un réseau de fossés, puis un premier mur s’établit au-dessus, marquant l’installation de la commanderie du Temple sur ce terrain au XIIe siècle. Ce mur délimitait l’espace du prieuré dans l’ensemble plus vaste de l’enclos du Temple. Contre le mur, un bâtiment doté d’une cave est implanté, à l’extérieur du cimetière, au sud-est de l’église. Il pourrait s’agir d’une partie du premier hôtel prieural. À l’est du mur, sont creusées quelques sépultures contemporaines de la rotonde du Temple située hors emprise à l’ouest. Au XIIIe siècle, le mur est en partie démoli pour la mise en place de nouvelles constructions : l’abside du chœur de l’église Sainte-Marie-du-Temple et l’aile nord du cloître. L’occupation s’étend alors un peu plus vers l’est, mais le reste de l’enclos demeure dédié aux jardins.

La fouille de la partie orientale du cimetière (cf. Partie 2 du rapport, l’étude anthropologique) a livré 180 sépultures médiévales implantées depuis le XIIe siècle jusqu’au début du XIVe siècle. Si l’installation des tombes est tout d’abord contrainte par le premier mur d’enclos de l’espace prieural, la destruction de celui-ci permet l’extension du cimetière vers l’est. L’espace funéraire est désormais organisé autour des bâtiments conventuels (le premier hôtel du prieur, l’église et le cloître) et clôt par un nouveau mur joignant l’angle sud-est du cloitre et l’angle nord-est du bâtiment à la cave. Ce mur de clôture fixe une limite pérenne pour l’extension orientale du cimetière et ce jusqu’au démantèlement post-révolutionnaire des maçonneries de l’enclos.

Une partie d’un système d’adduction d’eau potable a été mise au jour : ce système traverse les jardins et le cimetière, perturbant des sépultures et s’adaptant aux maçonneries de l’église et à la galerie du cloître. Sa mise en place semble dater de la fin du XIVe siècle, période à laquelle les hospitaliers s’installent au Temple. Le réseau hydraulique persistera jusqu’au XVIIe siècle et subira de nombreuses réfections dès le XVIe siècle.

Un hiatus a été mis en évidence dans les niveaux d’inhumation médiévale à partir de la seconde moitié du XIVe siècle. L’installation du réseau d’adduction d’eau sur une partie de la zone funéraire est probablement à mettre en lien avec l’abandon de ce secteur du cimetière. À l’ouest, l’enclos demeure dédié aux jardins, et quelques constructions ont été mises au jour. Postérieures au XIVe siècle, elles sont largement récupérées au XVIe siècle et ne figurent pas sur les représentations connues.

Dans le courant du XVIe siècle, la partie du cimetière située sur notre emprise est de nouveau en activité. Cette reprise d’occupation est contemporaine de la construction d’une nouvelle chapelle édifiée au début du XVIe siècle dite du « Nom de Jésus ». Deux murs permettent la partition de l’espace prieural, avec au sud le cimetière, au nord la galerie du cloître et au centre, le système hydraulique dans l’alignement de l’abside de l’église.

Le caractère rural de la parcelle va perdurer jusqu’au XVIIe siècle. À cette période la pression foncière dans l’enclos s’accroît et les jardins sont peu à peu amputés avec la création et l’extension d’hôtels particuliers puis la construction de la « Galerie du Prince de Conti » suivie de celle de la rotonde de Pérard de Montreuil. Après la Révolution et la désaffectation religieuse de l’enclos commence son démantèlement. Les bâtiments symboliques (la chapelle du Nom de Jésus et l’église Sainte-Marie) sont détruits, seule persiste sur notre emprise la rotonde, préservée grâce à son caractère commercial renforcé par la mise en place de halles en bois.


Isabelle Caillot, novembre 2014.