Poupry (28) − lot 2

Poupry (28) − lot 2

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

5 octobre - 18 décembre 2015 puis 12 janvier - 3 février 2016

Fouille préventive

Protohistoire, Antiquité.

DATE : 5 octobre - 18 décembre 2015 puis 12 janvier - 3 février 2016

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Protohistoire, Antiquité.

L’opération préventive de La Fromagée, Les Hernies (lot 2) à Poupry (Eure-et-Loir) a été réalisée par le bureau d’Etudes Eveha sous la responsabilité de Florian Sarreste. Elle intervient dans le cadre de l’aménagement d’une zone d’activités piloté par le syndicat mixte d’Artenay-Poupry. La fouille a eu lieu du 5 octobre 2015 au 3 février 2016 et a concerné 3,8 ha. Les études se poursuivent actuellement afin d’affiner notre compréhension des occupations mises au jour.

Les traces d’occupation les plus anciennes mises en évidence correspondent à deux concentrations de silex taillés piégés dans le comblement de dépressions naturelles. Environ 400 pièces ont été collectées dans ces colluvions. Leur datation, encore provisoire, est comprise entre le Mésolithique et le Néolithique final. Aucune structure n’est associée à cette période.

Les premiers éléments structurés appartiennent au second Âge du fer (Ve – IIIe siècles av. n. è.). Il s’agit d’une vaste nécropole située en limite orientale du lot 2 et s’étendant dans la fouille voisine du lot 3 (cf. notice sur le site des Hernies – lot 3). Sept silos peuvent également associés à la Protohistoire. Six d’entre eux sont regroupés au centre de l’aire décapée. Ils ne contiennent malheureusement que très peu de mobilier céramique. Toutefois, leur gabarit et la proximité de nombreuses structures de ce type datées mises en évidence lors de diagnostics proches permettent de les attribuer à une période allant du Hallstatt final à de La Tène ancienne. Aucune trace d’habitat liée à ces structures de stockage n’a été reconnue.

C’est probablement vers le tournant de l’aire qu’est installé un établissement rural à l’ouest de l’ancienne nécropole. Celui-ci est composé de deux enclos fossoyés. L’enclos méridional enserre un espace quadrangulaire d’environ 1,85 ha et dispose d’au moins une ouverture matérialisée par une interruption du fossé à l’est. Peu de structures d’époque romaine ont été découvertes dans cette parcelle. On peut seulement signaler un foyer et une fosse au nord et un fossé et une mare, au sud. Il n’a a pas été possible de mettre en évidence d’aménagements en lien avec une culture particulière dans ce secteur (ni trace de labours, ni fosses de plantation). Une concentration de chablis située à l’ouest du fossé de partitionnement pourrait témoigner de la présence d’un boisement ancien – encore non datée – dans cette zone.

L’habitat et la partie agricole de l’établissement sont compris dans l’enclos nord. Ce dernier, de forme trapézoïdale, a connu plusieurs modifications affectant son emprise et son partitionnement interne. La surface totale enclose est de 8 100 m². Les dimensions des fossés sont légèrement supérieures à celles de la parcelle sud, mais n’excède toutefois jamais 2 m de large pour 80 cm de profondeur conservée. Aucun dispositif d’accès n’a été découvert mais la disposition générale des éléments internes invitent à restituer un accès par l’est, peut-être via un système de chicane ouvert au nord.

Trois bâtiments ont été reconnus à l’intérieur de l’enclos. Le bâtiment 1 est un édifice maçonné à contreforts de 16,40 m sur 9,90 m (hors contreforts). Seules les fondations nous sont parvenues. L’espace interne de 117 m² n’est pas cloisonné. Deux plots de supports de charpente étaient installés sur l’axe longitudinale. L’espace entre ces plots et le mur sud était occupé par un hérisson de tuiles. Ce dernier marque sans doute l’accès au bâtiment. Le bâtiment 1 présente les caractéristiques d’une grange à contreforts. L’absence d’aménagement et de mobilier est cohérente avec cette interprétation.

Le bâtiment 2 devait également être maçonné. Il n’est conservé que par une partie de sa semelle de fondation, apparue dans la terre végétale. La portion observée permet d’attester la largeur de l’édifice : 10,50 m. La longueur minimum est de 12,65 m. Cette construction est associée à trois celliers excavés indiquant une probable vocation résidentielle. Leur comblement a livré un mobilier relativement abondant parmi lequel on peut souligner la présence d’éléments provenant d’une toiture de tuiles effondrée et des enduits peints invitant à restituer une construction de qualité. Plusieurs exemplaires de semelles cloutées ont également été découvertes dans ces celliers.

Le dernier édifice est construit sur poteaux plantés. Il s’agit d’une construction quadrangulaire à deux nefs d’environ 12 x 6 m. Il est également associé à 4 celliers dont deux ont livré un très abondant mobilier céramique du Ier siècle de notre ère mais aussi des objets en fer (couteaux, fragments de faucille entre autres). Il s’agit ici aussi vraisemblablement d’un bâtiment d’habitat.

Un puits, une mare et un potentiel abreuvoir (ou une fumière ?) se trouvent dans la partie sud-ouest de l’enclos. Ces derniers sont environnés d’aires perturbées interprétées comme des zones de piétinement animal liées à l’utilisation de la mare. Le puits a été fouillé intégralement, en grande partie manuellement. Profond d’environ 15,5 m pour une diamètre moyen de 1,2 m. Il disposait d’une réserve de 4,5 m de hauteur, soit un volume de 5 m³. La quantité d’eau stockée devait servir en partie à alimenter la mare de l’enclos nord. En effet, celle-ci est située sur un point haut dans un substrat qui ne retient pas naturellement l’eau. Le puits n’a pas livré de dépôt mobilier. Toutefois son comblement détritique contenait quelques éléments en bois, de la microfaune, de la faune, des fragments de meules et un bloc lapidaire.

L’établissement semble abandonné à la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle.


Florian Sarreste, avril 2016.