Pont-sur-Seine (10) – Le Gué Dehan – zones 3 et 4

Pont-sur-Seine (10) – Le Gué Dehan – zones 3 et 4

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

07 avril - 16 octobre 2014

Fouille préventive

Paléolithique supérieur/Mésolithique, Néolithique moyen, Néolithique récent, Néolithique final, Âge du Bronze ancien, Âge du Bronze final, Hallstatt, La Tène, Haut-Empire, Bas-Empire, Moyen-Age, Moderne/contemporain.

DATE : 07 avril - 16 octobre 2014

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Paléolithique supérieur/Mésolithique, Néolithique moyen, Néolithique récent, Néolithique final, Âge du Bronze ancien, Âge du Bronze final, Hallstatt, La Tène, Haut-Empire, Bas-Empire, Moyen-Age, Moderne/contemporain.

Les opérations archéologiques réalisées au lieu-dit Le Gué Dehan zones 3 et 4 se situent au nord du village de Pont-sur-Seine, en région Grand-Est, dans le département de l’Aube (10), dans la Bassée nogentaise (ou Bassée amont). Le site se trouve dans la plaine alluviale de la Seine, à la limite de la Champagne crayeuse et des formations tertiaires de la Brie, sur la rive droite du fleuve, à environ 500 mètres de son cours actuel. La fouille, qui a porté sur une surface de l’ordre de 7,5 hectares, a permis d’étudier des occupations dont la chronologie s’étale principalement du Néolithique récent jusqu’à la période moderne.

Si des indices d’occupations du Paléolithique ou du Mésolithique, du Néolithique ancien, du Néolithique moyen I (Cerny ancien) et du Néolithique moyen II sont attestés, sous la forme de quelques restes lithiques et/ou céramiques en position secondaire et peut-être quelques structures isolées (fosse en « w » par exemple), la première occupation présentant une forte emprise sur les zones fouillées peut être datée du Néolithique récent (3260 et 3050 BCE). Les vestiges mis en évidence font partie de toute évidence d’un vaste ensemble partiellement fouillé par l’Inrap (Desbrosse et Peltier, 2010 − Haut Launoy zone 3 (Peltier 2015), le Haut Launoy (Desbrosse en cours).

L’organisation de cette occupation s’inscrit dans une structuration géoarchéologique précise et choisie. En effet, la topographie de l’occupation apparaît bien corrélée à un ensemble géologique de montille sablo- graveleuse en position d’insubmersibilité, dont les limites archéologiques sont calquées sur celles entre montille et plaine d’inondation et/ou de zone humides. Cette occupation est constituée d’un système d’enceinte relativement complexe qui pourrait enclore une surface de l’ordre de 40 à 50 hectares. Il se compose tout d’abord d’un large fossé en chapelet. Les tronçons sont de morphologies et de dimensions variables : de 100 m et 150 m de long, de 6,2 m et 8 m de large, de 1,5 m à 2 m de profondeur (conservée). Ce large fossé était vraisemblablement bordé d’un talus interne, constitué par les déblais de l’extraction des terres liées à sa construction, qui se trouvait à proximité du flanc interne des fossés. Ce talus est révélé par des apports dissymétriques et des sédiments de natures différentes entre la base et le sommet du remplissage du fossé et visible sous forme résiduelle sur les photos aériennes. La présence d’alignements de trous de poteau longeant ce fossé en chapelet pose également la question de la présence d’un éventuel dispositif de type palissade doublant cette levée de terre. Ce premier fossé est doublé au nord par un fossé palissadé.

