Ploudaniel (29) – Le Parcou, route de Kerno

Ploudaniel (29) – Le Parcou, route de Kerno

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

05 janvier - 27 février 2015

Fouille préventive

Âge du Bronze, premier et second âges du Fer (Hallstatt/La Tène), Antiquité.

DATE : 05 janvier - 27 février 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Âge du Bronze, premier et second âges du Fer (Hallstatt/La Tène), Antiquité.

Le site de Ploudaniel, au lieu-dit Le Parcou, Route de Kerno est situé au cœur du Pays de Léon, au nord-ouest du Massif armoricain. C’est là que des fouilles archéologiques ont été conduites durant sept semaines, entre le 12 janvier et le 27 février 2015, par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Christophe Sévin-Allouet. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement de la ZAC du Parcou par la communauté de commune du Pays de Lesneven (29). Ces investigations ont permis de mettre au jour une occupation diachronique du site. Cette dernière concerne d’abord une grande enceinte quadrangulaire, ainsi que des structures en creux associées (trous de poteau, fosses, puits, etc.), caractérisant une zone d’habitat du Bronze final, une structure annulaire fossoyée à possible vocation funéraire datée de la même période, un souterrain daté du deuxième âge du Fer, ainsi qu’une quarantaine de fosses de charbonnages appartenant à l’âge du Fer.

L’enceinte domestique de l’âge du Bronze

Une enceinte quadrangulaire, datée ici du Bronze final, entre 1260 et 1050 av. J.-C. d’après les datations radiocarbones, a été mise au jour sur le site de Ploudaniel Le Parcou. Cette dernière, associée à des structures en creux renvoyant à des activités domestiques, semble avoir peu d’équivalent local. Tout au plus pouvons nous mentionner comme point de comparaison régional les sites, datés de la même période, de Lannion Bel Air (Escats 2013) ou de Plouedern Leslouch’ (Blanchet 2013) ; tous deux possédant en effet un système d’enceinte similaire, bien que de taille beaucoup plus importante. Hormis ces deux exemples, les enceintes les plus proches présentant des caractéristiques similaires se trouvent en Normandie, dans la plaine de Caen, sur les site de Mondeville « ZI Sud » (Chancerel et al. 2006) et de Mondeville L’Etoile (Besnard-Vauterin et al. 2006).

Plus largement, à l’échelle extra-régionale, ces grandes enceintes (parfois associées à des enclos funéraires circulaires), et datées de la seconde moitié du second millénaire, sont à rapprocher de la culture britannique de Deverel-Rimbury (Bradley 2014). En effet, cette dernière, qui émerge à la transition entre le Bronze moyen (Middle Bronze age) et le Bronze final britannique (Late Bronze age) selon des modalités encore discutées, apparaît ainsi contemporaine des premières enceintes mentionnées ci-dessus et datées de la même période. Cette culture du sud de l’Angleterre (de la région du Dorset), partage des caractéristiques communes avec beaucoup de régions du nord de l’Europe dont, très vraisemblablement, l’Ouest de la France. Les trois exemples d’enceintes mises au jour ces dernières années en Bretagne (Ploudaniel Le Parcou, Lannion Bel Air et Plouedern Leslouch’), replaceraient désormais cette région, qui conserve bien sûr ses particularismes locaux, dans cette même sphère d’influence culturelle.

Un cercle fossoyé de l’âge du Bronze

La mise au jour d’un enclos circulaire, associé donc dans le cas présent à une grande enceinte, constitue la deuxième découverte majeure sur le site de Ploudaniel. Par association avec les sites normands et bretons mentionnés ci-dessus, nous avons décidé de lui attribuer, par défaut, une fonction funéraire. Cependant, il convient de signaler que si la céramique est susceptible de rattacher ce dernier à la période du Bronze final, sans plus de précisions ni de certitudes (cf infra. Étude céramique), aucun élément ne permet en revanche d’attester d’une fonction funéraire de ce dernier, puisque aucun dépôt de crémations ou d’inhumations n’a été mis en évidence. Considérant de plus que les deux datations C14 obtenues sur cet enclos, le plaçant à la fin du Néolithique moyen (UB 29358 et Beta 367042), ont été écartées car jugées très en-dehors des données régionales connues, il faut alors être ici très prudent quant à l’interprétation et aux conclusions relatives à cette structure : nous n’avons pour cette dernière ni datation clairement posée ni fonction avérée.

