Saint-Berthevin (53) – Ancien presbytère

Saint-Berthevin (53) – Ancien presbytère

DATE
TYPE D'OPÉRATION
CHRONOLOGIE

14 septembre - 06 novembre 2015

Fouille préventive

Bas Moyen Âge, Époque moderne et Époque contemporaine.

DATE : 14 septembre - 06 novembre 2015

TYPE D'OPÉRATION : Fouille préventive

CHRONOLOGIE : Bas Moyen Âge, Époque moderne et Époque contemporaine.

Entre les mois de septembre et novembre 2015, s’est déroulée une fouille préventive sur la commune de Saint-Berthevin (Mayenne, Pays-de-Loire) en amont de la construction d’un pôle culturel. La fouille, localisée au sud de l’église, a eu comme résultat la mise au jour d’un important ensemble funéraire et de vestiges bâtis (fig. 1).

L’ensemble funéraire

Se développant à l’ouest et au sud de l’église actuel, l’ensemble funéraire est constitué de 143 sépultures dont la chronologie s’étend du haut Moyen Âge à la période contemporaine. Trois grandes phases d’occupation se distinguent : la mise en place du cimetière au haut Moyen Âge, sa pérennisation et structuration au tournant du bas Moyen Âge et de l’Époque moderne et enfin son abandon au milieu du xixe siècle.

L’espace funéraire se met en place à la période carolingienne. Il est alors composé d’une vingtaine de tombes se situant dans la partie nord-ouest de l’emprise. Les limites sud et est du cimetière ont été atteintes. Les résultats du diagnostic semblent fixer la limite septentrionale au nord de l’église. Son extension vers l’ouest reste inconnue. Au tournant du bas Moyen Âge, le cimetière se déplace vers l’ouest au sein d’un espace clos et structuré aux portes de l’église alors édifiée. Les sépultures témoignent de nombreux recoupements indiquant une utilisation intense sur une longue période entre le xiiie et le xixe siècles. Les limites sud et est ont été déterminées par la fouille, les limites ouest et nord sont connues par les plans anciens.

Les tombes les plus récentes portent les stigmates du curage du cimetière en vue de son déménagement à son emplacement actuel au nord de l’église. Cette délocalisation fait suite à une épidémie de choléra connue par les textes anciens et attestée par les médailles religieuses dites miraculeuses mises au jour en association avec certains défunts. Plus largement, ce déménagement intervient dans le cadre d’une politique nationale visant à assainir les villes en délocalisant les vieux cimetières entre autres considérés comme des endroits insalubres.

L’ensemble bâti

Dans la partie est de l’emprise de la fouille, a été observé un imposant bâtiment. Notifié sur le cadastre napoléonien, il apparaît dans le courant de la période contemporaine. Son plan rectangulaire présente de grandes dimensions et atteint une superficie d’environ 100 m². Il présente une structuration interne avec un mur de refend au centre et l’aménagement de deux fours culinaires permettant d’avancer une fonction artisanale. Au nord, y est accolée une petite venelle pavée menant au bâtiment du presbytère encore existant. Tout deux sont installés sur une terrasse aménagée à l’aide de blocs de schiste.

Accolé à la fondation est du bâtiment, a été mis au jour le vestige d’une ancienne mare comblée. Ses parois sont toutes maçonnées à partir de blocs de schiste. À son extrémité sud, la maçonnerie marque un retour à angle droit pouvant correspondre à une fondation bastionnée. La réalisation d’un sondage mécanique profond a permis de mettre en avant une imposante maçonnerie associée à de grandes dalles de schiste posées à plat pouvant correspondre à une pile de pont. Ces deux semblent indiquer une première utilisation de cette structure fossoyée en douve. Elle est d’ailleurs indiquée comme telle sur le cadastre napoléonien. Connues régionalement, les douves sont associées à l’Époque moderne à des maisons fortes. Les archives et textes anciens placent le château de la famille Saint Berthevin, seigneurs du haut Moyen Âge à l’origine de commune sur les hauteurs à proximité de l’église. Cependant, nous ne disposons que de peu d’éléments pour confirmer cette hypothèse.

Cet ensemble recoupe la fondation d’un mur orienté nord-ouest – sud-est se dirigeant sous la chapelle de l’église. Cette orientation particulière en considération des autres éléments bâtis indiquerait une datation plus ancienne. Toutefois, les nombreux recoupements et son état d’arasement prononcé ne permettent d’avancer ni une datation ni une interprétation.

Au centre de l’emprise une autre fondation de mur a été dégagée. Elle suit une orientation globalement ouest-est. Elle est composée d’une maçonnerie imposante réalisée à partir de blocs de schiste. Cette maçonnerie, datée du xve-xvie, pourrait correspondre au mur d’enceinte de l’église figurée sur la carte de Jaillot.

La fouille réalisée sur la commune de Saint-Berthevin a eu comme conséquence une amélioration des connaissances de l’histoire locale et régionale. Elle a ainsi permis de confirmer les origines alto-médiévales de la commune au travers de la mise en place d’un premier ensemble funéraire potentiellement associé à un premier lieu de culte. Plus largement, les résultats de la fouille ont permis de mieux appréhender l’environnement d’une église du milieu du Moyen Âge à l’Époque contemporaine entre lieux de vie et espace de mort.


Pauline Lhommel, novembre 2015.