Pont-Scorff (56) − Nénijo

Pont-Scorff (56) − Nénijo

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

19 septembre – 23 novembre 2016

Fouille préventive

Néolithique, Protohistoire (âge du Bronze, âge du Fer), Antiquité, Moyen Âge, époques moderne et contemporaine

DATE : 19 septembre – 23 novembre 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Néolithique, Protohistoire (âge du Bronze, âge du Fer), Antiquité, Moyen Âge, époques moderne et contemporaine

Les fouilles menées sur le site de Pont-Scorff, Nénijo ont été réalisées par le bureau d’études Éveha entre septembre et novembre 2016. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement du lotissement de Nénijo par la SARL Pierreval Aménagement. Les vestiges mis au jour ont permis de mettre en évidence plusieurs phases d’occupations réparties sur l’ensemble des 2 ha étudiés pour les besoins de cette l’opération.

Les structures les plus anciennes, déjà repérées au moment du diagnostic, se localisent sur le versant sud-ouest de l’emprise. Elles se définissent par un ensemble de fosses oblongues et de quelques trous de poteau. L’absence d’organisation manifeste empêche toute caractérisation précise de ce petit ensemble qui pourrait être lié à des activités d’extraction. Les rares artefacts retrouvés dans leur comblement, associés à deux datations radiocarbones, permettent d’attribuer ces indices d’occupation au Néolithique moyen.

Au nord du site, plusieurs impacts de trous de poteau et de petites fosses sont datés, grâce au mobilier céramique retrouvé dans le comblement d’un de ces faits, de la fin de l’âge du Bronze. Bien qu’aucun plan n’ait été décelé, ce groupement de structures s’apparente à un petit habitat dont la localisation en bordure d’emprise nous empêche d’en appréhender l’ampleur et l’organisation. À une trentaine de mètres à l’ouest de cette unité, un tronçon de fossé curviligne présentant un profil en V à fond plat a livré des lots de tessons de céramique attribués au 1er âge du Fer (Hallstatt C/D). Cette structure se développe hors de l’emprise de fouille vers le nord et sa courbe suggère un enclos de forme circulaire ou ovale. S’en suit un hiatus jusqu’à La Tène moyenne où un réseau parcellaire se met en place sur l’ensemble de la zone étudiée. Il présente une grande parcelle quadrangulaire mesurant a minima 1,4 ha à laquelle se raccroche en son angle sud-est une série de petits enclos continus liés. Le tout évoque un système à vocation agro-pastorale proche du pacage et du tri de bêtes. Aucun habitat associé à ces activités n’a été décelé dans l’emprise de l’opération.

La principale occupation observée sur le site de Nénijo porte sur la période antique. Prenant place sur une large partie de la zone étudiée, cette phrase correspond à la mise en place d’un habitat à l’Antiquité tardive. Elle se matérialise par une série de bâtiments sur poteaux de différentes tailles. L’étude de leurs plans montre des récurrences architecturales, notamment dans la réutilisation de modules et de mesures d’un édifice à l’autre, témoignant d’un savoir-faire manifeste. Deux types de construction ont pu être définis : les bâtiments dont la superficie dépasse les 28 m², probablement liés à l’habitat et les bâtiments « annexes » aux superficies plus restreintes (moins de 19 m²) et ayant pu servir de structure de stockage de type grenier. Toutefois, l’indigence du mobilier ne permet pas d’avancer outre mesure les hypothèses quant à leur fonction. La possibilité d’espaces liés à des artisanats non identifiés n’est pas à exclure.

Si cet habitat ne semble pas relié à une occupation du Haut-Empire, un établissement préalable se situant à proximité est fortement suspecté. La large proportion de céramiques en terre sigillée d’Argonne retrouvée dans le mobilier mis au jour sur le site, ainsi que la récupération de matériaux, tels que des tuiles, dans l’édification de structures de combustion sont des indices allant dans ce sens. L’identification d’une activité de métallurgie liée au recyclage d’alliages cuivreux a également pu être mise en lien avec cet habitat.

L’indigence du mobilier empêche un phasage rigoureux de l’évolution de cet habitat. Les analyses radiocarbones de deux charbons de bois prélevés dans le comblements de trous de poteau permettent d’envisager la poursuite de cet habitat jusqu’au vie siècle, voire la première moitié du viie siècle de notre ère. Des comparaisons avec des habitats du premier Moyen Âge fouillés récemment en Bretagne orientale comme les Rives du Blosne à Chantepie, Vassé à Torcé ou encore La Primaudière à Noyal-sur-Vilaine montre des points communs avec l’occupation repérée à Nénijo, notamment en ce qui concerne l’architecture du bâti sur poteaux.

Suite à l’abandon de cet habitat, le territoire est remembré au Moyen Âge avec la mise en place de fossés délimitant de nouveaux espaces agraires. Des tessons de céramique médiévale (céramique onctueuse), ainsi que des fragments de schiste ardoisier se retrouvent dans le comblement de ces structures.

S’insérant dans des problématiques de recherche récentes, ce site permettra ainsi d’aborder la question de la transition entre ces deux périodes dans les campagnes du Nord-Ouest.


Marine Gourmelon, octobre 2017.