Rochechouart (87) – Place du Tilleul

Rochechouart (87) – Place du Tilleul

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

11 mai - 16 juin 2017

Fouille préventive

Époques médiévale, moderne et contemporaine

DATE : 11 mai - 16 juin 2017

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Époques médiévale, moderne et contemporaine

Les fouilles menées sur la place du Tilleul à Rochechouart, en Haute-Vienne, ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Sandrine Guillimin. Elles interviennent dans le cadre du projet de modernisation et de valorisation d’une grande partie du centre-ville et de plusieurs rues pénétrantes (réfection des voiries, effacement des lignes aériennes, reprise des réseaux obsolètes d’eau potable et eaux usées, création d’un parking…). Ce vaste projet mené par la commune a été fractionné en 3 phases échelonnées entre 2016 et 2020.

La première phase de travaux concernant le nord de la commune a fait l’objet d’un diagnostic archéologique préalable mené au printemps 2016 par C. Maniquet (Inrap). Sur les 29 sondages, 4 ont donné des résultats particulièrement positifs. Ils concernent la place du Tilleul et ses abords, à l’entrée nord de la ville médiévale (porte Marchedieu), devant le rempart dont la tour d’angle nord-ouest est toujours visible. Ces sondages ont notamment permis de découvrir des vestiges du fossé défensif, de larges maçonneries situées devant la porte et deux fosses-silos particulièrement bien conservées.

Une fouille d’environ 700 m² a donc été prescrite sur cette zone située à l’ouest de la place du docteur O. Marquet (ancienne place Marchedieu ou place de l’Hôpital), à 300 m au nord du château vicomtal. Il s’agit de la toute première fouille archéologique réalisée sur la commune de Rochechouart.

La situation de l’opération sur la voie publique a nécessité de morceler la fouille et d’opérer en plusieurs étapes afin de maintenir au maximum la circulation. La place a ainsi été divisée en deux zones (nord et sud) de part et d’autre de la fontaine centrale, fouillées l’une après l’autre. Pour chaque zone, l’extrémité orientale située entre la rue T. Tenant et la rue B. Bourdeau menant aux commerces a été traitée en priorité pour reboucher et libérer cet axe au plus vite.

L’objectif principal de cette opération était d’enrichir nos connaissances sur l’urbanisme des petites villes au Moyen Âge et à l’époque moderne, à travers l’étude d’un tronçon des fortifications de Rochechouart (fossé, porte Marchedieu et aménagements associés) et de ses abords immédiats. Pour ces derniers, il s’agissait notamment de déterminer les modes d’occupation de cet espace périphérique de la ville médiévale, dont l’ancien toponyme « Marchedieu » pouvait suggérer une fonction économique.

Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, aucune aire d’ensilage n’a pu être identifiée. Seuls deux silos supplémentaires ont pu être ajoutés aux deux premiers découverts lors du diagnostic, dont un est aménagé au sein d’une grande fosse rectangulaire. En dehors des dispositifs défensifs, très peu de structures peuvent être rattachées à l’époque médiévale, à part peut-être deux foyers situés à proximité des silos. Sinon, la zone, très perturbée par les nombreux réseaux contemporains, n’a livré que quelques fosses (plantations?) et différents aménagements urbains modernes et/ou contemporains : deux niveaux de voirie présentant des axes légèrement différents de la configuration actuelle, les caniveaux et égouts associés, ou encore diverses canalisations associées à la fontaine (conduits dallés puis tuyaux en plomb) témoignant de l’évolution de celle-ci.

Les principaux vestiges ont concerné les aménagements défensifs de la ville médiévale avec notamment le fossé, qui n’a malheureusement pas pu être étudié sur toute sa largeur en raison des trop nombreux réseaux actifs situés en bordure sud. Mais l’escarpe a tout de même pu être observée en plan au niveau de la porte, où elle est maçonnée. Le fossé, qui mesure donc au moins 9 m de large et est conservé sur 2.20 à 2.60 m de profondeur, a manifestement été rouvert sur une largeur plus réduite après avoir été au moins partiellement comblé. La nouvelle contre-escarpe a été renforcée d’une maçonnerie en pierre-sèche. Le comblement final a livré du mobilier (céramique, faune, scories) qui semble dater de la fin du Moyen Âge ou du début de l’époque moderne.

La fouille a également permis d’étudier de larges maçonneries situées face à l’ancienne porte Marchedieu. Cette dernière a disparu, tout comme le rempart dont il ne subsiste ici que la tour d’angle (d’une phase probablement tardive), mais sa situation au niveau de la rue B. Bourdeau semble être attestée. Sur le fossé et en avant de celui-ci, sur un autre vaste creusement trop partiellement perçu pour être précisément qualifié, de larges murs ont pu être en partie dégagés. Ceux-ci se prolongent hors emprise et ont eux aussi été impactés par les réseaux récents. Ils sont donc pour l’instant difficiles à interpréter : tour-porte ? Boulevard/barbacane ? … L’étude documentaire permettra sans doute d’apporter plus de réponses.

En plus de la fouille place du Tilleul, un suivi de travaux a été effectué rue Romain Rolland, à environ 200 m au nord du site. Il s’agissait principalement de suivre le décapage du futur « parking du presbytère », à s’assurer de l’arrêt de celui-ci sur le niveau d’apparition des structures et de faire un relevé topographique de celles-ci avant leur recouvrement. Sur 1650 m², 91 faits archéologiques ont pu être répertoriés (TP, fosses, fossés…).

Le traitement des données et les diverses études spécialisées font maintenant suite à la phase de terrain et permettront d’affiner nos connaissances sur les aménagements défensifs du front nord-ouest de la ville médiévale de Rochechouart ainsi que sur l’évolution de ses aménagements périphériques.


Sandrine Guillimin, juin 2017.