D’après le dernier recensement, issu d’un travail de Master 1 réalisé à l’Université de Rennes, le nombre d’enclos circulaires mis en évidence en Bretagne, principalement par prospection aérienne, serait de 273 (Le Maire 2014). Cependant, toujours d’après ces travaux, seulement une trentaine de ces derniers ont été fouillés et présentent donc des données exploitables. De plus, sur cette trentaine, ce ne sont que dix-neuf cas qui semblent rattachables à la période de l’âge du Bronze prise dans son ensemble. Ainsi, si les prospections aériennes de ces dernières années attestent de la présence de centaines de cercles de ce type en Bretagne, l’absence de données quant à ces derniers, aussi bien sur leur chrono-typologie que sur leur(s) fonction(s) dans le temps, ne permet pas de proposer à ce stade une réflexion pertinente quant à ce sujet. Le cercle à fossé interrompu de Ploudaniel, pour lequel une fois encore nous ne disposons d’aucune datation certaine ni de fonction clairement établie, vient uniquement enrichir d’un exemple supplémentaire le maigre corpus déjà existant.

Plus généralement, nous avons décidé dans ce travail de mettre succinctement en perspective ces cercles bretons avec ceux connus dans la nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas ; ceux-là se développant dès le Bronze ancien selon un jeu de réseau qui se met en place, depuis le sud de l’Angleterre, autour de la Manche et de la Mer du Nord.

Un souterrain du second âge du Fer

La découverte d’un souterrain sur le site de Ploudaniel Le Parcou lors des tous derniers jours de fouille, daté du début du second âge du Fer, et plus précisément de la fin du Ve début du VIe siècle d’après les études céramiques, constitue certes une découverte intéressante, mais qui vient simplement enrichir un corpus régional qui, à l’inverse des enclos circulaires mentionnés précédemment, est déjà très largement documenté et bien étudié. De plus, avec une architecture assez simple, constituée uniquement d’un puits d’accès composé d’une volée de marches et distribuant deux petites cellules latérales, l’exemple de Ploudaniel apparaît comme un type très simple de structure souterraine.

Cet exemple de Ploudaniel s’intègre dans un contexte régional et micro-régional extrêmement riche que nous donnons sous forme de carte et d’inventaire exhaustif dans le cadre du présent rapport ; un excellent travail de synthèse ayant été déjà fait tout récemment, nous renvoyons alors le lecteur à ce dernier (Bossard 2015).

Une activité de charbonnage de l’âge du Fer

Enfin, ce sont quarante-sept fosses, interprétées comme des fosses de charbonnages, qui ont été mises au jour sur le site de Ploudaniel Le Parcou, Route du Kerno. En effet, l’étude anthracologique conduite dans le cadre de ce rapport par Sandrine Paradis-Grenouillet sur six de ces structures, confirme bien ici la présence de charbonnières ; notamment par une sélection spécifique et exclusive d’une espèce précise au sein de l’espace arboré.

Non loin de là, cette hypothèse de charbonnières avait également été émise pour le site de Leslouc’h à Plouedern (Blanchet 2013). Les datations obtenues ici par radiocarbone placent cette activité entre le début du premier âge du Fer et la fin du second, avec peut-être un débordement sur la période antique. Il est difficile de déterminer si ces structures ont été utilisées à plusieurs reprises au cours du temps, ou si elles ne sont destinées qu’à un usage ponctuel et unique. L’épaisseur des parois observée dans certaines de ces fosses, parfois importante, pourrait en effet tout autant être le signe d’un ou plusieurs réemplois comme elle pourrait être le signe d’une cuisson prolongée.

La découverte de fosses de charbonnages sur le site de Ploudaniel reste particulièrement intéressante. Elle vient en effet s’insérer dans une recherche qui n’en est qu’à ses débuts et, plus généralement, elle participe à nous renseigner sur les interactions qui ont existé entre les sociétés de l’âge du Fer et leur(s) environnement(s), ainsi que sur les modalités d’exploitations de ces derniers.


Christophe Sévin-Allouet, février 2015.