Cet ensemble palissadé est percé en zones 3 et 4 par trois systèmes d’entrée, signalés par des interruptions des fossés, dont deux seulement ont pu être étudiés, le troisième étant hors emprise. Ces interruptions sont longées par des palissades en forme d’antennes rentrantes orientées au nord-est. La construction de ces palissades se caractérise par le creusement d’une tranchée peu large (entre 0,50 m et 0,30 m) dans laquelle sont placés des rondins de bois jointifs de 0,2 m et 0,3 m de diamètre environ, parfois bloqués par des cales en bois. Des différences apparaissent toutefois entre ces palissades d’entrée. En zone 4, ces palissades sont plus grandes alors qu’en zone 3, elles présentent de nombreux aménagements connexes (fosses oblongues ou tranchées). Des distinctions apparaissent également dans le mode d’interruption du fossé palissadé. Dans la zone 4, le système d’entrée n’est pas signalé par une interruption visible, mais par un aménagement en entonnoir conçu pour canaliser l’accès à l’intérieur de l’enclos. Au contraire, dans la zone 3, il est caractérisé par une ouverture physique dans la palissade réduite par le creusement de deux fossés connexes. Ces palissades mènent à des bâtiments massifs sur poteaux porteurs. Les agencements des poteaux et les dimensions des édifices sont très différents entre la zone 3 et la zone 4, ce qui permet de penser que ces bâtiments sont de types différents. Ces éléments (systèmes d’ouvertures différents, palissades et bâtiments d’entrée de types différents) permettent de poser l’hypothèse selon laquelle ces systèmes d’entrée pourraient avoir des fonctions différentes.

La partie interne de l’enceinte a livré au moins 7 bâtiments. Ils répondent tous aux mêmes schémas architecturaux : plan rectangulaire, largeur de l’ordre de 5 m, poteaux placés dans des avant-trous, espacement entre les poteaux des parois longitudinales variable, mais généralement compris entre 0,8 m et 1,3 m, etc. Les grands bâtiments présentent une partition interne en 5 à 6 parties, alors que les petits comportent 2 à 3 parties. Les variations observées dans les schémas architecturaux pourraient être liées plutôt à des différences fonctionnelles entre les édifices, mais cet aspect reste difficile à démontrer compte tenu de l’aspect fragmentaire des données. Quelques structures en creux complètent l’organisation interne de l’espace enceint. Celles-ci, peu nombreuses, se concentrent principalement près des édifices rectangulaires et sont au moins partiellement comblées par des rejets domestiques. Il semble également que les larges fossés ou le talus de terre aient servi de zone rejet si l’on en juge par la richesse du mobilier récolté dans ces zones.

Après le Néolithique récent, le site présente des occupations plus discrètes entrecoupées de hiatus : empierrements brûlés et une fosse probablement du Néolithique final, sépultures néolithiques isolées et mal datées, quelques structures du Bronze ancien/moyen (sépulture, puits, fosse), traces d’occupation du Bronze final 3b.

C’est à l’âge du Fer que le site semble à nouveau densément occupé. Ces occupations s’articulent sur un ensemble de bâtiments sur quatre à huit poteaux classiquement interprétés comme des structures de stockage de type greniers aériens. Ils sont souvent associés à des structures de rejets domestiques et à des puits. Malgré une certaine homogénéité de ces constructions, les datations 14 C comme le mobilier céramique ou les recoupements de certains édifices portent à croire que cette occupation centrée sur la Tène B1a débute à la fin du Hallstatt (D2/D3).

Après une période d’abandon relatif, l’occupation du site à la période romaine se matérialise, tout d’abord, par de larges fosses d’extraction de graviers, creusées d’ouest en est sur la zone 4, puis par 2 voies munies de fossés bordiers, à la fin du I er siècle avant ou au tout début du I er siècle après J.-C. La position des voies étudiées à Pont-sur-Seine permet de penser qu’il s’agit de la voie romaine Troyes-Meaux identifiée également à Barbuise par Tomasson (1988). Deux fossés drainants (début II e siècle) et un chemin creux plus tardif (daté de la fin du II e siècle) traverse en partie les zones 3 et 4. Cette étape souligne le statut de zone de passage de Pont-sur-Seine à la période romaine.

Après la période romaine, le site semble occupé de façon plus sporadique ou pour des fonctions plus spécifiquement liées à l’agriculture : puits et fosse datés de l’époque médiévale ( X e – XII e siècle) ; fosses de plantations, fossés drainant et fossés parcellaires pour la période contemporaine.


Cédric Lepère, janvier 2017.