Rieumes (31) – Rue de Carrey, Place des Marchands

Rieumes (31) – Rue de Carrey, Place des Marchands

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

17 mai – 7 juin 2018

Fouille préventive

Moyen Âge central, bas Moyen Âge, époque moderne.

DATE : 17 mai – 7 juin 2018

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Moyen Âge central, bas Moyen Âge, époque moderne.

Les fouilles menées en mai-juin 2018 à Rieumes, dans la rue de Carrey au niveau de la place des Marchands, ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité d’Alexis Corrochano. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement, mené par la Mairie, sur la voirie publique et entraînant l’installation d’un réseau d’assainissement pluvial dans le cœur du village.

 

Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour une cinquantaine de vestiges datant très majoritairement du Moyen Âge central et correspondant principalement à un ensemble funéraire (47 tombes ont pu être identifiées) dont la période d’utilisation est estimée entre le XI e et le milieu du XIII e siècle.

 

Dans le cadre de la fouille, limitée à l’emprise de la tranchée des travaux, quinze sépultures à inhumation ont pu être fouillées finement et analysées in situ selon les principes de l’archéo-anthropologie, les autres tombes identifiées n’étant que partiellement visibles ou conservées dans les limites de la tranchée. Le premier intérêt de la fouille est d’avoir identifié une portion d’un cimetière inédit, aucune mention textuelle ne permettant d’envisager sa présence. L’autre intérêt majeur réside dans la découverte, au sein de plusieurs tombes, de planches et de traverses de bois bien conservées, probablement à cause des nombreux battements de la nappe phréatique dans l’encaissant molassique.

 

À Rieumes, le type de sépulture le plus fréquemment observé correspond à une fosse creusée dans la molasse, de plan légèrement trapézoïdal et dotée d’une logette pour la tête du défunt. Ce plan, resserré près du corps du défunt, s’élargit en remontant vers la surface et des niches latérales sont aménagées pour y loger les traverses de bois. Celles-ci supportent la planche ou les planches de couverture sur laquelle était remblayée la terre du creusement initial. Les analyses xylologiques ont mis en évidence une plus grande fréquence du Hêtre (suivie du Chêne et du Frêne) pour la confection de la couverture des tombes tandis que les traverses sont élaborées en Chêne caducifolié. L’étude anthropologique a pu être réalisée sur quinze individus, révélant un état de conservation osseuse médiocre. Le corpus est composé de neuf adultes et de six immatures, les adultes (cinq individus de sexe masculin pour un individu de sexe féminin) étant plutôt âgés. L’approche sanitaire montre de nombreux stress  principalement mécaniques (lésions arthrosiques, rizarthrose, etc.) et traumatiques (au niveau des côtes), suggérant un milieu favorable mais des conditions de vie assez difficiles impliquant des activités répétées du dos et des mains.

 

Les datations radiocarbone effectuées sur deux individus (un troisième échantillon n’ayant pas livré de collagène) permettent de cerner l’utilisation du cimetière entre le deuxième quart du XI e siècle et (au plus tard) le milieu du XIII e siècle. L’étude céramologique, ayant principalement porté sur les tessons issus des comblements des fosses sépulcrales, fournit un terminus post quem un peu plus ancien pour cerner le début de l’utilisation du cimetière, la majorité du corpus céramique se rattachant aux groupes techniques et aux formes des IX e -XI e siècles. Après l’abandon de la fonction funéraire du lieu, les données archéologiques et stratigraphiques suggèrent la mise en place d’une voirie en calade, au plus tôt à partir de la fin du Moyen Âge et en activité durant l’époque moderne. Ce qui ne signifie pas que l’itinéraire menant au castrum ecclésial n’existait pas auparavant. D’autres vestiges associés (quelques trous de poteau, une fosse, une petite fondation en briques, etc.) témoignent du développement de la ville au-delà du noyau médiéval ancien, en direction de l’est. La ville est en effet connue au bas Moyen Âge pour son marché et ses foires, en lien avec le raisonnement de la bastide fondée en 1290 au plus tard et confirmée en 1317. Un marché couvert existait encore en 1780, d’après les plans anciens, à l’emplacement de la halle actuelle. Enfin, plusieurs niveaux récents attestent un nivellement et des travaux importants qui sont à associer à la phase de reconstruction et d’essor économique de Rieumes au XIX e siècle, notamment à travers la construction de la Halle des Marchands vers 1825.

 

La découverte de ce lieu d’inhumation du Moyen Âge central, localisé en périphérie orientale du cœur médiéval de Rieumes (constitué par le fort et autour de l’église Saint-Gilles), apporte un nouvel élément de réflexion à l’étude de la morphogenèse du village médiéval. Des observations anciennes font en effet état de la découverte ponctuelle de tombes médiévales dans la rue Saint-Roch, soit à l’intérieur du castrum. Si un alleu de Remeddo est mentionné en 961-962 dans le testament de Raymond I er , le noyau villageois semble s’être constitué à l’origine autour de l’église Saint-Pierre et d’un prieuré rattaché à Saint-Gilles du Gard aux X e -XI e siècles au plus tard. Plusieurs scénarios sont envisageables :

 

− soit il a existé plusieurs lieux d’inhumation au XI e siècle (dans le castrum ecclésial et à l’extérieur du fossé, vers la place des Marchands – lieu de la fouille réalisée en 2018) ;

 

− soit il y a eu un déplacement du lieu d’inhumation, hors de l’enceinte ecclésiale.

 

Dans l’hypothèse d’une coexistence de deux lieux d’inhumation contemporains, au milieu du Moyen Âge, il n’est absolument pas nécessaire d’envisager l’existence d’une église qui aurait été localisée sur la place des Marchands et qui aurait par la suite disparu. Les fouilles n’ont malheureusement pas livré d’indices tangibles pour alimenter l’hypothèse d’un édifice ancien disparu. On sait qu’à partir du XIV e siècle le cimetière est déplacé vers l’ouest, extra muros, en lien avec la création de l’hôpital Saint-Nicolas. L’abandon du site funéraire de la rue du Carrey est peut-être lié à cette création et à la nécessité de libérer la place pour une nouvelle ère qui voit le développement des activités commerciales et l’essor des marchés et des foires au bas Moyen Âge dans la région toulousaine.


Alexis Corrochano, décembre 2018.